Léodegar (Thomas) BAXES – 1877-1906

Souvenirs d’un condisciple.

« Entre Niort et Saint- Maixent, au Breuil, s’élève un vaste château-ferme,
au milieu d’un pays plantureux. En
1888, la propriété est acquise par des amis de l’Assomption pour la
fondation d’un alumnat. Je me souviens
encore de l’arrivée de Thomas à l’alumnat du Breuil. C’était en 1891,
quelque temps après la reprise des classes. Nous étions au réfectoire pour
le repas de midi quand nous le vîmes entrer par la porte qui donnait alors
sur l’étable. Il était superbement mis. Le grand col de sa chemise finement
repassée attirait tous les regards. Le nouveau venu eut vite gagné la
sympathie et l’affection de tous ses condisciples. Il avait si bon cœur, il
était si dévoué et si serviable incapable de faire sciemment de la peine à
quelqu’un. On a vite remarqué sa belle voix.
C’était chose ravissante que de l’entendre chanter des chansons catalanes.
Un Père s’en fit apprendre une qui commençait par ces mots
‘Mountagnas regaladas’ Les dimanches et les jours de fête, il prenait le
jeune Thomas
avec lui et accompagnait avec son violon la fameuse chanson. Au bout de
quelque temps, tout le monde chanta :
‘Mountagnas regaladas…». Souvenirs, 1888.

Religieux français.

Un enfant des Pyrénées en Orient.

Thomas naît à Montbolo, près d’Amélie-les- Bains dans les Pyrénées-Orientales, le 6 décembre 1877. Il fait ses études aux alumnats du Breuil dans les Deux-Sèvres (1891-1894) et à Brian dans la Drôme (1894-1896). Il entre au noviciat de Livry-Gargan (Seine-Saint-Denis) le 6 septembre 1896 et prend l’habit sous le nom de Léodegar. Ce n’est qu’un passage pour l’étape suivante, le noviciat de Turquie, Phanaraki (1896-1898). Il y prononce ses vœux perpétuels le 6 septembre 1898, à 21 ans. Il est envoyé au séminaire de Karagatch, dans la banlieue d’Andrinople où il étudie la langue et le rite slaves, pendant quatre ans (1898-1902), au service de l’alumnat. Très agile, candide, d’une propreté méticuleuse, il y est affectueusement surnommé par les élèves ‘popchetto, la gazelle du bon Dieu’. Toujours affable, prêt à rendre service, il a le tempérament vif et sensible; il se fait apprécier pour sa belle voix et cet heureux mélange de simplicité et de distinction qui lui confère un grand ascendant chez les jeunes. Il est ensuite envoyé pour ses études de philosophie et de théologie à Kadi-Keui, sur la rive asiatique de Constantinople (1902-1906). Durant l’été 1906, un congé en France lui est accordé, mais il sacrifie ce désir bien légitime à une demande d’aide de la part des religieux de Karagatch, l’un d’entr’eux étant tombé malade.

Un regard d’occidental sur le monde de l’Orient.

De quelques correspondances conservées du Fr. Léodegar, il est possible d’évoquer le regard d’un jeune européen sur des réalités de l’Orient, à l’aube du XXème siècle: «Je vous donne quelques nouvelles de la mission de Monstratli où tout n’est pas rose pour le P. Norbert. Trompant la vigilance de notre garde- champêtre,

Notices Biographiques A.A Page : 185/185 des orthodoxes, ces temps derniers, portèrent leur audace jusqu’à ensemencer un immense champ de notre monastère de mauvaises graines. Le P. Norbert s’en aperçut lorsque le blé commençait déjà à germer. C’était difficile de l’arrêter, à moins d’avoir une patience de chinois et d’arracher le tout tige par tige. Il fallut recourir à l’autorité. C’est le bakal grec du village qui entretient avec de l’argent la haine contre nous. Le Kamaikans de Moustafa-Pacha a donné au P. Norbert un gardien turc pour un temps indéterminé. Le calme est rétabli, mais il est à craindre que de longs jours ne s’écoulent avant que ces ,populations contre qui il a fallu faire agir la force turque se décident à se convertir. Je termine, mon Père, en vous recommandant notre nichée de vocations bulgares et en vous remerciant de votre dernière retraite. ». Lettre du Fr. Léodegar au P. Ernest Karagatch, le 5 mai 1901.

« Pour la charité envers les enfants, je suis arrivé à mesure que mon amour pour l’œuvre slave est devenu plus fort et plus raisonné, à les corriger sans cesser de les aimer. Les journaux bulgares nous apprennent la persistance de la Russie à vouloir mettre un évêque serbe à Uskub. Les Bulgares se demandent ce qu’ils vont faire maintenant quels ont contre eux les Turcs, les Grecs, les Serbes, les Roumains, surtout les Russes. Ils viennent de célébrer le jubilé de l’exarque Joseph 1er avec des fêtes nationales mais dans le regret de le voir, après 25 ans de règne, paralysé par la Russie et réduit à n’être qu’un fantôme sans autorité ni influence politique…».

Karagatch, 12 mai 1902.

Mort de fièvre typhoide à moins de 29 ans.

Le 22 juillet 1906, Fr. Léodegar se trouve occupé à purifier les linges de sacristie lorsqu’il demande à se reposer, disant éprouver des maux de tête et d’estomac. Son état ne s’améliorant pas, le P. Saturnin Aube l’envoie à l’hôpital voisin Saint-Louis, tenu par les Soeurs Oblates. Le médecin consulté diagnostique une fièvre typhoide qui ne fait qu’empirer du 24 juillet au 14 août. Le médecin nourrit quelque espérance mais une hémorragie intestinale vient compromettre toutes les chances d’une possible guérison. Fr. Léodegar est extrêmisé le soir du 12 août; le lendemain un léger mieux se produit qui fait illusion, mais le 15 août, jour de l’Assomption, Fr. Léodegar s’éteint dans cette chambre d’hôpital qu’il n’a pas quittée depuis un mois, entouré de l’affection du P. Saturnin et du P. Epiphane. Les funérailles ont lieu le lendemain 16 août et Frère Léodegar est inhumé dans le petit cimetière de Karagatch.

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Bibliographies

Bibliographie et documentation: L’Assomption 1906, n° 117, p. 143; n° 119, p. 165-168. Missions des Augustins de l’Assomption, 1906, n° 126, p. 155-157. Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudrefroy. Les archives romaines renferment 14 lettres de ce jeune religieux à différents responsables assomptionnistes du début du XXème siècle: P. Maubon, P. E. Bailly.