Livier (Jean-Paul André) PIERRON – 1908-1991

Mandchourie, 1954. « Le dimanche de Pâques 1954 arriva. Ce fut la plus dure
journée, mais aussi la dernière. Mes juges s’étaient emparés d’un plan des
bâtiments de la mission, sorte de cadastre que j’avais établi pour le
collecteur d’impôts. Au verso, ils avaient collé un faux portant des
indications comme: route de l’aérodrome… et prétendaient l’avoir trouvé
dans mon
bureau. Ils ajoutaient qu’un prêtre chinois et une religieuse avaient été
témoins de la perquisition et avaient
constaté la chose. Je leur demandai alors d’amener ces témoins et de me
confronter avec eux pour savoir où, quand, à quelle heure cela s’était
passé. N’obtenant rien, mes juges organisèrent une séance solennelle.
Debout, ils donnèrent lecture du jugement qui me condamnait à être expulsé
dans les 24 heures. Je demandai divers objets. Le lendemain, on me donna
les deux valises avec lesquelles j’étais arrivé en mission et on me délivra
mon passeport. Des policiers m’accompagnèrent jusqu’à Tien-Tsin où l’on
m’embarqua sur un bateau à destination de Hong-Kong. Moi, je n’ai guère
souffert,
mais j’ai rencontré sur le navire un Lazariste, le P. Tichit, qui avait
porté des chaînes aux mains et aux pieds, avec défense de dormir et de
s’adosser ».

Notices Biographiques A.A

Religieux de la Province de France. Jeunesse (1908-1936). Huitième d’une famille de 9 enfants, Jean-Paul André Pierron est né le 15 juillet 1908 à Bruyères (Vosges). Il commence ses études à Mattaincourt (1922), les poursuit à l’alumnat de Miribel-les-Echelles (Isère), de 1923 à 1927. Il entre sous le nom de Frère levier au noviciat de Scy-Chazelles (Moselle), le 3 octobre 1927, prononce ses premiers vœux le ler novembre 1928 et étudie la philosophie à Saint-Gérard (1928-1930). Puis vient le service militaire, suivi des années de théologie commencée à Louvain en Belgique (1932- 1934), achevée à Lormoy en France, Essonne, 1934-1936). Profès perpétuel le 21 novembre 1933 à Louvain, le Frère Livier est ordonné prêtre à Lormoy le 8 mars 1936, en compagnie du P. Austal Anselm, son futur compagnon en Mandchourie. Mandchourie (1936-1954). Tous deux arrivent en effet en Mandchourie le 31 octobre 1936, après quarante et quelques jours de traversée. Les PP. Cyrille Paratte et Amarin Mertz les ont précédés d’un an. Les rejoindront les PP. Grégoire Brun, Clovis Disdier, Sylvère Pellicier et Théobald Schaffhauser en 1937, puis Jean Berger et Ludan Offner en 1938. Grande comme deux fois la France, la Mandchourie est depuis 1932 sous administration japonaise qui en a fait l’Empire du Mandchoukuo. Mgr Gaspais, délégué apostolique, a fait appel à l’Assomption dans un double but: fonder et diriger un grand séminaire régional, prendre en charge un territoire. Le P. Livier commence par enseigner dans les séminaires de Kirin et de Moukden, en attendant de passer au séminaire régional qui s’ouvre à Hsingking, la capitale, en avril 1940. La grande ville ne lui convient pas. En janvier 1941, il rejoint le P. Austal Anselm dans la brousse de Shuang-Cheng, à 30 km de Harbin. Le P. Jean Berger lui succède comme professeur de morale et d’histoire de l’Eglise. En juillet 1943, le P. Lvier est nommé curé de Chang-Hao, banlieue de Harbin qu’il ne quittera que manu militai! en 1953. Le temps des épreuves commence en 1945, avec la capitulation de l’Allemagne, avec Hiroshima, la capitulation du japon le 15 août et le retour de la Mandchourie à la Chine. Le 19 août, les troupes soviétiques atteignent la capitale qui devient Chang-Chun. Selon les lois de la guerre, ce sont paniques, meurtres, pillages. L’année 1946 est marquée par un grand froid et une grande pénurie, par le typhus et la peste. En avril les libérateurs retournent chez eux sans laisser de regrets. Mais commence alors la guerre civile entre nationalistes et communistes qui, tour à tour, occupent le séminaire. En mai 1947, les communistes sont de nouveau aux portes A.A de la capitale. Les séminaristes sont rappelés dans leurs provinces. Les religieux de Chang- Chun rentrent en France sans pouvoir informer les trois qui restent derrière le rideau de bambou: Sylvère Pellicier qui rentrera en 1951; Austal Anselm deux ans plus tard et Lvier Pierron. Au matin du 8 octobre 1953, le Père Lvier est maîtrisé par des policiers communistes qui le mènent à la prison de Harbin: interrogatoires incessants au cours desquels il tient tête en bon vosgien à ses juges et refuse de signer. Le dimanche de Pâques 1954, physiquement épuisé mais toujours fidèle, il écoute la lecture de sa condamnation. Il est expulsé dans les 24 heures. A la mi-mai, il débarque à Orly. En Tunisie (1955-1961). En février 1955, toujours accompagné du P. Austal Anselm, le P. Lvier part pour l’île de Jerba, dans le golfe de Gabès. La Lettre à la Dispersion présente l’île des Lotophages d’Homère comme un Eden où la luzerne donne 8 ou 9 coupes par an, où la population est faite de Berbères, de Grecs et de juifs, où les catholiques, surtout maltais, forment une paroisse fervente dont le P. Lvier est curé, où l’exode des chrétiens et des Juifs est amorcé. C’est l’époque où la Tunisie lutte pour son indépendance qu’elle obtient le 20 mars 1956, pour l’évacuation de Bizerte, effective le 15 octobre 1963, et pour la nationalisation des 400.000 hectares qui appartiennent à des étrangers (1964). Le Père Livier et deux autres religieux rentrent en France en 1961. Six ans plus tôt, les Assomptionnistes étaient 36 en Tunisie dont 15 au collège de La Marsa. Il en reste encore 7, mais pour peu de temps (1964). Lorgues et Taradeau, Var (1961-1982). Lorgues-repos (1982-1991). Le Père Livier est nommé à la communauté qui réside au presbytère de Lorgues, composée alors de 4 religieux dont un rattaché. Il en est le supérieur, puis le responsable jusqu’en 1977, date à laquelle il est chargé de l’économat. Pendant 21 ans, il dessert la paroisse de Taradeau où il ne laisse que des regrets lorsque son état de santé l’oblige à se retirer à la maison de repos, en octobre, 1982. Ses fidèles paroissiens viennent lui rendre visite régulièrement. La dernière période de la vie du P. laver à la maison de repos de Lorgues est un peu assombrie par sa cécité. Cependant le moral reste intact. Il écrit des poésies et des chansons, se promène dans les couloirs en sifflotant pour manifester sa présence aux mal-voyants. Il doit séjourner plusieurs fois à l’hôpital pour des opérations. En septembre 1990, le mal a raison de sa volonté énergique. On doit le conduire à l’hôpital pour des soins délicats. Le samedi 19 janvier 1991, à 16 heures, il s’endort dans son éternité. Tous gardent de lui le souvenir d’un religieux et d’un prêtre ardent, énergique, fonceur, droit et loyal. C’est aussi un homme de cœur, fidèle à ses relations de vie, comme le manifestent les liens qu’il a tissés sur trois continents. Le corps du P. Livier repose dans la chapelle funéraire de la propriété de Lorgues.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Documents Assomption, Nécrologe (V) 1991-1993, p. 3-4. Assomption-France, Nécrologie année 1991, p. 187-189. Témoignage du P. Livier Pierron dans Missions des Augustins de l’Assomption, 1954, n° 28, p. 54-55. Justin Munsch, L’Assomption en Mandchourie, Série du Centenaire, n° B. Dans les ACR, du P. Livier Pierron, correspondances (1936-1961) . Le P. Livier Pierron a donné des témoignages et chroniques de sa vie en Mandchourie, publiés dans les revues de l’Assomption et ses Oeuvres et Missions des Augustins de l’Assomption. Notices Biographiques