Léon (Joseph-Léon) CUSSE – 1828-1883

Du bien-fondé de l’état-civil …
« Le cas du Frère Léon Cusse illustre les bienfaits de l’état civil, des
archives et de la mémoire écrite. On ne peut que déplorer les négligences
trop souvent constatées dans la constitution des dossiers biographiques des
Frères convers à l’Assomption, dans ses années d’origine. De l’existence de
nombre d’entre eux, il n’a été conservé trop souvent que le souvenir oral
du fruit périssable de leur labeur… I1 est par la suite difficile même de
reconstituer leur parcours de vie humaine
et religieuse, à commencer par le cadre biographique de leur existence et
de leurs engagements religieux, par suite d’une formation vécue
‘sur le tas’. Leur décès n’a donné 1ieu parfois qu’à la simple mention de
la date et du 1ieu, ce qui ne diminue en rien l’espérance de vie éternelle
des frères trépassés, mais limite le champ de leur mémoire fraternelle sur
cette terre. La date de décès du
Frère Léon, mort à Andrinople le 26 août 1883, a été officiellement
corrigée en janvier 1948 et celle de sa naissance, le 11 octobre 1828 à
Nîmes, attestée sur foi des registres et retrouvée en juillet
1997 ».
In memoriam.

Religieux français.

Deux frères à l’Assomption.

L’an 1828, le 11 octobre, est né à Nîmes Joseph- Léon Cusse, fils d’Eugène, géomètre âgé de 33 ans et d’Élisabeth Gaudin, âgée de 26 ans. Cette famille nîmoise compte cinq enfants dont l’aîné, Jean-Gustave-René, né à Nîmes le 29 mars 1822, est déjà membre de l’Assomption depuis sa profession perpétuelle le 15 janvier 1837 à Clichy-la-Garenne, émise au collège parisien transféré en 1853 de la rue du Faubourg-Saint- Honoré. Le parcours sinueux du Père René ou Eugène Cusse (1), ordonné prêtre le 18 septembre 1858, missionnaire en Australie de 1860 à 1866, a-t-il occulté la mémoire de son frère? On sait que le Père René-Eugène, rentré à l’Assomption à Nîmes, sorti quelque temps pour aller enseigner au collège Saint-Bertin à Saint- Omer, rentré à nouveau, a été finalement exclu de la Congrégation au chapitre général de septembre 1862 par le P. d’Alzon, pour des raisons complexes dues notamment à l’éloignement, au manque de communications directes et rapides, à la malhonnêteté de Mgr Quinn et à la précipitation du P. d’Alzon dont le jugement ne s’est fondé en cette occasion que sur la déclaration épiscopale chargeant un soi- disant ‘religieux fugitif’. Quoi qu’il en soit, le Père René-Eugène Cusse n’a cessé de proclamer son attachement au fondateur et à l’Assomption, jusqu’à sa mort en terre australienne, à Newcastle le 6 septembre 1866. Comment et dans quelles conditions son frère, Joseph-Léon, est-il entré à l’Assomption, nous l’ignorons. En mars 1869, de Paris il gagne l’orphelinat d’Arras en qualité, semble-t-il, de postulant. Il s’embarque pour la mission d’Orient en août 1870 avec le P. Galabert qui lui donne l’habit dans la nuit de Noël de la même année. Il prononce des vœux pour trois ans le 14 août 1882, après un temps de noviciat de 12 ans (?).

Il meurt le 26 août 1883 à Andrinople où il est inhumé, comme nous l’apprennent deux correspondances d’époque, l’une du P. Galabert au P. Pierre Descamps et la seconde du P. Alexandre Chilier au P. Picard que nous transcrivons fidèlement:

« Andrinople, ce 26 août 1883. Mon bien cher Père. Je vous écris ces lignes à la hâte auprès du Fr. Léon qui depuis plus de 4 heures est dans un état de paroxysme qui se terminera par la mort. C’est déjà plus de 5 heures et peut -être aura-t-il fini sa vie terrestre avant que le chemin de fer n’emporte cette lettre pour Constantinople demain matin. Le P. Luigi [Dimitrov] est toujours fatigué, il a besoin de repos et de soins. Il ne peut avoir ni l’un ni l’autre à Saint- Isidore. Le Frère Joseph [Marachliev? Marie-Joseph Novier?] est le seul capable de le remplacer. Son changement de Constantinople ne me semble pas devoir dans les circonstances actuelles porter le moindre préjudice à nos négociations… Dieu nous manifestera sa volonté. Il veut que nous n’ayons aucun motif de nous attribuer le moindre mérit e de ce qu’il fera par notre intermédiaire. Dépouillons-nous de tout sentiment de vanité, d’orgueil et d’amour-propre. C’est alors qu’il bénira nos œuvres et leur donnera un développement conforme à ses désirs, surtout dès que nous serons entrés dans la voie où il nous appelle dans laquelle il veut que nous marchions. Je reste à l’hôpital auprès du Frère Léon. Priez pour nous tous. Bonne fête de St Augustin et croyez moi tout vôtre en N.S.». P. Galabert au P. Pierre Descamps.

« Lundi 27 août au matin. Cher Père. Le Frère Matthieu [[Norbert?] arrive à l’instant de l’hôpital et m’annonce que le Frère Léon a cessé de vivre hier soir à 18 heures 45. Le P. Galabert a passé la nuit auprès de lui. Adieu. Priez aussi pour moi et croyez-moi bien à vous en Notre-Seigneur Jésus-Christ ». P. Alexandre Chilier au P. Picard.

(1) Le Père René Cusse n’est pas avare de prénoms civils ou religieux: à sa naissance, il en reçoit trois: Jean, Gustave et René, ce dernier prénom usuel. Dans la vie religieuse, on lui en trouve au moins trois, Eugène, Emmanuel-Eugène, Jean Climaque….

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettres d’Alzon, t. XIII (1996), p. 443. Pages d’Archives (lère série), supplément au n° 440 de la Dispersion, p. 184. Souvenirs 1884, n° 32, p. 181. Lettre à la Famille, 1948, n° 40, P. 4. Archives Municipales de NÎmes, Registre IE36, n° 1265. Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudefroy sur le Frère Léon Cusse (4 lignes). Siméon Vailhé, Vie du P. d’Azon, t. II, p. 644-661. Le P. Austin Treamer, avec l’aide de Sheila Rowley, de l’Université de Newcastle, a transcrit en anglais l’aventure des Religieux de l’Assomption en Australie: cette étude n°a jamais été publiée: The Augustinians of the Assumption in Australia (1983). Le P. Désiré Deraedt a constitué un dossier récapitulatif sur ‘l’affaire Cusse’ (mars 1989).