Léon EVRARD – 1916-1998

Bure, 1950,
«L’Assomption avait 5O ans quand Bure vit le jour: l’enfant naquit des
souffrances qui éprouvaient à cette heure la jeune Congrégation.
Aujourd’hui, le rejeton, plein de santé et de vie,’jubile’, de concert avec
sa mère centenaire et se présente au banquet familial, les mains chargées
de 50 années de bon et fidéle labeur. Mais il a bien changé depuis le
printemps de l’année 1900: c’est là, il est vrai, le sort de tout ce qui
vit. Je ne dirai pas cependant qu’il a vieilli: pour vous en rendre compte,
venez donc voir et en attendant, faisons un peu d’histoire… Ce furent
d’abord des étudiants en théologie que le vieux moutier des moines
de Saint-Hubert accueillit. Il reçut bien chaudement les exilés, mais ne
put les accueillir au-delà de 6 mois. L’air des cités et la poussière des
bibliothèques leur manquaient: ils s’étiolaient sans doute dans le
prosaïsme d’un humble village de
l’Ardenne et, dès le 15 octobre de la même année 1900, ils se réfugièrent
en la ville universitaire de Louvain. Le lendemain, 16 octobre, 14 bambins
débarquaient en gare de Grupont: ils n’avaient plus
de place dans les rangs serrés de l’alumnat de Taintegnies…
». P. Léon Evrard.

Léon EVRARD

1916-1998

Religieux de la Province de Belgique-Sud.

Les grandes étapes d’une vie.

Léon Evrard naît le 26 avril 1916 au Moulin de la Fosse, Grandménil (Manhay) en Belgique. Il commence ses humanités à Bure de 1928 à 1932 et les termine à Sart-les-Moines, de 1932 à 1933. Il prend l’habit le 1er octobre 1933 à Taintegnies et prononce ses premiers vœux le 28 octobre 1934. Suivent les années de philosophie à Saint-Gérard (1934-1936), le service militaire C.I.B.I. à Beverloo (1937), et deux années de théologie à Louvain (1937-1939) qu’interrompt la guerre. Mobilisé pendant la ‘guerre des 18 jours’ (10-28 mai 1940), le Frère Léon se retrouve prisonnier en Allemagne (28 mai 1940-8 mai 1945). Il peut reprendre alors l’étude de la théologie, à Saint-Gérard (1945-1946). Le Frère Léon a prononcé ses vœux perpétuels le 28 octobre 1938 et est ordonné prêtre à Maredsous le 25 juillet 1946. Les fonctions du P. Léon sont variées; il commence son service dans l’enseignement comme professeur à Bure, après une période de repos (1946-1962). Il est chargé du recrutement des vocations. Puis le P. Léon entre dans le service pastoral des paroisses: de 1962 à 1967, il réside à Mirwart, de 1962 à 1963 avec le P. Maubert infirme puis de 1965 à 1967, seul comme curé De 1967 à 1974 il se dévoue comme assistant de l’économe à Saint-Gérard (abbaye). De 1974 à 1981, il est employé à Bure dans différents services tant internes (porterie) qu’externes (vicariat à la paroisse). Le 19 août 1981, il se retire à la maison de repos à Saint-Gérard. Il meurt à la clinique de Mont-Godinne, le 28 mars 1998, à 82 ans. Les obsèques sont célébrées le 31 mars 1998 . Il est inhumé ce même jour dans la propriété des religieux.

Echos publics d’une vie.

Lors des funérailles du P. Léon,

le P. Vincent Vandermeerschen rappelle quelques temps forts de sa vie: « Le P. Léon est d’une famille de 6 enfants habitant d’abord Grandménil puis Oster, petit village d’une centaine d’habitants dont plusieurs prêtres. Tout jeune déjà, Léon désire lui-même devenir prêtre. Le chapelain d’alors, l’abbé Marquet, l’envoie à Bure pour commencer les études. Le cycle normal de sa préparation au sacerdoce est perturbé par des accrocs de santé et les circonstances de la guerre, notamment cinq années interminables de prisonnier en Allemagne dont deux dans une ferme et trois dans un camp où il est infirmier. Libé,ré le jour même de la victoire le 8 mai 1945, il regagne la ferme de ses parents qu’il trouve incendiée. Où sont ses parents? Que sont- ils devenus? Courageusement, il reprend la ‘route du sacerdoce, rêve d’enfant réalisé en 1946, chemin de croix presque fini… Commence alors le jeu de l’oie, le déroulement de son apostolat: professeur recruteur, charge des ‘anciens, vicariat et cure. Durant 17 ans il est l’hôte aimé de la maison de repos de Saint-Gérard, jusqu’à faire partie du paysage: sentiers du parc, couloirs de la maison, petites promenades dans le village et les environs en compagnie du P. Elisée. On n’oublie pas la silhouette du P. Léon, canne à la main chapelet aussi et, sous le bras, un gros coussin rond d’un blanc fatigué, ‘moins blanc que blanc’. S’il faut d’un mot exprimer toute sa vie, je dirai du P. Léon: ‘le serviteur fidèle’ d’une fidélité coûteuse, car ‘quand la facilité approche, la fidélité s’éloigne’. Il a l’angoisse et le scrupule chevillés au corps, chaque effort de fidélité est victoire de la grâce et victoire sur lui-même. Plus rapidement peut-être que d’autres, le P. Léon vieillit, au rythme du monde. Son tempérament anxieux alourdit. encore ce qui, de soi, est déjà pour tous dur à vivre et à porter. La santé flanche, elle oscille des coups aux mieux et aux contrecoups. Il reste l’épreuve intérieure, celle qui nous échappe, comme l’essentiel du ‘Petit Prince’. Homme de foi, de prière, de miséricorde, de devoir, de fidélité, cette dernière fut- elle excessive dans certains détails, tel vit le P. Léon sur ses ressorts, sans autre horaire que celui de l’horloge intérieure, le chapelet à la main, ce paratonnerre du pauvre des Béatitudes… ».

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Belgique-Sud Assomption, avril 1998, n° 261, p. 3458-3462. Documents Assomption, Nécrologe (VIII) 1998-1999. Une chronique du P. Léon Evrard, célébrant le cinquantenaire de Dure, a paru dans La Lettre à la Famille, 1950, n° 94, p. 27. Elle est partiellement repro-duite plus-haut. Notices Biographiques