Liguori (François-Joseph) RUYTENS – 1895-1978

Lorgues, 1962.
Comme les autres années, les supérieurs m’ont autorisé à venir à Lorgues
durant l’été pour y rencontrer ma sœur Oblate et en même temps prendre un
peu de repos. Ma sœur est bien affaiblie, mais
elle a 81 ans (1). Je passe avec elle une heure le matin et une autre heure
l’après-midi et je m’édifie après chez les Pères qui sont de fait bien
édifiants. Mais j’ai un scrupule. Je me demande si je ne dois pas
avoir votre permission pour rester ici plus de quinze jours. Or je me
proposai de rester presque jusqu’à la fin du mois et cela me fera à peu
près 20 jours. Je ferai comme vous me le direz. J’espère que votre santé se
maintient. Je ne sais pas non plus où ce mot vous rejoindra. En attendant
votre fraternelle réponse et peut-être le joie de vous revoir, daignez
agréer mon cher Père mon respectueux et affectueux souvenir ».
P. Liguori .
(1) Soeur Marie-Aldegonde, née Clara Ruytens, a vécu de
1881 à 1964, est entrée au noviciat de Froidmont en
1901.Elle s’est dévouée à Froyennes et en 1929 elle aménage la maison de
Lorgues où elle meurt le 14 janvier
1964.

Religieux de la Province de Belgique-Sud. Dans les épreuves de la vie. François-Joseph Ruytens est né à Bruxelles le 21 juin 1895. Il est de santé tellement délicate qu’à sa naissance, sa sœur aînée, Clara, le baptise. Les parents meurent très tôt et c’est la sœur aînée qui guide ses premiers pas. Il connaît la vie d’un orphelinat près de Tournai dans le Hainaut (1904- 1907), période qui lui laisse un souvenir amer d’enfance malheureuse. A douze ans, il commence ses études secondaires à l’alumnat du Bizet (1907- 1911), seul beige, avec le futur P. Sauveur, parmi un groupe de solides jeunes Bretons. En 1912, il passe à Bure. Comme son frère Henri-Charles, devenu le Frère Liguori, il désire se faire religieux à l’Assomption, mais, vu son jeune âge, il doit attendre. De 1912 à 1913, il réside à Gempe, puis de 1913 à 1914 à Taintegnies. La guerre survenant, il est mis comme postulant sous la direction du P. Eustache Pruvost à Sart-les-Moines, d’août à décembre 1914, avant de rejoindre le noviciat établi à Limpertsberg au Grand-Duché de Luxembourg. En fait de noviciat, il y connaît surtout la vie laborieuse de journalier agricole dans des fermes isolées pour subvenir aux besoins alimentaires de la communauté. Le P. Antoine de Padoue Vidal, maître des novices, prolonge ce temps de postulat, sans prise d’habit, qui dure du 10 décembre 1914 au 22 décembre 1917. Sans doute ce temps de postulat n’est-il pas homologué comme noviciat puisque le P. Possidius Dauby procède à une cérémonie de prise d’habit à Louvain le 11 février 1918. François- Joseph prend le nom de Frère Baudoin. Une autre épreuve atteint ce jeune religieux lorsqu’il apprend que son frère, Liguori, meurt au front le 17 octobre 1918, peu de temps avant la fin de la grande guerre. En mémoire de lui, Baudoin obtient de relever le nom de Liguori pour sa première profession, A.A émise à Louvain le 19 mars 1919. Il retourne à Taintegnies, cette fois pour ses études de philosophie (1919-1920). En octobre 1920, il peut commencer ses études de théologie à Louvain où il est profès perpétuel le 20 mars 1922 et où il est ordonné le 27 juillet 1924. Comme jeune prêtre, il commence son ministère dans l’enseignement à Zepperen (1924-1925). En 1925, il est envoyé à l’alumnat de Bure qui reprend son activité normale après un temps de fermeture qui a duré cinq ans. Il y laisse pousser sa barbe, indice sans équivoque à l’époque d’une future vocation à la vie missionnaire lointaine. Missionnaire par l’aide financière et la prière. En 1931, il part pour le Congo, selon ses désirs, mais il ne peut s’y adapter. Il ne peut supporter les coutumes africaines et en particulier la semi-nudité des femmes. Il se couvre de peaux de chèvre et se barricade dans sa chambre. Travaillé par des scrupules, il est inutile de prolonger son supplice. Il rentre en Belgique après quelques mois de présence en terre congolaise à Kimbulu en compagnie du P. Conrad Groenen. Mais cet essai n’est pourtant pas un échec total, car le P. Liguori est appelé pendant 10 ans à se dévouer comme prédicateur et quêteur pour les missions. Savoir la part de son audace, de ses astuces et sa naïveté dans sa fonction de collecteur de fonds est très difficile. On rapporte volontiers une de ses anecdotes de quête. C’est ainsi qu’il n’hésite pas en soutane blanche à se mêler au cortège d’un carnaval à Nice, puis, désemparé, à se réfugier auprès du consulat de Belgique où, conversation aidant, il reçoit l’adresse de tous les Belges fortunés se trouvant en villégiature dans la région! Durant la seconde guerre mondiale, il réside au noviciat de Taintegnies où il reste jusqu’en 1949. En 1949, il revient à Bure, sa résidence fixe à partir de 1949: la maison lui doit beaucoup de subsides à une époque où fait défaut l’engagement financier de l’Etat pour de telles institutions scolaires. Il est aidé dans ses prospections par le fichier des abonnés à la revue jeunesse et par ses diffuseurs. En 1972, il se décide à prendre du repos à Lorgues (Var), près de sa sœur Oblate. Manquant véritablement de ces liens étendus qu’il a pu nouer en Belgique, il ne peut rester longtemps dans le Midi de la France et revient à Bure, heureux comme un convalescent qui retrouve sa famille. Son passage dans les foyers amis de la région, sa participation à un club de troisième âge lui valent un grand capital de sympathie dans la population. Il sait diffuser par sa seule présence une forme de richesse et de joie spirituelles qu’il accumule par ses nombreux contacts avec Dieu. Homme de prière très fidèle et mène rigoureux pour l’entourage à force de scrupules, le P. Liguori est véritablement un homme de relations humaines et un homme d’union à Dieu. Il meurt à Bure le 18 décembre 1978.

Bibliographies

Bibliographie et documentation : Documents Assomption, Nécrologe (1) 1975-1980, p. 71-72. Belgique-Sud Assomption, décembre 1978, n° 95, p. 1275-1582. Marc Champion, Province du Zaïre, Religieux défunts 1929-1994, Butembo, 1994, p. 30-32. Lettre du P. Liguori Ruytens au P. Aubain Colette, Lorgues, 21 août 1962. Dans les ACR, du P. Liguori Ruytens, correspondances (1922-1969). Notices Biographiques