Laurent VELTCHEV – 1888-1979

Marseille (1953-1968) et Lorgues (1968-1979).

Ne pouvant regagner son pays, le Frère Laurent est envoyé en 1953 au
service de la Procure de Marseille (Bouches-du-Rhône). Il s’y emploie aux
travaux de propreté et de la cuisine avec le même dévouement et le même
soin méticuleux. Il donne le meilleur de son temps à la chapelle qu’il sait
orner et agrémenter grâce aux fleurs, à la musique et à la lumière. C’est à
genoux qu’il arrache les moindres brins d’herbe dans la cour d’accès. Il
forme un groupe d’enfants de chœur et récompense leur assiduité par de
menus objets religieux. Le samedi il se rend à pieds à 4 heures du matin
au marché aux fleurs, distant de quelques kilomètres, pour en
rapporter à meilleur prix des brassées d’œillets, de lys ou de
plantes aromatiques, voulant faire honneur avec une pointe de vanité
bien excusable au Maître des lieux. En septembre 1968, le personnel de la
Procure à Marseille est rajeuni. Le Frère Laurent est envoyé à la maison de
repos de Lorgues (Var) où, bien qu’octogénaire, il n’a pas
l’intention de rester oisif. Il y rend tous les services que l’âge
lui permet. Il s’emploie à activer le rendement d’un poulailler dédié à
Notre- Dame des Oeufs! Il a à y pâtir d’un coq irascible jusqu’au jour où,
malchanceux, il glisse sur le sol pierreux. La basse-cour fut supprimée
pour un parking. Mais il reste le maître des fleurs et des bouquets,
ornant les statues et leur parlant en quelques oraisons
familières, dignes de fioretti! En 1972, il obtient un passeport
pour aller rendre visite à sa famille en Bulgarie, voyage
renouvelé en 1976. Peu à peu devenu sourd, ce religieux, très
fraternel, volontiers taquin et malicieux, souffre de solitude,
s’embrouille dans ses souvenirs. Il n’en finit pas de contempler la
terre qui, il le sait et le dit, va être sa prochaine obédience, la terre
mère. Il meurt paisiblement le 3 avril 1979, à 91 ans passés. Ses obsèques,
présidées par le P. Boris Chtipcov, sont célébrées le 4 avril. Le
rayonnement de ce simple religieux est à la taille de son humilité, immense
de cœur et de fidélité.
(1) Nom bulgare transcrit sous cette forme dans les différentes
pièces de son dossier. Nous constatons cependant qu’il l’écrit de sa
propre main Valtchef. Pour son prénom, on trouve aussi la transcription
Laurenty.
(2) Pourquoi. s’acharne-t-on à répéter qu’il serait né à Miromir?
Sans doute une localité voisine… Les erreurs le concernant ne manquent
pas.

Bibliographie et documentation:

Documents Assomption, Nécrologe (1) 1975-1980, p. 77. Documents Assompt on,
1980, no 5, P.
348-349 ‘Visages familiers’.

Lyon-Assomption, novembre 1979, no 64, p.I-IV.

Jubilé d’or du Frère Laurent Veltchev d’après la Lettre à la Famille, 1960,
no 290, p. 368-
369.

Religieux bulgare de la Province de Lyon. Un temps de formation religieuse étiré. Laurent Veltchev (1) est né le 12 mars 1888 à Dovodjovo (2), près de Karlovo et de Plovdiv en Bulgarie. A 15 ans il devient orphelin mais garde un souvenir pieux de sa famille, notamment de sa mère Catherine Naltchejiska, tertiaire de Saint-François qui joignait au soin du ménage la charité envers les malades. De sa première jeunesse, on ne sait rien. Le 25 juillet 1905, il revêt l’habit assomptionniste au noviciat de Phanaraki, sous le nom de Frère Laurent. Laborieux, appliqué, il apprend le français, bénéficiant de l’amitié d’un confrère, le Frère Marie -Auguste Jeanson à qui il conservera une reconnaissance à vie. Le Frère Laurent ne prononce ses premiers voeux que le 2 février 1910 à Karagatch, près d’Andrinople. On lui connaît quelques résidences de service: Ismidt en Turquie d’Asie, de 1911 à 1914, puis Plovdiv en Bulgarie où il prononce ses voeux perpétuels seulement le 18 avril 1920. Plovdiv est sa résidence de 1914 à 1924: il est muté à Varna (1924-1927) où il est chargé de l’économat, charge qu’il remplit avec intelligence, diligence et dévouement. La connaissance de la langue bulgare le rend particulièrement apte à tous les achats. Il aime le travail bien fait auquel il apporte un soin méticuleux et un sens avisé en plus d’expérience croissante. Sous le ciel de Jérusalem (1937-1953). Les quelque 16 années que le Frère Laurent passe dans la ville de Jérusalem, à Notre-Dame de France, sont sans doute les plus fécondes de sa vie. Il y développe ses talents de jardinier au service de la forte communauté. Nomme de la terre, dur à la peine, patient et méthodique, il transforme le jardin en une véritable oasis où prospèrent fleurs et légumes faisant l’admiration des pèlerins. Ingénieux, il met au point un système d’irrigation qui permet de produire hiver comme été. Il se fait une joie de servir à la table des religieux les légumes qu’il a cueillis, nettoyés et assaisonnés lui-même. Il crée également un poulailler-modèle au fond du potager, dans une baraque en planches aménagée le long d’un mur qui devient son laboratoire: il établit le menu de ses gallinacés, calculés selon les principes les plus stricts de la diététique animale, avec huile de foie de morue pour purger les poules. Il capture grâce à des pièges stratégiques les chats errants dans la propriété de façon à les engraisser et pour fournir à ses volatiles un complément de régime carné. Mais comme son coeur s’attache même à ses malheureux pensionnaires, il doit compter sur le concours d’un confrère pour exécuter les basses oeuvres. On se dispute au prix officiel les excellents oeufs de sa production. En communauté, le Frère Laurent est un excellent compagnon, aimant la vie de communauté, travailleur irréprochable, religieux exemplaire. Homme de coeur, il n’oublie ni fêtes ni anniversaires et s’ingénie à offrir de menus cadeaux. Très attaché aux lieux saints, il profite des moindres répits de son travail absorbant pour faire de brèves visites et de fervents pèlerinages, tous marqués au coin d’une piété simple, profonde, enfantine. En 1948, lors des affrontements de la guerre judéo-arabe, la maison de Notre-Dame de France se trouve au coeur de la bataille. Son attitude courageuse lui vaut deux blessures. Le Consul de France lui remet la médaille de la Reconnaissance française (4 mai 1949). Pour raison de santé et avec bien des regrets, il doit quitter Jérusalem en 1953. Marseille (1953-1968) et Lorgues (1968-1979). Ne pouvant regagner son pays, le Frère Laurent est envoyé en 1953 au service de la Procure de Marseille (Bouches-du-Rhône). Il s’y emploie aux travaux de propreté et de la cuisine avec le même dévouement et le même soin méticuleux. Il donne le meilleur de son temps à la chapelle qu’il sait orner et agrémenter grâce aux fleurs, à la musique et à la lumière. C’est à genoux qu’il arrache les moindres brins d’herbe dans la cour d’accès. Il forme un groupe d’enfants de choeur et récompense leur assiduité par de menus objets religieux. Le samedi il se rend à pieds à 4 heures du matin au marché aux fleurs, distant de quelques kilomètres, pour en rapporter à meilleur prix des brassées d’oeillets, de lys ou de plantes aromatiques, voulant faire honneur avec une pointe de vanité bien excusable au Maître des lieux. En septembre 1968, le personnel de la Procure à Marseille est rajeuni. Le Frère Laurent est envoyé à la maison de repos de Lorgues (Var) où, bien qu’octogénaire, il n’a pas l’intention de rester oisif. Il y rend tous les services que l’âge lui permet. Il s’emploie à activer le rendement d’un poulailler dédié à Notre- Dame des Oeufs! Il a à y pâtir d’un coq irascible jusqu’au jour où, malchanceux, il glisse sur le sol pierreux. La basse-cour fut supprimée pour un parking. Mais il reste le maître des fleurs et des bouquets, ornant les statues et leur parlant en quelques oraisons familières, dignes de fioretti! En 1972, il obtient un passeport pour aller rendre visite à sa famille en Bulgarie, voyage renouvelé en 1976. Peu à peu devenu sourd, ce religieux, très fraternel, volontiers taquin et malicieux, souffre de solitude, s’embrouille dans ses souvenirs. Il n’en finit pas de contempler la terre qui, il le sait et le dit, va être sa prochaine obédience, la terre mère. Il meurt paisiblement le 3 avril 1979, à 91 ans passés. Ses obsèques, présidées par le P. Boris Chtipcov, sont célébrées le 4 avril. Le rayonnement de ce simple religieux est à la taille de son humilité, immense de coeur et de fidélité. (1) Nom bulgare transcrit sous cette forme dans les différentes pièces de son dossier. Nous constatons cependant qu’il l’écrit de sa propre main Valtchef. Pour son prénom, on trouve aussi la transcription Laurenty. (2) Pourquoi. s’acharne-t-on à répéter qu’il serait né à Miromir? Sans doute une localité voisine… Les erreurs le concernant ne manquent pas.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Documents Assomption, Nécrologe (1) 1975-1980, p. 77. Documents Assompt on, 1980, no 5, P. 348-349 ‘Visages familiers’. Lyon-Assomption, novembre 1979, no 64, p.I-IV. Jubilé d’or du Frère Laurent Veltchev d’après la Lettre à la Famille, 1960, no 290, p. 368- 369.