Kyrilov (Nicolas) BALABANOV – 1881-1969

Un autographe de Jean XXIII
au P. Kyrilov, 1963.
« Le Souverain Pontife a eu plaisir à recevoir des nouvel les du P. Kyrilov
B. qu’il avait bien connu jadis en Bulgarie. De grand cœur, sa Sainteté
invoque sur ce digne et zélé religieux l’abondance des grâces divines à
l’occasion de ses jubilés et voulant lui donner une marque de particulière
bienveillance, elle a signé à son nom la photographie ci-jointe ». Le cher
défunt a laissé dans le cœur de tous ceux qui le connaissaient, le
respectaient et l’aimaient, le souvenir ineffaçable de son esprit de
camaraderie et de son énergie indomptable. En cette occasion, le 1er
février 1969, en l’église Notre-Dame de Lourdes, quartier révolutionnaire,
se célébrera une messe des morts et d’action de grâces. Absoute à
7h 30. Respect devant son lumineux souvenir.
Plovdiv, 17 janvier 1969, de la part de ses confrères en deuil.
‘Je l’entends encore me dire, il y a à peine trois mois: Priez, priez
beaucoup pour l’avenir de l’Eglise en Bulgarie. La persécution finira bien
et il y aura encore de beaux jours pour l’Assomption ‘bulgare’.

Religieux bulgare de la Province de Lyon.

Un enfant de Plovdiv.

Né le 22 octobre 1881 à Plovdiv en Bulgarie, Kyrilov est scolarisé à l’école de Saint-André, fondée par le P. Galabert en 1863, il devient alumniste à Karagatch de 1894 à 1901. Il prend l’habit religieux au noviciat de Phanaraki (Turquie) le 27 décembre 1901, où il prononce ses premiers vœux le 27 décembre 1902. De 1903 à 1905, il retourne à Karagatch comme enseignant (1905- 1907), il y prononce ses vœux perpétuels le 18 février 1904. Il entreprend alors ses études ecclésiastiques à la maison de Kadi-Keuï (1907- 1911), au terme desquelles il est ordonné prêtre le 3 septembre 1911 à Plovdiv par Mgr Menini.

Professeur d’alumnat en Occident.

Ses supérieurs l’envoient en Occident pour enseigner, d’abord à Bure en Belgique (1911-1912), puis au Bizet (1912-1914), enfin à Vinovo au Piémont (1914-1917). En 1917, sa qualité de citoyen bulgare lui vaut d’être interné près de Rome, au couvent des Bénédictins de Farfa. Il peut gagner en 1918 la maison de Saint-Sigismond en Savoie. Après l’armistice, on songe à rouvrir le plus vite possible la Mission d’Orient si éprouvée par le conflit mondial, sous la direction du P. Athanase Vanhove nommé supérieur. Il est désigné avec le P. Michaël D’Hont pour le premier départ qu’accompagnent trois Oblates.

Rescapé de la catastrophe du Chaouia.

« Les partants s’embarquent à Marseille le 13 janvier 1919. Dans la nuit du 15 au 16, à minuit 7, tous dorment. Le P. Athanase est réveillé par une forte explosion. ‘Ce doit être une mine. Vite habillons-nous et montons sur le pont’. Le P. Kyrilov enfile sa robe; ses deux compagnons se contentent de leur pantalon. Tous trois mettent leur ceinture de sauvetage. Ils se donnent mutuellement l’absolution et se précipitent vers l’escalier, encombré de gens affolés. Ils arrivent sur le pont.

Notices Biographiques A.A Page : 137/137 Le bateau penche terriblement, la foule se porte instinctivement du côté qui s’élève davantage au-dessus de l’eau. Le P. Kyrilov lui se dirige seul vers le bord qui s’incline dans l’intention de sauter à la mer. Il aperçoit un radeau aux flancs du navire et y descend. A peine y est-il que le bateau se dresse, pique de l’avant et s’enfonce dans les flots comme une flèche. Le radeau se renverse et le P. Kyrilov, jeté à l’eau, disparaît dans le gouffre à moitié assommé par la chute de madriers, planches et objets de toutes sortes. Jamais le Père n’oubliera cette nuit tragique. jusqu’à la fin de sa vie, il signera ‘le rescapé du Chaouïa’. Dans ce naufrage qui eut lieu près du détroit de Messine, ont disparu avec les deux religieux assomptionnistes les trois Sœurs Oblates, Mère Albertine, Sœur Marie-de-Saint-Ange et Sœur Lucie-Emmanuel. Un vapeur anglais de passage le prend à son bord. Sur les 800 personnes à bord, on ne peut en sauver que 120. Le P. Kyrilov arrive à Rome le 19 janvier, la tête enveloppée d’un bandage, les deux jambes contusionnées, revêtu d’un costume que lui a procuré le Consul de France à Messine ».

Le doyen de la Mission d’Orient.

Pour se remettre de ses émotions, le P. Kyrilov retourne à Saint-Sigismond (1919) mais regagne la Bulgarie en train durant l’été. Il va y enseigner pendant plus de quarante-ans à Karagatch et Varna (1919-1928), puis au collège Saint-Augustin de Plovdiv, professeur mais aussi directeur du séminaire bi-rituel, racontant chaque année aux nouveaux élèves l’aventure de sa vie. Son récit, découpé en épisodes, durait des mois, à raison d’un quart d’heure par jour. A sa manière, il inventa le suspense des romans-feuilletons! Sa passion pour le français et l’enseignement religieux le font grandement apprécier des élèves. Ne disait-on pas que sa bibliothèque hagiographique, un peu éclectique, était en tout cas fort oecuménique puisqu’on y a retrouvé le Père Goriot! En 1952, en raison de son âge, il évite le procès intenté contre les religieux bulgares, mais il endure les privations et les surveillances tracassières que le régime fait encourir aux ‘espions du Vatican’. Chassé du séminaire, il trouve un petit logement près de l’église de Notre-Dame de Lourdes. Il va y rester 17 ans en compagnie du Frère Loukov, se privant des maigres rations pour subvenir à ses frères prisonniers. Il célèbre régulièrement l’eucharistie à 6 h. pour les quelques courageux fidèles désirant le sacrement avant d’aller au travail. Il meurt le 3 janvier 1969, à 88 ans, plein d’espérance pour l’avenir de sa famille religieuse en Bulgarie.

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Bibliographies

Bibliographie et documentation : B.O.A. novembre 1970, p. 138. L’Assomption et ses œuvres 1969, n° 558, p. 22-23. Lyon-Assomption, 1969, n° 17, p. 11-13. Les Archives conservent quelques correspondances écrites par P. Balabanov à des religieux AA, entre 1904 et 1937 et quelques chroniques sur sa vie à Plovdiv.