Léocade (Louis-Hippolyte) BOUGERET – 1870-1906

A propos du testament du P. Léocade.

« Je ne sais ce quia été traité entre le P. Léocade, votre sœur et le
P.Jacquot. D’ailleurs rien ne presse pour la liquidation de la succession,
je vous demande le temps de m’informer. Il y a seulement
un point sur lequel je puis vous éclairer et qui me parait vous inspirer
une erreur involontaire. La persécution a
bien obligé le cher P. Léocade à prendre un habit de prêtre séculier,
d’agir comme un dispersé et à subir les nécessités extérieures et légales
qui ont frappé tant de religieux. Mais il n’a jamais cessé de rester
réellement fidèle à ses vœux et il s’est considéré et nous l’avons
considéré jusqu’à son dernier soupir comme un véritable religieux Augustin
de l’Assomption. Si on lui avait
dit le contraire, il en aurait été froissé et aurait protesté. Il pouvait
user de prudence et de réserve à ce sujet et profiter des latitudes données
aux persécutés de se comporter apparemment comme les prêtres séculiers,
mais il n’était pas sécularisé au sens où vous semblez l’entendre. Nous
aurions bien des témoignages
à vous donner à ce sujet. Chaque fois qu’il l’a pu, à San Remo, en
Belgique, à Rome, il a repris son habit religieux et sa vie de communauté
».

Religieux français. Un ‘ex-futur séminariste’ candidat à la vie religieuse.

Louis-Hippolyte Bougeret – et non Bourgeret – est né le 7 février 1870 au château de St Vincent de Gy, sur la commune de Massay (Cher), au diocèse de Bourges. Sa scolarité primaire effectuée à l’école du village, Louis- Hippolyte effectue son secondaire au collège- petit séminaire Saint Célestin à Bourges (1879-1887), après quoi il songe à entrer au Grand Séminaire de Bourges pour la philosophie (1887). Son parcours nous est connu par la lettre qu’il adresse au P. Athanase Vanhove le 20 avril 1894: « M. l’abbé Roche, directeur du petit séminaire, sur votre conseil, m’a présenté à vous le 31 mars (1894), je me propose d’aller faire une retraite auprès de vous à Livry. J’ai 24 ans, j’ai fait toutes mes études au petit séminaire St Célestin à Bourges et je me disposais à entrer au grand séminaire de ce diocèse lorsque ma santé s’étant subitement altérée me força à ajourner cette première décision. Et il faut croire que j’étais assez atteint puisque, au conseil de révision, je lus complètement réformé. Cependant je me suis remis peu à peu et je pus, sans fatigue, faire le voyage d’Egypte et y séjourner près d’une demi-année. Je trouvais plusieurs occasions très favorables qui m’ouvraient une carrière dans le monde, mais je les refusais toutes, n’ayant jamais abandonné la pensée de me consacrer au service de Dieu. D’ailleurs, n’ayant point de charges de famille, et me sentant utile auprès de ma mère [Octavie Bittard de Nolhac] pour l’aider, au moins dans les premières années de la mort de mon père, à gérer le bien que celui-ci nous avait laissé, je n’étais point pressé à hâter la solution de mon avenir. Cependant cet état de choses, je le sens, ne saurait durer bien longtemps. J’ai depuis un an cherché dans quelle direction je devais me tourner et je persévère dans l’idée d’aller étudier auprès de vous ce que le bon Dieu désire de moi. En ce moment ma santé est solide et les médecins que j’ai consultés m’autorisent à toutes les fatigues des études religieuses. Un seul point que je vous signale, c’est l’impuissance de rester longtemps immobile. Le froid aux pieds me saisit et me cause une irritation à la gorge. Je me rendrai à Livry dès que vous aurez la bonté de me faire connaître le chemin ». Louis- Hippolyte met son désir à exécution: il est reçu comme novice à Livry le 7 août 1894 sous le nom de Fr. Léocade,

est admis à la première profession le 5 août 1895 et à la Profession Perpétuelle 5 septembre 1896. Sa fiche personnelle fait état de ses études antérieures en économie sociale, en médecine, en archéologie et dans le domaine de la presse, sans mention de diplômes particuliers. Le Fr. Léocade entreprend immédiatement ses études de théologie (1895-1897) en même temps qu’il enseigne au collège de Hyères (Var). Il est affecté ensuite au collège de Nîmes (1897-1899). Il est ordonné prêtre à Livry le 10 août 1899.

Un religieux sous le régime de la sécularisation fictive.

Toutes les maisons de la Congrégation sont perquisitionnées le 11 novembre 1899. La solution retenue pour le P. Léocade n’est pas le départ à l’étranger, mais la sécularisation officielle pour garder le droit au soi français et la vie de religieux isolé pour ne pas prêter le flanc aux investigations policières. Malgré ce statut apparent, il manifeste son attachement à la vie religieuse et à sa congrégation. Les registres ne sont guère détaillés sur ses différentes résidences ou fonctions. Ils le situent à Paris de 1901 à 1903, attaché à l’œuvre de diffusion des publications de la Bonne Presse, puis à Sart-les-Moines (1903-1904) et enfin à San Remo (1904-1905). Sans doute s’agit-il au moins de communautés de référence, car il semble être retourné vivre un temps à Massay en famille et à Port-Said (Egypte) où il a pris du service comme secrétaire, attaché à la Compagnie du Canal de Suez où l’un de ses frères occupe un poste important. Il meurt prématurément, à 36 ans, le jeudi 10 mai 1906, dans l’établissement des Franciscaines de Versailles où il a trouvé asile et soins. On sait seulement que le P. Léocade a perdu l’un de ses frères, Gabriel, le 1er juillet 1901, sa mère le 21 janvier 1902 et qu’il lui reste à cette date une sœur, Marie, et un frère J., de la Compagnie de Suez travaillant à Port Taufiq en Egypte, d’après les termes d’une correspondance de ce dernier voulant régler la question de la succession du P. Léocade.

Bibliographies

Bibliographie et documentation : L’Assomption 1906, n° 115, p. 108-109. Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudefroy. Les archives romaines contiennent quelque 7 correspondances autographes du P. Bougeret, dans les dernières années du XIXème et les premières du XXème siècle. Lettre du P. E. Bailly à M. Bougeret, frère du P. Léocade, Rome, 23 mars 1907 (à propos des affaires de succession), en réponse à la lettre de ce dernier du 24 février 1907, écrite de Port Taufiq (Egypte).