Jules (Jacques) BOULET – 1818-1879

A Auteuil et François 1er, pendant le siège de Paris
(1871).
« Dieu veuille qu’à Nîmes vous vous trouviez aussi bien que nous ici.
Jusqu’à présent nous ne pouvons pas dire que nous ayons enduré les rigueurs
d’un siège. Il est bien vrai qu’à François 1er on ne mange depuis 3 mois
d’autre viande que celle de cheval, d’âne ou de mulet. Il est vrai aussi
qu’à Auteuil, les Sœurs se lavent tous les matins avec des glaçons et que
toute la journée elles grelottent, vu qu’elles réservent leur mince
provision de charbon pour l’ambulance, mais j’ai entendu dire à M.
Marie-Thérèse que l’ordinaire des Sœurs n’avait guère été changé. La rue
François 1er
est toujours le rendez-vous des aumôniers volontaires, tous les jours des
prêtres se relaient au palais de l’industrie, siège de l’Internationale.
L’Internationale a divisé son personnel d’ambulance en 14 escouades,
distinguées par le numéro. La table rue François
1er est servie avec luxe: on y voit apparaître des œufs, des haricots, de
la salade, toutes choses que nous devons à la prévoyance du P. Vincent de
Paul. Nous engraissons aussi 2 cochons, pauvres réfugiés que les Pr. ont
chassés de chez M. Milhan ».
Fr. Jules.

Religieux français de la Province de Paris.

Une vocation du Midi éprouvée dans le Nord minier. Jacques est né au pays du soleil en 1818, à Nîmes. On ne sait rien sur son enfance et sur sa jeunesse, seulement qu’entré à l’Assomption, au noviciat de Mireman (Gard), il fait profession le 28 août 1852, sous le nom de Frère Jules, dans la catégorie des frères Oblats, supprimée en 1862. Sa profession perpétuelle date du 13 août 1855. Son parcours personnel n’est guère précis. On ne le devine guère qu’à travers la correspondance des supérieurs de l’Assomption. Sans doute le Fr. Jules a-t-il servi dans nombre de maisons de la Congrégation de l’époque: Mireman, Nîmes-collège, rue François 1er (en 1868). Arras-orphelinat (1871-1875) où il apprend à connaître la dure vie des orphelins envoyés à la mine (Les Brebis, Pas-de-Calais), Clairmarais-alumnat. Cet homme de cœur décrit de façon déchirante le quasi- esclavage de ces enfants dont l’entrée dans la vie est effrayante de misère et d’abandon. Il suffit pour s’en rendre compte de lire le compte-rendu d’une visite faite par le P. d’Alzon lui-même au coron des Brebis, près de Bully-Grenay (Pas-de-Calais): lettre 4670 du 10 août 1872 , ou encore la lettre touchante de simplicité et de vraie grandeur du Fr. Jules au P. E. Bailly le 30 janvier 1873: « Cette petite pierre de l’édifice de l’Assomption [qu’est l’apostolat aux Brebis] pourrait devenir bien précieuse aux yeux du Bon Dieu, car faire du bien à ces petits enfants abandonnés des hommes, n’est -ce pas en faire à Notre-Seigneur? Que deviendraient ces petits mauricots s’ils n’avaient quelqu’un pour leur parler de Dieu et du salut de leur âme? C’est en famille que nous vivons, en vraie famille de l’Assomption, mais d’une manière bien différente de celle de Nîmes pour le confortable, car mon Père, j’ose venir vous demander les miettes qui tombent de votre table ». Le P. d’Alzon se montre d’ailleurs parfois bien sévère et incompréhensif à l’égard de ce religieux, bègue sans doute, mais sensible à toute situation peu humanisante.

Le Fr. Jules est éprouvé par le départ du P. Augustin Gallois, aux prises avec la direction autoritaire, peu fraternelle en tout cas, du P. Halluin à Arras (décembre 1872). En mars 1875, malheureux sans doute dans ses relations avec les P.P. Halluin et Vincent Chaîne, il quitte Arras pour Paris, sans autorisation, ce qui lui vaut une mercuriale du P. d’Alzon (lettre 5252). En 1877, il se trouve à l’alumnat de Nice (Alpes-Maritimes), en compagnie du futur Père Rémy Commun. C’est à Clairmarais que meurt le Fr. Bouques, le 29 mars 1879, emporté en quelques minutes par une apoplexie cérébrale. Il y est inhumé.

Un témoin réel des conditions sociales à la Germinal.

« Vous me demandez l’adresse, où le Cheval de M. Charles était en pension. Je ne saurais tant vous le dire, vu que je n’y ai jamais été: tout ce que je puis me rappeler et, si je ne me trompe, il me semble qu’il aurait donné une adresse rue St Forentin, après le ministère de la marine, chez Monsieur… le nom m’échappe, mais c’est un nom d’un grand personnage du temps de l’Empire. D’ailleurs vous pouvez vous renseigner auprès de Perriaux que vous ou le P. Picard lui aviez envoyé dans le temps. Je n’ai été nullement exposé à aucuns dangers, vu que la catastrophe arrivée à la fosse n° 1 on travaillait [?]. Nos enfants sont à distance de demi-heure de l’orphelinat, seulement que nos enfants pouvaient en être victimes. Heureusement qu’ils en étaient montés une petite heure avant. Dieu soit béni, il n’ y a eu ni mort ni blessé, il n’y a qu’une victime, le chien du mécanicien et trois jours de chômage pour tous les ouvriers, ce qui ne fait l’affaire de personne car cette perte de temps n’est jamais payée. Vous dire que je ne suis pas heureux avec mes chers enfants, je mentirais: ils sont comme tous les enfants de cette classe, mais ils font tout ce que je veux, n’est-ce pas déjà beaucoup? Quelle différence de ceux que j’avais trouvés lors de mon arrivée! C’étaient des loups dans le coron des Brebis, pauvres enfants! Ne croyez pas non plus que ceux que j’ai soient de petits anges, non! Mais je cherche à en faire des bons chrétiens et j’espère qu’avec la grâce de Dieu ils le deviendront. Aussi je les recommande à vos prières et aux prières des personnes que vous voudrez bien les recommander (sic). Je compte sur les bonnes Sœurs de la rue Violet que je n’oublie pas moi-même, la bonne Mlle Fage et Eugénie à qui je vous prie de me rappeler à leur bon souvenir. Si vous voyez quelques personnes qui m’ont porté quelque intérêt, je vous prie de me rappeler aussi auprès d’eux et si j’osais leur tendre la main pour mes chers enfants, je leur demanderais une foule de petits riens qui les rendraient si contents et si heureux, car nous manquons de tout et qu’un rien, c’est beaucoup quand on n’a rien. Mes souvenirs à Miles de Longueil et Despot, Mlle et Mme Lemaitre, M. Ferran, Mme Joseph, Honoré Perriaux et le bon M. François, Ménard, Mlle Guitayrès et sa gouvernante, enfin à tout le monde de la chapelle ». Fr. Iules au P. Pernet juin 1872.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettres d’Alzon, t. XIII, p. 82-82 et p. 468. L’Assomption de Nîmes, 1879, n° 31, p. 247. Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudefroy. Lettre à la Dispersion, 1910, n° 69, p. 276. [Les archives de Rome gardent quelques rares correspondances du Fr. Boulet aux premiers religieux, en tout une douzaine, toutes très vivantes, manifestant la grande symbiose de ce frère avec son milieu et son désir de travailler au bénéfice des personnes auprès desquelles il est appelé à servir].