Laurentien (Pierre-Charles-L.) LEMAITRE – 1883-1964

L’hommage du pays.
« L’Assomption vient de perdre un de ses meilleurs ouvriers en la personne
du P. Laurentien Lemaître qui, pendant plus de 50 ans, se dévoua sans
compter pour la gloire de Dieu, le salut des âmes et l’honneur de sa
Congrégation, en ce pays de Turquie, sa patrie d’adoption. Malgré sa santé
florissante, le Père avait dû quitter, fin février (1964], sa paroisse de
Kadi-Keuï pour l’hôpital Pasteur, afin d’y subir une opération. Cet
accident, jugé peu alarmant, devait, hélas! se révéler quarante jours plus
tard, l’indice d’un délabrement général de l’organisme… Ce vaillant
apôtre, ce religieux zélé, est mort sur la brèche, après soixante deux ans
de présence en Turquie dont cinquante deux vécus dans la paroisse
Notre-Dame de l’Assomption de Kadi-Keuï. Les générations d’enfants qui ont
passé par ses mains n’oublieront pas ce vieux maître, bon et exigeant,
demeuré jeune d’allure, d’esprit et de coeur. Ses obsèques, le dimanche 26
avril, furent un témoignage émouvant de fraternité. De nombreux
représentants des différentes communautés chrétiennes lui rendirent un
dernier hommage, en présence de M. Claude Michel, consul général de France
à Istanbul, de Mgr Bata … ».

Religieux de la Province de Lyon.

Une vie au service des chrétiens de Turquie.

Pierre-Charles-Louis Lemaître est né le 13 juin 1883 à Arras (Pas-de-Calais). Fils unique, il suit les classes de l’école primaire d’Harnes (Pas-de-Calais) avant d’entrer chez les Frères à Douai (Nord). Il passe ensuite à l’alumnat d’Arras (1894-1898) et achève ses humanités à l’alumnat de Clairmarais (Pas-de-Calais), de 1898 à 1900. Le 18 septembre 1900, il reçoit l’habit religieux à Gemert (Pays-Bas), des mains du P. Félicien Vandenkoornhuyse, sous le nom de Frère Laurentien. Le noviciat est transféré à Louvain où le Frère Laurentien prononce ses premiers voeux le 18 septembre 1901. La seconde année de noviciat se déroule à Istanbul, à Koum- Kapou où il enseigne une année (1902-1903). Six longues années d’?uvres s’écoulent entre la première profession et les v?ux perpétuels, prononcés à Konia en Asie-Mineure, le 28 août 1907. Ce temps d’épreuve dissipe toute hésitation, tant de la part du Frère Laurentien que de la part de ses responsables et formateurs. Ces années intermédiaires sont consacrées à l’enseignement dans différents postes en Turquie: deux années à Eski-Chéïr (1903-1905), quatre années à Konia (1905-1909). Sur le Frère Laurentien pèse la situation matrimoniale de sa mère, Laurence Hucher, divorcée et remariée avec un capitaine d’artillerie. Son maître des novices, le P. Félicien, lui reproche son caractère froid et impassible, un certain manque, extérieur, de ferveur et d’esprit surnaturel. On doit pourtant reconnaître au Frère Laurentien une bonne dose de persévérance pour maintenir son choix de vie religieuse, alors qu’il lui est même proposé à un moment de reprendre sa liberté. En 1909, il peut entreprendre le cours de ses études en vue du sacerdoce: ses années de philosophie et de théologie se déroulent à Kadi- Keuï (1909-1912).

Il est ordonné prêtre à Istanbul, le 21 décembre 1912. Sa vie sacerdotale et religieuse, le Père Laurentien va la passer à Kadi-Keuï, dans le ministère de l’enseignement principalement. Il est le chapelain des Frères des Ecoles chrétiennes et de leur important collège qui compte une vingtaine de religieux et autour de 800 élèves dont une cinquantaine de chrétiens seulement. Depuis 1937, date du départ des Echos d’Orient pour Bucarest, la présence de l’Assomption à Istanbul est bien ténue. Sans bruit, la communauté de Kadi-Keuï poursuit une présence apostolique discrète et continue auprès des quelques chrétiens disséminés dans la grande ville d’Istanbul. Le P. Laurentien, économe de la communauté, maître de chapelle, directeur de la chorale, dirige jusqu’en 1935 la petite école paroissiale qui est fermée à cette date, par suite des nouvelles lois scolaires du pays. Il continue ensuite à donner des leçons particulières, reçoit des groupes de jeunes musulmans qui peuvent bénéficier de l’espace des cours. Vicaire coopérateur, il a surtout la charge de visiter les malades. De nombreuses courses auprès des organismes publics lui sont nécessaires pour défendre et protéger les biens des églises et couvents qui restent sous la responsabilité de l’Assomption, même sans communauté. Le mot d’ordre est en effet de tenir jusqu’à la relève qui, elle, se fait attendre. Il assure aussi, surtout les dernières années de sa vie, le service dominical à la chapelle de Phanaraki pour un petit groupe de 15 à 20 fidèles, un peu plus nombreux durant l’été et le temps des villégiatures. Musicien et organiste, il est le directeur inamovible de la maîtrise de la paroisse de l’Assomption de Kadi- Keuï.

Maladie et mort.

Opéré de la prostate le lundi 2 mars 1964, le Père semble se remettre et pourtant ses jours sont comptés. Il meurt le samedi 25 avril 1964, à 81 ans, à Kadi-Keuï, des suites d’une hémorragie interne et d’une crise d’urémie. Il est inhumé à la tombe de l’Assomption à Istanbul. L’activité du Père Laurentien en Turquie ne s’est pas limitée aux seuls catholiques latins, mais à toutes les minorités chrétiennes, arméniennes, grecques, y compris de confession orthodoxe, qui fréquentent sans distinction les différents services que peuvent offrir les Eglises, sur les plans sociaux et culturels.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: B.O.A. juin 1965, p. 77-78. Lettre à la Famille, 1964, n° 379, p. 631. Rhin-Guinée, 1964, n° 52, p. 4 et n° 53, p. 3-4. Journal d’Istanbul, 30 avril 1964 (texte ‘L’hommage du pays’). Dans les ACR, du P. Laurentien Lemaître, correspondances (1907-1948).