Jules BOUTRY – 1863-1942

L’Assomption itinérante en temps de guerre.

« Nous avons été très bien reçus par nos Pères d’Angleterre, la bonté du P.
François [Mathis] est proverbiale. Notre long voyage n’a pas été bien
pénible, toutefois la mer du
nord s’est conduite en marâtre. Et puis, il a plu à Notre- Seigneur de nous
attacher à la croix, même au joyeux anniversaire de sa naissance. Nous
n’avons pu en effet célébrer la sainte messe en ce beau jour où dans le
monde entier on chantait les miséricordes infinies de notre Dieu et où tous
vos enfants, bien-aimé Père, conjuraient le ciel de vous prodiguer ses plus
précieuses bénédictions.

Nous attendons vos ordres, vous connaissez depuis longtemps tout le
dévouement et toute la soumission de vos chers fils d’Orient. Espérons que
dans quelques jours nous aurons le bonheur de vous revoir. Que sera cette
nouvelle année? Celle où la paix sera signée parce que le monde profitant
de la terrible leçon que le Bon Dieu lui donne depuis de longs mois se
convertira comp1ètement.
Votre Fils très obéissant et très affectueux en Jésus et Marie ». Jules
Boutry au P. E. Bailly, Londres 11.01.1916.

Religieux de la Province de Paris.

Un fils du Nord.

Jules Philibert joseph est né le 14 juin 1863 à Drouvin , près de Verquin (Pas-de-Calais). Il fait ses classes primaires à Vaudricourt et entre le 3 février 1877 à l’alumnat de Clairmarais (Pas- de-Calais) pour cinq ans (1877-1882). Jules fait partie du petit groupe des 10 alumnistes de Clairmarais qui en 1882 décident de s’orienter à l’Assomption: ils gagnent Osma en Espagne où le P. Maubon, leur supérieur d’alumnat, leur donne l’habit le 6 août 1882 et où Frère Jules prononce ses vœux perpétuels le 13 août 1884. En juin-juillet 1883, il est de ce groupe de novices qui accomplissent à pied et sans argent le pèlerinage resté fameux à Avila et Saint-Jacques de Compostelle. Agé de 21 ans, Fr. Jules est un novice ponctuel, obéissant, pieux et régulier, même méticuleux. Il n’est pas brillant mais d’un niveau suffisant. Parfois inquiet de façon exagérée, il se range docilement par vertu d’obéissance. Sa santé altérée par une croissance excessive aura encore besoin de ménagements, note le P. Emmanuel Bailly son maître des novices.

Au travail, dans les œuvres.

Frère Jules est alors envoyé à Notre-Dame des Châteaux (Savoie) comme professeur (1884- 1885), de là à Roussas (Drôme) de 1885 à 1886, puis en Orient: préfet de discipline à Plovdiv (1886-1892) où Mgr. Menini l’ordonne prêtre le 22 décembre 1888. Le P. Jules a noté lui-même sur sa fiche personnelle qu’il a étudié en particulie,r la théologie. De 1892 à 1907, le voilà professeur de grammaire à l’alumnat de Karagatch: « J’étudie un peu la langue bulgare ». Nommé sous-prieur, il devient supérieur de la communauté de 1899 à 1907.

L’Assomption itinérante en temps de guerre.

« Nous avons été très bien reçus par nos Pères d’Angleterre, la bonté du P. François [Mathis] est proverbiale. Notre long voyage n’a pas été bien pénible, toutefois la mer du nord s’est conduite en marâtre. Et puis, il a plu à Notre- Seigneur de nous attacher à la croix, même au joyeux anniversaire de sa naissance. Nous n’avons pu en effet célébrer la sainte messe en ce beau jour où dans le monde entier on chantait les miséricordes infinies de notre Dieu et où tous vos enfants, bien-aimé Père, conjuraient le ciel de vous prodiguer ses plus précieuses bénédictions.

Nous attendons vos ordres, vous connaissez depuis longtemps tout le dévouement et toute la soumission de vos chers fils d’Orient. Espérons que dans quelques jours nous aurons le bonheur de vous revoir. Que sera cette nouvelle année? Celle où la paix sera signée parce que le monde profitant de la terrible leçon que le Bon Dieu lui donne depuis de longs mois se convertira comp1ètement. Votre Fils très obéissant et très affectueux en Jésus et Marie ». Jules Boutry au P. E. Bailly, Londres 11.01.1916.

Notices Biographiques A.A En 1907 on fait appel à lui comme supérieur du séminaire de Phanaraki (Turquie), charge qu’il remplit pendant sept ans avant l’expulsion de 1914. La Turquie entrant en guerre aux côtés de l’Allemagne, les religieux étrangers sont inculpés d’espionnage, arrêtés et menacés de pendaison. Le P. Boutry ne cache pas que la perspective de la potence turque le remplit de terreur pendant ses nuits de prison. Libéré, il passe avec ses confrères en Bulgarie, mais le même scénario se reproduit en 1915. En plein hiver, par la Russie, la Finlande, la Suède, la Norvège et l’Angleterre, il effectue cette randonnée mémorable pour remettre les pieds sur le soi natal, en janvier 1916. N’étant pas mobilisable, le P. Jules est envoyé à Lyon, remplaçant le desservant de la chapelle des Etroits (1916-1917), en 1917 il se retrouve au noviciat de Notre- Dame de Lumières (Vaucluse) puis il est choisi comme aumônier du Bon-Pasteur à Angers (1917-1918).

Aumônier du ‘doux nid’ des Oblates.

Le noviciat des Oblates, évacué de Sèvres, en ce temps de guerre, a trouvé un asile dans la Mayenne, au château de Pannard, près d’Ernée. C’est là que le P. Jules, amoureux de solitude, va contribuer à la formation spirituelle de nombreuses générations d’Oblates pendant 23 ans: à Pannard (1918-1924), à Sèvres (anciennement Seine-et-Oise, aujourd’hui dans la Seine) tout en résidant à la communauté assomptionniste du quai javel (paroisse Saint-Christophe). Le P. Jules a le don étonnant de se perdre en chemin: le métro parisien lui a déjà joué des tours en 1916, en 1924 il attend toujours, pour sortir de voiture que le métro sorte de terre! En 1929, la congrégation acquiert une villa à Chaville (Hauts-de-Seine) pour le séjour estival de la curie généralice. Le P. Jules en est constitué gardien, faisant à pied le trajet Chaville-Sèvres. En 1938, le noviciat des Oblates se transporte à Evry-Petit-Bourg (Essonne): le P. Jules le suit et s’installe dans la maisonnette de l’aumônerie, ayant connu, d’après lui, comme vie de solitude ‘le Thabor’, puis ‘l’Eden’, enfin ‘le vingtième ciel’. Les Allemands occupant les lieux en 1940, le P. Jules est accueilli à Paris, maison provinciale. Il meurt à l’hôpital Saint-Joseph le vendredi 30 janvier 1942.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettre à la Dispersion 1942, n° 848, p. 271-274 et n° 849, p. 287-294 (textes non publiés en raison de la guerre). Un très important lot de correspondances du P. Boutry dort dans les archives ro- maines, écrites entre 1884 et 1941. De lui, également un rapport sur la maison de Karagatch (1906). (1) La transcription de la localité de Karagatch, faubourg d’Andrinople, est souvent variable dans les écrits des premiers religieux de l’Assomption: Kara- gatch, Cara-Agatch, Kar-Agatch…. Quelle est l’étymologie de ce nom turc? Kara, noir?