Louis PROUVEZE – 1814-1884

Alès, 1884.
«Notre pauvre Frère Prouvèze a rendu son âme à Dieu, mercredi [24.2.1884].
Depuis quelques mois nous nous apercevions bien que ses
forces déclinaient, mais nous étions loin de nous attendre à une fin si
prochaine. Dimanche dernier il suivait
encore tous les exercices de la communauté. Lundi et mardi
il dut rester dans sa cellule; il n’éprouvait qu’une fatigue ordinaire et
prenait une quantité de nourriture suffisante. Mercredi à
11heures, je le voyais quelques minutes pour le préparer à faire le
sacrifice de la nuit de Noël et l’engager à ne se lever que pour la messe
du jour. Je lui annonçais ma
visite plus longue pour l’après- midi. Après la visite au Saint- Sacrement,
pendant l’obéissance, l’enfant qui lui avait apporté un potage, vint nous
annoncer que le Frère ne parlait plus, qu’il ne donnait aucun signe de vie.
Nous nous rendîmes en toute hâte dans sa cellule pendant qu’on envoyait
chercher les saintes huiles à la paroisse. Je lui donnai l’absolution et
lui appliquai l’indulgence in articulo
mortes.. Il comprenait les paroles que je lui adressais et faisait des
efforts pour baiser le crucifix. Il a rendu doucement son âme ».
P. Henri Brun.

Notices Biographiques A.A

Religieux français. Une vocation de religieux-Oblat. Né dans le Gard en 1814 à une date imprécise, non indiquée dans sa formule de profession, Louis Prouvèze entre dans la vie religieuse à l’Assomption à 36 ans, après sa conversion en 1850, année où il s’adonne à l’éducation populaire dans le cadre du patronage et des conférences Saint-Vincent de Paul du collège de Nîmes, à la suite des Frères Victor Cardenne et Etienne Pernet. C’est sans doute en mai 1852 qu’il commence son noviciat à Nîmes (1): il revêt l’habit le 5 août 1852 d’après l’acte conservé dans les archives et entre dans la catégorie des Frères Oblats. On sait qu’au début de la vie de l’Institut, le Père d’Alzon imagine trois catégories de religieux, à l’image de ce qui se pratique dans la vie de certains Ordres, notamment monastiques: les religieux de chœur se préparant par des études à la vie sacerdotale, les religieux Oblats et les religieux convers ou coadjuteurs préposés aux tâches directement matérielles. Intermédiaires entre les deux autres, les Oblats, priant l’office en chœur et remplissant des tâches qu’un degré d’instruction plus poussé leur permettait de tenir dans la vie d’un collège, n’ont jamais connu de développement numérique à l’Assomption. Seuls Louis Prouvèze et Jules Boulet entrent et restent dans cette catégorie que le chapitre général de 1862 décide de supprimer. Quoi qu’il en soit, le Frère Louis prononce ses vœux perpétuels à Nîmes le 29 septembre 1854. Nous ne connaissons pas grand’chose de la personnalité de ce religieux. le P. d’Alzon écrit à Mère Marie-Eugénie de Jésus, le 29 juillet 1853, à son sujet qu’un de nos Frères a perdu un oeil d’une goutte sereine (2). Le nom de Louis Prouvèze affleure de temps à autre sous la plume du P. d’Alzon. En 1857, le Frère Louis est espéré au collège de Clichy-la-Garenne (Hauts-de-Seine), A.A mais seulement après qu’il aura pris le temps de mettre en ordre les caisses du patronage dont il a la charge à Nîmes (3). En 1858, il semble en résidence et en fonction de nouveau à Nîmes (4). À lire en tout cas les différentes remarques ou allusions que le P. d’Alzon dispense à ses divers correspondants au sujet du Frère Louis, on sent qu’il le tient en grande estime. D’une nature ardente et généreuse, ce religieuse se porte vers Dieu avec une fougue et une impétuosité qui ne se démentent pas après sa conversion de 1850, aussi complète qu’inopinée. On doit même à plusieurs reprises lui conseiller la modération dans la pratique des mortifications physiques, excessives. Il s’est constitué le gardien du tabernacle, non seulement de jour, mais également au cours de la nuit. Lorsque la fatigue et le sommeil menacent de triompher de son énergie, il se place les bras en croix devant l’autel et demeure dans cette attitude jusqu’à ce que la nature aie raison de sa volonté. Au collège de Nîmes, il est longtemps chargé du soin de la chapelle et du chant ainsi que du patronage des apprentis. Devenu presque aveugle, il continue ses leçons de chant aux novices puis aux alumnistes du Vigan, faisant de la prière continue et de l’adoration eucharistique le rythme quotidien de son existence. On met à contribution ses talents de dessinateur, de liturgiste et de maître de chœur. En 1866, le Frère Louis est passé au noviciat du Vigan (Gard), en renfort au Père Hippolyte Saugrain (5). En 1869, il figure sur la liste des religieux présents à Nîmes (6). Il achève sa vie à l’alumnat d’Alès (Gard) où il meurt, aveugle, le 24 décembre 1884, à 70 ans, et où il est inhumé. Quelques jours après, l’alumnat est exproprié par la ville, le bâtiment détruit. (1) D’Alzon, Correspondance, 1859, p. 167 n. (nouvelle donnée par Jules Monnier à Eugène Germer-Duratid), ler juin 1851). (7) D’Alzon, Correspondance, 1853, p. 315. (3) D’Alzon, Correspondance, 1857, p. 317. D’après la note de la page 331, o.c., le Frère Louis n’est toujours pas à Clichy en septembre 1857. Aurait-il reçu le nom de Frère Amédée en religion? (4) D’Alzon, Correspondance, 1858, p. 546, ii. 3. (5) D’Alzon, Correspondance, 1866, p. 39. (6) D’Alzon, Correspondance, 1869, p. 89 n.

Bibliographies

Bibliographie et documentation! Souvenirs, 1885, n° 39, p. 223-226. Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudefroy. Lettres d’Alzon, 1996, tome XIII, p. 462. Bulletin trimestriel des Anciens Elèves de l’Assomption, Nîmes, février 1885, p. 325-326. Siméon Vailhé, Vie du P. d’Alzon, t. I, p. 479 et t. II, p. 292. On doit au Frère Louis Prouvèze quelques notes sur le P. d’Alzon (1884). Les ACR conservent son carnet de retraites et le récit d’une récollection à la Chartreuse de Valbonne (Gard) en 1854. Lettre du P. Henri Brun, Alès, 24 décembre 1884. Notices Biographiques