Louis-Henri (Henri J.) BELARD – 1907-1957

Témoignage d’un anonyme.

« J’ai bien reçu votre carte du
3 janvier m’avisant du décès de mon cher ami le P. Henri Bélard. Je vous en
remercie vivement. Vous décrire ma stupéfaction et ma tristesse semble
superflu.

Bélard était mon camarade de captivité. Nous l’appelions familièrement au
stalag II B ‘le Chapelain’. Il a laissé en moi
le souvenir d’un homme toujours prêt, tout dévoué au service de ses frères,
avec une gentillesse souriante et une activité exceptionnelle. Nos
relations ont été assez peu suivies après notre 1ibération. Il était venu
me voir à Saint- Etienne. Nous échangions régulièrement chaque année nos
vœux, sous des apparences banales.

Mais il savait, lui, toujours ajouter quelques mots simples mais tellement
réconfortants. C’était la seule manifestation de notre amitié, mais combien
indéfectible, malgré l’éloignement. J’ai ressorti les Evangiles qu’il nous
commentait au stalag et dont il m’avait dédicacé un
exemplaire à mon retour. Cher
‘chapelain’, ton souvenir restera éternellement gravé dans mon âme … »

Lettre de Saint-Etienne du 10
janvier 1959 (sic).

Religieux de la Province de Paris, Supérieur Provincial (1952-1957).

Au service des vocations à Chanac.

Henri est né à Ispagnac (Lozère) le 28 août 1907. Il accomplit un premier parcours ‘classique’ à l’Assomption: études à l’alumnat de Saint-Maur (1919-1922) et de Miribel-les- Echelles (1922-1924); prise d’habit à Taintegnies en Belgique le 31 octobre 1924, suivie de la première profession l’année suivante le 1er novembre 1923; études de philosophie à Saint-Gérard (1925-1928), service militaire (1928-1929), études de théologie à Rome à l’Angelicum (1929-1933). C’est à Rome qu’il prononce ses vœux perpétuels le 8 décembre 1930 et qu’il est ordonné prêtre le 30 octobre 1932.

Dès septembre 1933, le P. Henri est assigné à l’alumnat du Christ-Roi de Chanac (Lozère) qui n’est encore qu’un chantier. Pendant deux ans, il est professeur, animateur de jeux et des inévitables travaux manuels. En 1939, le P. Ildephonse Causse achève son supériorat et passe la main à un plus jeune, le P. Henri que happent aussitôt la mobilisation en août 39 et, après la ‘drôle de guerre’, une longue captivité en Allemagne jusqu’en février 1943. Homme bon et compréhensif, il prend réellement à cœur sa charge avec confiance, largeur de vue mais aussi exigence. Aimant ‘les choses bien faites’, la liturgie a tous ses soins et il se montre partisan, dès cette époque, des messes dialoguées. Son pèlerinage favori est celui qui conduit au sanctuaire marial local de Notre-Dame de Quézac où son père a trouvé la mort au moment des inventaires en 1905, en traversant l’eau glacée du Tarn. L’influence du P. Henri dépasse les limites de l’alumnat: rencontre des prêtres de la région, présidence de l’ association des anciens prisonniers…

Notices Biographiques A.A Page : 217/217 Supérieur provincial de Paris.

Nommé après le chapitre général de 1952, le P. Henri prend à bras le corps sa charge: son apprentissage se fait empirique, sans plan préconçu. Homme qui privilégie les contacts sans négliger pour autant les dossiers, il ne se précipite pas pour prendre des décisions parce qu’il connaît la complexité des situations et des hommes. Cette apparente lenteur n’est que l’envers de sa bonté, ce constant souci de compréhension, de confiance partagée. Sans être lui-même un lecteur fervent, le P. Henri dont l’intelligence pénètre par sympathie se préoccupe surtout de deux chantiers: les alumnats dont il déplore souvent la faible ‘productivité’ et la mission de Tuléar, décision prise par son prédécesseur le P. Merry Susset mais assumée et réalisée sous son mandat. Cette ‘fièvre missionnaire’ le pousse d’ailleurs à se rendre lui-même sur place, en bateau, pour encourager des débuts et penser à des développements. On peut dire qu’il vécut cette mission de Tuléar, visitée une seconde fois en 1956, comme un père prépare une maison pour sa famille. Ses collaborateurs se montrent heureux de travailler avec un homme de droiture et de fidélité qui pour les affaires éprouve le besoin de dire les choses sinon comme elles sont, du moins comme il les pense, tout en admettant des divergences d’opinion.

Parti comme un voleur dans la nuit.

Le jeudi 7 février 1937, le P. Henri s’absente de la résidence provinciale de Paris, av. Denfert- Rochereau, après avoir téléphoné à sa sœur Oblate à Sceaux. Se rend-il chez des amis de la banlieue parisienne? Vers une heure de la nuit, le 8 février, le commissariat de police téléphone: l’abbé Bélard a été trouvé sans connaissance dans la rue de la chaussée d’Antin, la veille vers 22 heures. Hospitalisé à l’hôpital Bichat, prostré dans le coma, il meurt dans la nuit du mercredi 13 vers 0 h. 15, sans pouvoir donner d’explication. Les obsèques sont célébrées le vendredi 15 février et sous une pluie battante, son corps est inhumé au cimetière de Montparnasse.

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Bibliographies

Bibliographie et documentation: B.O.A. octobre 1958, p. 27. Lettre à la Famille 1957, n° 224, p. 21-22; n° 231, p. 73-78. Paris-Assomption 1957, n° 52. Le Petit Alumniste, juin 1957, n° 713, p. 10-11. Les archives de Rome possèdent de nombreuses traces des activités et des responsabilités du P. Louis-Henri Bélard: ses rapports annuels de Provincial de Paris (1952-1956), les circulaires adressées aux religieux de Paris, de la correspondance échangée entre 1928 et 1956.