Laurent (Joseph-Henri-Eugène) DUMONT – 1908-1993

Un Jubilé à Melle, 21
novembre 1958.
« Après une liturgie sacrée bien préparée, une autre liturgie se déroula au
presbytère, précédée du rite obligatoire de la photographie. Fondée sur la
charité, elle doit, elle aussi, honorer Dieu, selon le proverbe
ecclésiastique: ‘Un repas maigre n’est pas nécessairement un maigre repas!’
Le cordon bleu du presbytère en donna ample confirmation. Au délicat
menu, s’ajoutèrent la saveur de l’ambiance, des propos gais, des amusants
souvenirs de Nozeroy ou de Toulouse et, pour terminer, des toasts. On ne
peut les résumer quand ils sont fusées d’esprit. Point de
‘Laurentiennes’, mais des trouvailles à laisser pantois le plus fort
latiniste ainsi cette épithète décrochée au curé de Saint Romans-lès-Melle:
‘Fortis et bello’, fort et beau. La conclusion de la pieuse, fraternelle et
joyeuse journée, elle est toute dans cette dernière citation du Frère
Laurent: ‘Gratias pro Deo’ et nous ajouterons volontiers:’Grâces au Frère
Laurent’, pour tout ce que
représentent pour ses frères les
25 ans de vie religieuse commémorée en l’église Saint Hilaire de Melle ».
A Travers la Province, 1958.

Laurent (Joseph-Henri-Eugène) DUMONT

1908-1993

Religieux de la Province de France.

Une vie assez concentrée.

Joseph Dumont naît à Vermantes (Maine-et-Loire), le 30 octobre 1908. Il fait deux années d’études au collège Saint-Louis à Saumur (1924-1926). Après un essai infructueux de vie bénédictine à l’abbaye de Solesmes (Sarthe), il prend l’habit et le nom de Frère Laurent à Nozeroy (jura), le 22 février 1932. Le P. Gausbert Broha ne le ménage guère et le prolonge de 6 mois de noviciat. Le Frère Laurent prononce ses premiers vœux le 23 août 1933. Sa profession perpétuelle, prévue pour le 23 août 1936, est renvoyée à l’année suivante, 23 août 1937. Spécialisée dans les services de la cuisine et de la sacristie, la vie du Frère Laurent a trois cadres principaux: Toulouse (Haute- Garonne), à l’orphelinat de la Grande Allée, de 1933 à 1943, l’école Sainte-Barbe (Toulouse, 1943-1933) et la m aison provinciale de Bordeaux-Caudéran (1959- 1962 et 1967-1982). Divers besoins l’appellent à deux autres postes, la paroisse de Melle (Deux-Sèvres), de 1953 à 1959 et de 1962 à 1963, la maison des vocations tardives à Blou (Maine-et-Loire) de 1963 jusqu’à la fermeture de la communauté en 1966. A la mi-juillet 1982, encore alerte et actif, il rejoint la maison de repos à Layrac (Lot-et-Garonne) où il continue, tant qu’il le peut, à servir jusqu’au bout (1982-1993). Le Frère Laurent est mort à l’aube du mercredi 22 septembre 1993. Ses obsèques sont célébrées le 24. Il repose au caveau de l’Assomption.

Le portrait d’un serviteur.

Le P. Henri Guillemin a vécu plusieurs années dans une fraternelle complicité avec le Frère Laurent, à Sainte-Barbe de Toulouse et à la maison provinciale de Bordeaux-Caudéran (Gironde).

Il résume la personnalité d’un religieux sérieux, dévoué et enjoué qui témoigne d’une vie donnée dans la prière et la charité fraternelle: « je rends grâce au Seigneur de nous avoir donné, à l’Assomption, cette personnalité qui, peut-être sans trop s’en rendre compte, a procuré aux communautés autant d’amour que d’humour… Ses services étaient divers, le plus souvent autour des autels et à la chapelle et autour de la table au réfectoire. Je le revois encore, à Sainte-Barbe, dès cinq heures et demie du matin, harmoniser le rythme de célébration de 4 messes aux 4 coins de la chapelle, préludant ainsi à la concélébration conciliaire, et par économie de temps et souci de propreté du sanctuaire, y associant ici et là quelques coups de chiffon. Au réfectoire, on le taquine, mais il a la réplique vive et abondante. Les bons mots célèbres les plus imprévus nourriraient une chronique qu’entretenaient ses meilleurs amis… Une communauté est pascale, c’est-à-dire conduit chacun successivement de ce monde à son Père, dans la mesure où elle est communauté de charité. Il arrive même que tel ou tel anticipe la vie éternelle ».

Florilège des ‘Laurentiennes’.

Le Frère Laurent est célèbre par ses ‘Laurentiennes’, bons mots qu’il a éructés ou qu’on lui prête et dont le P. Guichardan présenta en son temps un florilège dans Le Pèlerin. Apocryphe: ‘les amoureux s’embarrassaient sous la glycérine de la vénéranda’. Authentiques les deux suivantes. Rescapé d’une noyade dans l’Ariège, les pompiers le raniment après de longs efforts. Un confrère lui demande: ‘Laurent, veux-tu un verre d’eau?’. Réponse: « Merci. Je sors d’en ,prendre ». Trente ans plus tard, il porte à la basse-cour les reliefs du repas. Alléché par l’odeur, le chien tourne autour de lui et reçoit sa semelle dans l’arrière-train, avec l’explication: « je t’avais pourtant dit: Noli flere! ». Ce n’est là, bien sûr, qu’un aspect d’une personnalité forte et attachante. Quand le Frère Laurent se reproche, à la fin de sa vie, d’une voix qui s’éteint déjà, que sa vie a été inutile, n’est-il pas juste de lui rappeler combien il a rendu service à ses frères en communauté et combien il a su leur apporter de la joie dans les moments les plus moroses de leur existence? ‘Bon et fidèle serviteur, entre dans la joie de ton Maître’.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Documents Assomption, Nécrologe (V) 1991-1993, p. 116-118. Assomption-France, Nécrologie 1992-1993, p. 281-283. A travers la Province (Bordeaux) , novembre 1958, n° 57, p. 11-12 (jubilé d’argent du Frère Laurent Dumont). Notices Biographiques