Joseph (Francois) HURTEVENT – 1914-1981

Perpignan, 1962.
« Votre lettre m’est arrivée en son temps. Il ne m’appartient pas de
discuter votre décision. Vos lignes m’inspirent seulement ceci qui montre
la situation telle qu’elle apparaît
de mon côté. Ce n’est point par
‘tocade’ que j’ai demandé le Congo. Mgr Piérard m’avait parlé de son besoin
de missionnaires lors de sa venue à Lormoy pour les ordinations de 1956 ou
1957. Il disait aussi son désir d’y voir des Français. Quelques années
plutôt, j’avais été des premiers à m’inscrire pour Madagascar et le
regretté P.Bélard en mai
1953, au retour de son voyage à Tuléar, m’avait appelé pour me dire que je
serai le premier à partir avec le P. Chatelain. Mais un mois plus tard, il
se ravisait et me disait que l’on avait besoin de moi à Lormoy pour l’année
complémentaire. La santé? Je sais bien que je suis hypothéqué: les docteurs
me disent que les reins ne filtrent pas grand chose. Mais en 1955, de
Madagascar, l’hôpital avait répondu qu’il se trouvait des diabétiques dans
l’île, mais aussi des remèdes modernes pour les soigner! A ce qu’il paraît,
la vie en
mission n’aurait pas été plus harassante que l’actuelle où j’ai été jeté
sans préparation et où c’est la course contre la montre avec des effectifs
forts».

Religieux de la Province de France.

Une formation choisie à l’Assomption.

François Hurtevent naît à Estrée-Blanche, au diocèse d’Arras (Pas-de-Calais), le 12 mai 1914. Il fait l’école primaire à Fléchinelle et à l’école publique d’Estrée-Blanche. Après ses études secondaires au Bizet en Belgique (1927-1929) et à Clairmarais (Pas-de-Calais) de 1929 à 1931, il ne fait que passer au collège-séminaire Saint Vaast de Béthune (septembre-décembre 1931) et prend l’habit au noviciat des Essarts (Seine-Maritime), le 26 avril 1932. C’est grâce à sa détermination devant ses parents et son curé qui préfèrent pour lui le séminaire diocésain, que François, devenu Frère Joseph, peut continuer sur sa voie. Il prononce ses premiers vœux le 27 avril 1933, après avoir fait, selon son maître des novices, le P. Léonide Guyo, un très bon noviciat. Frère Joseph est un religieux qui aime l’étude et qui a des moyens intellectuels. Il est de bon jugement, d’excellent caractère, simple, docile et confiant, cordial avec tous et dévoué. De 1933 à 1935, Frère Joseph étudie la philosophie à Scy-Chazelles (Moselle), puis accomplit son temps de service militaire à Metz (1935-1937). Il commence sa théologie à Lormoy dans l’Essonne (1937-1939) où il est admis à la profession perpétuelle le 31 octobre 1938. Mais arrive la guerre. Après la débâcle en mai-juin 1940, il passe en zone libre et poursuit ses études théologiques à Nîmes où il est arrivé en janvier 1941 et où il est ordonné prêtre le 25 octobre 1941 par Mgr Jean Girbeau.

Ministères.

La vie sacerdotale du Père Joseph est consacrée à l’enseignement. De 1942 à 1948, il est professeur de seconde à l’alumnat de Vérargues (Hérault) et passe sa licence de lettres classiques. Après une année à Lambersart (Nord) et une autre aux Essarts comme professeur de la classe de première,

il arrive à Lormoy en octobre 1950. Il y est successivement professeur de lettres pour l’année complémentaire (1950-1951), professeur de morale (1951-1955), supérieur (1955-1958) et, à nouveau, professeur de morale. En 1959, il est nommé à l’institution scolaire Saint-Louis de Gonzague à Perpignan (Pyrénées-Orientales) où il enseigne les lettres dans le second cycle jusqu’en 1980, malgré son désir plusieurs fois exprimé de vie missionnaire. Depuis de longues années déjà, il éprouve de fortes difficultés de santé. Après un séjour estival à Chanac (Lozère), il gagne Layrac (Lot-et-Garonne) pour un repos que tous espèrent provisoire. Hospitalisé à Agen depuis quelques semaines, il y meurt au soir du 19 août 1981. Les obsèques sont célébrées à Layrac le 22 août suivant, présidées par Mgr Saint-Gaudens, évêque d’Agen. Son corps est inhumé dans la tombe de l’Assomption au cimetière de Layrac. Dans son homélie, le P. Xavier Korbendeau évoque la vie et la physionomie du Père Joseph qu’il connaît depuis 1950:

« Blessé physiquement par la maladie, le voici aussi blessé moralement. L’Eglise du Christ, il la veut unie au Pape et unie dans ses membres. Mais, peu à peu, il y perçoit un début de déchirure. Aussi va-t-il se donner tout à tous. Il s’efforcera, avec affection et compréhension, à redonner confiance à ceux qui doutent de l’Eglise et de son enseignement, à faire retrouver la paix et la lumière à beaucoup d’âmes, et cela par la rigueur de sa vie religieuse et sacerdotale, la rigueur de son jugement. Combien de fois n’a-t-il pas manifesté le désir de repartir et poursuivre son ministère? Que ton Règne vienne en tous ceux que tu m’as confiés. Père Joseph, c’est la prière que vous formuliez chaque jour et à chaque instant, lors de vos rencontres ou dans le nombreux courrier que vous adressiez. C’est par l’Eucharistie que vous rendiez grâces, mais aussi que vous nourrissiez ceux et celles qui vous étaient confiés … ».

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Documents Assomption, Nécrologe (II) 1981-1983, p. 23-24. A Travers la Province (Paris), août 1981, n° 16, p. 11. Lettre du P. Joseph Hurtevent au P. Aubain Colette, Perpignan, 10 janvier 1962. Du P. Joseph Hurtenvent, dans les ACR, correspondances (1935-1962), rapports sur Lormoy (1955-1958).