Lefèbvre (Emile-Auguste) BORNAND – 1889-1980

Portrait d’un Patriarche évolué.
« C’est donc le 11 septembre
1907 à Louvain que vous prononciez les vœux. 1907, c’est pour nous de
l’histoire ancienne… Vous n’êtes plus un père, mais un arrière-grand-
père, un Patriarche! Vous êtes, comme l’on a dit
familièrement, une ‘vielle barbe’ de l’Assomption, comparable à celle du P.
Gervais, aussi vénérable que
celle des PP. Bailly, Picard, du P. d’Alzon revenant d’Orient. Avec vous
défile la litanie des noms qui émaillent l’histoire
de la congrégation: N.D. des Châteaux, Mongreno, Eski- Chéir, Ismidt,
Haldar-Pacha… Professeur, supérieur, assistant, ancien poilu, vous avez
déménagé souvent, en éliminant les choses inutiles. Vous n’êtes pas né dans
un
palace et vous avez toute votre vie conservé les rudes habitudes de vos
montagnes
de Savoie. Votre sens aigu de la pauvreté ne vous a jamais autorisé à
‘faire carrière’. Vous prouvez, par votre exemple, que le latin, les rites
de saint Pie V ou la soutane sont de simples fariboles à côté de l’unique
nécessaire: s’user jusqu’à la corde pour que le Règne vienne … ».
Homélie de Jubilé pour les 70 ans de profession du P. Bornand, par P.Zago.
11.9.1977.

Religieux de la Province de France, assistant général (1952-1961).

Les premiers jalons d’une longue existence.

Emile naît le 1er décembre 1889 à Villarly, village de la commune de Saint-Jean de Belleville (Savoie). Malgré la neige, sa marraine le porte le jour même à l’église pour le baptême, vaccin contre toutes les maladies. Son enfance est celle d’un petit berger savoyard dans ces sites d’une sauvage beauté. En 1901, Emile entre à l’alumnat de Notre-Dame des Chàteaux, il y mène la vie austère et familiale jusqu’à l’expulsion de 1903. Il prend le chemin de l’exil et de plus larges horizons, Mongreno (1903- 1904), Calahorra en Espagne (1904-1906. Le 11 septembre 1906, il prend l’habit sous le nom de Lefèbvre, celui que porta le premier compagnon savoyard de Saint-Ignace de Loyola, et il prononce ses premiers vœux le 11 septembre 1907 à Louvain, perpétuels l’année suivante au même jour et au même lieu.

Sur tous les chemins du monde, fidèle à lui- même.

Entre le temps du noviciat et celui des études supérieures, l’Assomption de l’époque impose comme banc d’essai quelques années d’enseignement: le Fr. Lefèbvre se rend à Ismidt (Turquie) de 1908 à 1909, à Eski-Chéir (1909- 1911). Il revient à Louvain pour la philosophie (1911-1914) et la théologie (1919-1922). La guerre a interrompu le temps de la formation: mobilisé en 1914, il fait la guerre jusqu’au bout en brave, dans les tranchées, en première ligne, avec un pistolet à la ceinture dont il n’a jamais usé, mais avec des yeux de chat’. Il récolte une moisson de médailles, 4 citations: on évoque longtemps son courage et son dévouement de sergent pour ses camarades de combat. Il est ordonné prêtre à Louvain le 23 juillet 1922. Son premier poste de prêtre est la surveillance à Saint-Sigismond où, dans la vigueur de sa jeunesse, il se montre impitoyable,

toujours aux aguets pour surprendre le fautif en flagrant délit. En 1924, il devient supérieur de la maison, inaugurant ainsi un service qu’il va conserver pratiquement toute sa vie: supérieur à Saint-Sigismond (1924-1930), supérieur à Douvaine (Haute-Savoie) de 1930 à 1937, économe à Nozeroy de 1937 à 1938 pour se reposer au bon air du Jura et où des anciens se souviennent d’une marche forcée de 30 km. en une après-midi, professeur à Miribel de 1938 à 1939. Un nouveau champ s’ouvre alors à lui en Afrique du Nord; supérieur et curé à Gabès en Tunisie (1939-1945), il est même aumônier des ‘Joyeux’ de Tataouine, curé de Tunis-Bellevue (1945- 1948) et, sans transition, supérieur du scolasticat de philosophie de Scy-Chazelles (Moselle) de 1948 à 1952 où il reçoit l’ordre de ‘visser’, ce qu’il fait sans état d’âme. « Voilà 4 ans que je suis ici, Le médecin n’y est jamais entré, Le médecin, c’est moi ». Son austérité ne lui fait accepter pour lui-même, malade, ni médecin ni médicament. Il est alors appelé à Rome comme assistant général du P. Dufault, élu par cooptation après la démission rapide du P. Filliol. Il n’y souffre pas de la ‘dolce vita’, mais au contraire d’une vie qu’il ne juge pas assez austère et trop inactive. C’est alors qu’il sillonne le monde assomptionniste pour les visites canoniques, célèbre pour n’emporter au loin que deux chemises et deux mouchoirs. En 1961, il demande à être retiré de sa charge pour un ‘ministère à la base’. Vicaire à Menton-Carnolès (1961-1964), il passe aumônier à l’hôpital-hospice d’Entre-Deux-Guiers (Isère) de 1965 à 1975. En repos à Lorgues (1975-1976), il accepte d’intégrer Saint-Sigismond où il passe les dernières années de sa longue vie (1976-1980), en forme de ministère de silence et de prière pour l’Eglise et l’Assomption. Il y égrène nombre de chapelets, cette prière des pauvres qui reste possible au grand âge. Le mardi 4 novembre 1980, le P. Lefèbvre est hospitalisé à Albertville à 17h. A 21h, il quitte le monde des hommes sans tambour ni trompette. Homme de fidélité, homme du terroir savoyard, avec son parler local et ses origines modestes, ce religieux a cultivé à l’Assomption la fierté de son milieu, sans complexe et sans reniement. De caractère ferme, c’était pour ses confrères un soutien de roc et un conseiller franc. Supérieur, ses instructions étaient courtes, précises, vécues. La seule entorse qu’il ait faite à ses principes médicaux, c’est d’être entré à l’hôpital à 90 ans, un jour, de 17 h. à 20 h.!

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Documents Assomption, Nécrologe (I) 1975-1980, p. 105-106. Lyon-Assomption, mars 1981, n° 67, p. 3-8. F.M. Hudry, Saint-Jean-de-Belleville, Ses prc-tres et ses religieux, dans collec- tion Tarentasia Christiana, 7/93 (1993). Les archives de Rome renferment un lot de correspondances, de rapports, de visites canoniques écrits par le P. Bornancl, au titre de ses différentes responsabilités.