Jules (Jules-Eloi-Ghislain) PECTOR – 1890-1973

Nouvelles romaines.
« J’ai bien reçu votre aimable petit mot et vous en remercie, heureux de
savoir que vous allez bien et priant le Seigneur de vous accorder ses
grâces pour que vous fassiez du bien autour de vous et que la visite soit
fructueuse pour la Congrégation. Ici aussi l’hiver s’est fait sentir plus
que d’habitude, mais ce n’est pas à comparer avec ce que nous lisons dans
les journaux en France et en Belgique encore actuellement, bien que nous
soyons au printemps. Le temps reste très froid la nuit, 2 à 3° pour monter
dans la journée à 14 ou 15°, si bien que le chauffage continue à
fonctionner. Nous avons été tous plus ou moins enrhumés pour ne pas dire
grippés. Le Frère Pierre-Jean [Genest] a dù garder le lit près d’une
semaine et le P. Alype [Barral] trois jours. Maintenant tout le monde va
bien, nous commençons à avoir un peu
de soleil, mais aussi de la pluie presque tous les jours. Le P. Farne est
arrivé hier, le P. Wilfrid Dufault fait en ce moment la visite canonique à
Tor di Nona. Ce midi nous avions au repas Mgr Cristea qui vient d’ailleurs
tous les dimanches. Ce matin je suis allé à Saint-Pierre à la bénédiction
des Rameaux. Le pape semble fatigué ».

Notices Biographiques A.A

Jeunesse et formation. Jules-Eloi-Ghislain Pector est né à Bloul, près de Dinant en Belgique, le 19 janvier 1890. Il commence sa scolarité à Bure en 1903 dans l’intention de devenir prêtre. Le P. Pierre Descamps estime qu’il ne possède pas l’intelligence supérieure à la moyenne requise d’un véritable alumniste et l’accepte comme postulant à la vie religieuse de Frère coadjuteur. Jules prend l’habit le 28 octobre 1906 à Bure où s’écoule une première année de noviciat. Il rejoint le noviciat constitué de Gempe en 1907 sous la houlette du P. Marie -Clément Staub et prononce ses premiers vœux à Louvain, le 28 octobre 1909 entre les mains du P. Merklen. Depuis septembre 1908, la maison de Gempe est réservée aux Frères de chœur de Louvain. Affecté aux services domestiques de Louvain, il a aussi en charge la typographie d’où sort la Revue Augustinienne. En 1911, le P. Louis Petit qui travaille à Rome à l’édition conciliaire de Mansi, sollicite l’aide d’un secrétaire compétent. C’est ainsi que le Frère Jules inaugure un premier séjour dans la Ville éternelle (1911- 1912). Un secrétaire et un dactylographe émérites. En 1912, le P. Louis Petit est nommé à l’archevêché d’Athènes. Il n’a garde, vu les qualités personnelles et professionnelles de son secrétaire d’emprunt, d’emporter avec ses bagages celui qui va devenir son plus précieux collaborateur« L’ayant depuis plus d’un an avec moi, je n’ai qu’à me féliciter de son dévouement, de son application au travail et de son savoir-faire. Son esprit religieux est irréprochable et sa conduite très édifiante. Il est rare qu’il omette un seul exercice, en dépit d’un isolement forcé qui laisse la plus large place à l’initiative personnelle ». Le 15 août 1919, à Héraclion d’Athènes, le Frère Jules prononce ses vœux perpétuels. Mgr Petit qui le présente, assaisonne gentiment ses éloges de quelques remarques sur le caractère belge, ergoteur de son secrétaire, soulignant avec bonhomie son innocente manie de pythoniser, sa tendance à jouer dans les conversations un rôle de vieux major et à émettre des théories personnelles à propos de la pluie et du beau temps. C’est la plénitude de la séquence athénienne de la vie du Frère Jules (1912-1926), interrompue par un bref repli en Crète (décembre 1916-janvier 1917) et par un plus long séjour à Louvain pour cause de maladie (1919-1920). Il frappe une masse impressionnante de dactylographies gréco-latines sur son infatigable Adler, devenue une véritable pièce de musée. Cette situation ne manque pas de sel attique quand on imagine que ce religieux a été bloqué dans sa marche vers le sacerdoce pour son allergie à la langue d’Homère! A.A Sans aucune préparation scientifique, il parvient jusqu’à taper plus de vingt pages de grec par jour, textes lus à partir de manuscrits anciens dont certains autographes particulièrement rébarbatifs. il acquiert sur le tas une connaissance experte en paléographie et en démotique. Au cours des campagnes érudites, accompagnant Mgr Petit au Mont Athos, il lui arrive de terminer tout seul l’expédition et de recevoir les honneurs réservés aux hôtes de marque. Les higoumènes se plaisent à l’entourer de considération et à l’installer à la place de l’évêque dont il est à leurs yeux le digne diadoque. De sa position, Pater loulios peut suivre les conversations des caloyers et se rendre compte qu’elles sont colorées parfois, le samos aidant, de la truculence attribuée aux propos de Luther! En février 1926, Mgr Petit démissionne et devient archevêque titulaire de Corinthe. Le Frère Jules le suit dans tous ses déplacements et ne cesse de le seconder dans sa mission de continuateur de Mansi et d’éditeur de textes byzantins. On le trouve donc à Rome (1926), à Louvain et en France (1926). Il se dévoue comme infirmier au service de Mgr Petit malade qui meurt le 5 novembre 1927 à Menton (Var). De l’Acropole aux bords du Tibre. Rentré à Rome en 1928, le Frère Jules collabore avec le P. Martin Jugie, héritier scientifique de Mgr Petit. Un des fruits les plus tangibles de ces années fécondes à l’Am Coeli (1928-1928), puis de Tor di Nona est l’édition des oeuvres complètes de Scolarios. Le premier volume paraît en 1928 et le huitième en 1936 avec un avant-propos qui souligne le rôle essentiel joué par le Frère Jules dans l’édification de cette oeuvre. Le nom du Frère passe dans les encyclopédies savantes. A cette fonction, s’ajoute la tâche d’un fac-totum dévoué: camérier discret, patient spoutnik, réfectorier débonnaire, souriant steward… L’état de santé du Frère Jules, déjà objet d’attention du P. Merklen à Louvain, nécessite de fréquentes visites en clinique: ulcère au pylore, affection rénale, hémorragies, hémoptysie pulmonaire. A chaque fois, celui qui se trouve conduit aux portes e a mort ressuscite. Les Frères étudiants sont invités plus d’une fois à donner leur sang en compensation aux transfusions exigées pour le soin du Frère Jules. Pendant la seconde guerre mondiale, il accompagne les membres de la Curie en France (Chaville). Lorsqu’ils sont transférés de Tor di Nona à la Madonna del Riposo en 1958, le Frère Jules y accompagne son inséparable confrère de vie, le P. Gervais Quenard. On lui donne à dactylographier les écrits indéchiffrables du P. Galabert, puis ceux de Mère Yvonne-Aimée de Malestroit dont la cause est entre les mains du P. Alype Barral. Au bout de 44 années romaines, il est temps de songer pour lui à quelques années de vrai repos. En juillet 1970 il regagne définitivement la Belgique, encore victime d’une artériosclérose galopante. Il rejoint la maison de Saint-Gérard et s’adapte à une nouvelle vie, loin des souvenirs romains et athéniens qui ont constitué sa vie. Très diminué, il achève sa course le dimanche 4 février 1973. Il est inhumé dans le petit cimetière de Brogne, le mercredi 7 février.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: B.O.A. mars 1974, p. 241. L’Assomption et ses Oeuvres, 1973, no 574, p. 7. Belgique-Sud Assomption, avril 1973, no spécial 64, p. 1829-1838. vers l’Avenir, 14 juillet 1966, p. 5. A.R.T. Information, février 1973, no 38, p. 4. Lettre du Frère Jules Pector au P. Stéphane Lowet, Rome, 7 avril 1963. Du Frère Jules Pector, dans les ACR, correspondances (1927-1970). [En tant que secrétaire de Mgr Petit, le Frère Jules Pector a dactylographié de très nombreux manuscrits grecs]. Notices Biographiques