Louis de Monfort(J.-M LE GRUMELEC – 1894-1950

En partance, 1943.
En passant ici prendre une malle, j’ai trouvé une 1ettre de Mgr Saliège
qui, à la demande de mes amis toulousains, m’accepte dans son diocèse
[Toulouse] et me propose un poste. Par ailleurs je me suis rendu compte que
ma présence dans une de nos communautés causait de la gêne à moi-
même, aux religieux eux- mêmes et entr’eux. Enfin des échos de certaines
visites à l’évêché d’Angers m’assurent que je dois compter encore avec de
vieilles rancunes. Aussi bien, pour sortir décidément de ces conditions de
vie bien mesquines en
elles-mêmes mais si paralysantes, je me retire à la Trappe de Sainte-Marie
du- Désert, en attendant que je parte en Allemagne ou que de Rome me
parvienne le conseil ou la décision sollicitée depuis
3 mois [exclaustration]. Si ma résolution m’entraînait dans la suspense
[peine canonique], je gagnerais Cahuzac où le P. Provincial [Zéphyrin
Sollier] désirerait m’envoyer.

N.B. Avec mes regrets de vous infliger ennui sur ennui comme malgré moi qui
vous garde mes meilleurs sentiments de reconnaissance
».
P. Montfort.

Religieux de la Province de Bordeaux.

Un parcours ordinaire.

Joseph-Marie Le Grumelec est né le 28 octobre 1894 à Elven, dans le Morbihan. Il commence ses études secondaires à Bure en Belgique (1907-1910) et les poursuit à Taintegnies (1910-1912). Sous le nom très complet de Frère Louis-Marie Grignon de Montfort, il prend l’habit au noviciat de Limpertsberg au Luxembourg, le 14 août 1912. Profès annuel le 15 août 1913, il y est surpris par la guerre et bloqué derrière les lignes allemandes. Profès perpétuel le 11 avril 1915, il fait partie de l’équipe des frères fermiers, tout en essayant d’entreprendre des études de philosophie (1915- 1917). Il peut reprendre à Louvain un régime de vie étudiante normale, pour les années de théologie (1918-1922). Il est ordonné prêtre, le 23 juillet 1922. « Jeune religieux, de caractère franc, ouvert et très ardent, il souffre d’un bredouillement pénible pour la conversation et impossible à corriger. Ce défaut est très atténué pour la lecture publique ». Il est perçu, déjà à cette époque, comme brouillon et instable.

Une forte mobilité.

La première partie de la vie apostolique du P. Le Grumelec apparaît très instable: professeur à Zepperen (1922-1923), à l’alumnat de Saint-Maur (Maine-et-Loire), de 1923 à 1924, il est de la fondation de l’orphelinat de Toulouse (Haute- Garonne), de 1924 à 1926, puis de la maison des vocations tardives de Saint-Denis (Seine-Saint- Denis), de 1926 à 1930. A Bordeaux-Caudéran (Gironde), de 1930 à 1932, où les activités du patronage et la musique lui reviennent, il est transféré de nouveau à SaintMaur comme professeur de quatrième (1932-1939), puis à Blou (Maine-et-Loire), de 1939 à 1943.

C’est là que l’idée lui vient d’être prêtre ouvrier volontaire en Allemagne, malgré son âge (49 ans). La maladie le ramène en France en 1944. Original, il enseigne en plein air et mêle à son enseignement les choses de la vie. Bricoleur, il organise des nuits de pêche sur la Loire. A Blou, ses chèvres d’élevage le poursuivent jusque dans sa cellule et viennent brouter ses tapisseries.

Une vie parallèle et bohème.

Religieux très dépouillé, en difficulté avec les nécessaires cadrages d’une vie communautaire, il obtient de se mettre à la disposition de l’archevêque de Toulouse, Mgr Saliège. Curé de Cardeilhac, près de Saint-Gaudens (Haute-Garonne), il montre ce qu’il est vraiment, un homme simple, très généreux de son temps, de ses forces et de ses maigres ressources, mais indépendant et impossible à intégrer dans un cadre de vie collectif. D’un dévouement et d’un zèle à toute épreuve, il distribue meubles et vêtements, faisant rugir sa gouvernante, bénévole bienfaitrice, Mlle Pons, et invite sa basse-cour dans la salle à manger du presbytère. Entre elle et lui, ce sont à jet continu des altercations héroï-comiques à faire pâlir le Lutrin de Boileau. Toujours intarissable d’histoires drôles et vraies, le P. Louis de G.-Montfort qui visite régulièrement les religieux de Sainte-Barbe, garde toujours des sentiments d’appartenance assomptionniste, d’autant plus forts qu’il vit en marge de l’Assomption. Au mois d’août 1949, il est admis de toute urgence à l’hôpital de Purpan. Transféré à la maison des prêtres âgés du diocèse à Toulouse, il est emporté par une crise d’urémie, le lundi 23 septembre 1950, à 56 ans. Ayant exprimé le désir d’être enterré auprès de ses ouailles, le Père Louis de Montfort qui, à ses derniers jours, a été réintégré par le P. Gervais Quenard dans la Congrégation, est inhumé le 27 septembre à Cardeilhac. Ses obsèques sont présidées par un vicaire général du diocèse, l’abbé Chanson. Quatorze assomptionnistes, venus d’Agen, de Layrac, de Cahuzac, de Tarbes et de Toulouse, représentent la famille spirituelle que le Père Louis de Montfort a toujours aimée, même si sa vie personnelle, par trop atypique, l’en a un temps éloigné.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettre à la Famille, 1950, n° 103, p. 74 et n° 104, 77. Jeunesses (Bure), 1952, n° 4, p. 5-6. Circulaire du P. Izans, septembre 1950. Du P. Louis de Montfort Le Grumelec, dans les ACR, quelques correspondances (1919-1943).