Léopold BRIQUET – 1929-1967

Une thèse inachevée et un thésard embarrassé.
« Depuis longtemps une
partie de ma thèse de doctorat
(Louvain) reste en souffrance à cause de certaines informations manquantes
qui ne peuvent me venir que de la Bib1iothèque Vaticane. Les
bib1iothécaires me recommandent depuis longtemps de venir sur place.
Jusqu’ici l’occasion m’avait manqué, mais je dois me rendre en Suisse juste
à côté de la frontière italienne aux environs du 10 août et je dois me
retrouver à Milan au secrétariat du IIIème Congrès international pour
l’étude de la philosophie médiévale.
Pouvez-vous me loger à ‘Due Pini’ à Rome du 13 au 29 août, ceci sur le
conseil même de mon supérieur, le P. Istace? Je préfèrerais me rendre à Due
Pini plutôt qu’à Tor di Nona
qui doit être vide pendant les vacances.

La Bibliothèque Vaticane est fermée du 15 au juillet au 25 septembre, mais
j’ai une permission spéciale du P. Raes, préfet de la Bibliothèque.
Evidemment j’aurais sans doute avantage à loger le plus près possible, donc
à Tor di Nona, plus central, afin de profiter au maximum du temps qui me
sera imparti pour y travailler
».

P. Léopold, Saint-Gérard.
17.06.1964.

Religieux de la Province de Belgique-Sud.

Un élève doué et exigeant.

Né le 20 septembre 1929 à Nismes, province et diocèse de Namur (Belgique), Léopold vient à Bure faire ses études secondaires (1942-1946), achevées à Sart-les-Moines, de 1946 à 1948. Il prend l’habit le 28 septembre 1948 au noviciat de Taintegnies où il prononce ses premiers vœux le 29 septembre 1949. Le P. Stéphane Lowet le décrit « de bonne volonté, poli, ordonné et propre, mais susceptible et prétentieux, cherchant à se faire remarquer ». Ses études de philosophie se déroulent à Saint- Gérard (Belgique) de 1949 à 1952, suivies du service militaire (1952-1954). Les études de théologie se partagent entre Lormoy (1954- 1956) où le Frère Léopold prononce ses vœux perpétuels le 29 septembre 1955 et où il montre, selon ses professeurs, des dispositions et aptitudes excellentes, et Saint-Gérard (1956- 1957) où il est ordonné prêtre le 15 juillet 1956: « Le Fr. Léopold est préoccupe de sa santé car il souffre du foie, mais il est très attaché à sa vie religieuse. Il est très doué pour les études, travailleur, avec une tendance à être inquiet et exigeant sous le rapport des observances ». De tempérament effacé, de caractère sincère mais parfois difficile, il lui arrive de laisser échapper des paroles dures. Cependant ses qualités lui font exercer une influence bénéfique sur ses confrères.

Une vocation d’enseignant moderne dans l’âme.

Ses Supérieurs destinent le P. Léopold, en conformité avec ses goûts et ses aptitudes, à l’enseignement de la philosophie. Mais avant de recevoir sa nomination de professeur, le P. Léopold doit passer 4 ans à s’y préparer en fréquentant l’Université de Louvain (1957- 1961).

Le tableau des cours du scolasticat de Saint-Gérard où il enseigne de 1961 à 1967 comporte, pour le P. Léopold, bachelier en théologie à Paris et doctorandus en philosophie à Louvain, les cours de logique, de cosmologie, de psychologie rationnelle à raison de 6 heures par semaine, l’histoire de la philosophie moderne à raison de 2 heures par semaine. Sa dialectique s’adapte bien aux jeunes cerveaux. Sa mémoire est prodigieuse. Il nous convie sans cesse, écrit un de ses élèves, à un effort de dialogue. Sa compétence n’exclue pas la simplicité; on pressent en lui le désir de nous faire communier aux valeurs humaines et spirituelles dont il a vécu lui-même avant de nous en entretenir. Le dynamisme du Père Léopold l’empêche de se cantonner dans l’enseignement. Il est prêtre, donc apôtre, préoccupé du bien des âmes. Le programme de formation de Saint-Gérard prévoit, en dehors des cours ordinaires des cycles de leçons spéciales, selon les opportunités, selon les activités libres. Le P. Léopold est également préposé à la culture .cinéma et télévision’, en tant que pasteur il fait le choix des séances et des séries qui sont projetées sur les écrans. Le ciné-forum est l’un des moyens de formation moderne ainsi que le théâtre. Dans ce but, par souci apostolique, le P. Léopold est chargé d’instruire les étudiants dans la connaissance de ce monde d’artistes. Lui-même, pendant le temps des vacances, suit des stages .ciné-télévision’, organisés par les services provinciaux de Namur à la maison des jeunes. A la fonction de professeur, le P. Léopold joint celles de la direction spirituelle, d’un vicariat dominical et de l’aumônerie fédérale des Mutualités chrétiennes: c’est dire son ouverture sur le monde large des formes d’apostolat contemporain. Il songe à achever sa thèse de doctorat quand survient l’accident fatal qui laisse son travail intellectuel inachevé.

Accident de circulation mortel.

Le 28 juin 1967, le Père Léopold, en moto, est victime d’un accident mortel survenu à Auvelais. Il heurte un trottoir. Il n’ a que trente-huit ans. Ses obsèques ont lieu à l’abbaye de Saint-Gérard le samedi 1er juillet 1967, suivies de l’inhumation à Nismes. Ses étudiants se souviennent de la sérénité avec laquelle le Père savait parler de l’homme, de sa destinée, de la vie et de la mort.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: B.O.A. janvier 1968, p. 240-241. Belgique-Sud Assomption, juillet 1967, n° 22. Foyer Assomptionniste été 1967, n° 94. Le P. Léopold Briquet est l’auteur d’une édition revue et mise à jour du célèbre manuel d’Histoire de la Philosophie du P. Thonnard.