Louis-Raphael (Louis-Marie) LE BARTZ – 1905-1976

Louis Le Bortz, un frère, un ami …
« Le Père Le Bartz a toujours été le Père Le Bartz, ou presque, puisque né
le 5 janvier 1905 à Ploerdut
(Morbihan), il entrait en 1922 au noviciat des Assomptionnistes de Saint-
Gérard (Belgique). Il avait 17 ans. Ordonné prêtre le jour de Pâques, 20
avril 1930 à Louvain, il entrait à la Bonne Presse en septembre de la même
année puis bientôt à La Croix où il resta 36 ans. Secrétaire général du
journal en 1945, il n’en partagea pas moins son temps entre les activités
diverses d’un secrétariat de rédaction alors réduit: on le vit couper 1es
dépêches, mettre en pages, corriger 1es épreuves, faire la revue de presse
et donner un temps précieux puisqu’on estime à plus de 200 000 lettres le
total de son courrier. C’est dire qu’un grand nombre de nos lecteurs l’ont
connu personnellement et que l’annonce de sa mort les affligera comme elle
nous afflige. Son dernier article qui adressait aux lecteurs de La Croix
ses v?ux pour le 1er janvier 1967, portait le titre d’une conviction
profonde et d’un adieu: ‘Dieu vous garde!’ Testament de poids, ceux que
Dieu garde sont bien gardés ». Geneviève Lainé, La Croix, avril 1976.

Religieux de la Province de Bordeaux.

Grandes étapes.

Louis-Marie Le Bartz est né à Ploerdut, canton de Guéméné-sur-Scorf, dans le Morbihan, le 5 janvier 1905. Il fait connaissance avec l’Assomption à l’alumnat de Saint-Maur (Maine-et-Loire), de 1917 à 1919, puis à Scy-Chazelles (Moselle), de 1919 à 1920, revient à Saint-Maur (1920-1921) et termine ses humanités à Sart-les-Moines (1921-1922). Le 31 octobre 1922, il revêt l’habit religieux à Saint- Gérard en Belgique, sous le nom de Frère Louis- Raphaël et il y prononce ses premiers v?ux, le 1er novembre 1923. Ce sont ensuite les années de philosophie à Taintegnies (1923-1924) et Saint- Gérard (1924-1925). Il accomplit 18 mois de service militaire à Paris, au ministère de la guerre, poste qu’il doit à l’amitié du Maréchal Franchet d’Esperey et de sa femme, ses bienfaiteurs depuis l’alumnat. Théologien à Louvain (1926-1930), il prononce ses v?ux perpétuels le 21 février 1928 et il est ordonné prêtre le 20 avril 1930. Les anciens de Saint-Maur se rappellent l’équipe d’étudiants dont le P. Le Bartz, qui consacrent leurs vacances à installer l’électricité dans la vieille abbaye. Le P. Louis-Raphaël va vivre 38 ans de vie active à la Bonne Presse, de 1930 à 1968. C’est la maladie qui le contraint à se retirer à Lorgues (Var) en 1968. Il y meurt le 26 avril 1976 et y est inhumé 1er mercredi 28 avril.

Souvenirs d’un ami.

Le P. Sébastien Guichardan évoque l’histoire d’une longue amitié et complicité avec le P. Louis- Raphaël Le Bartz: « Le P. Le Bartz nous a donc quittés. Il l’a fait avec la discrétion qui a toujours été la sienne. Beaucoup le croyaient parti depuis longtemps. Il ne répondait quasiment plus aux lettres. Il recevait certes ses amis.

Passant à Lorgues, j’allais le voir, je le regardais descendre au réfectoire avec sa canne, lui jadis si ingambe et léger. Aussitôt après le repas, il remontait dans sa chambre, se mettait au lit. C’est là que, chaque fois, je l’ai revu, détendu, fumant force cigarettes de tabac jaune, écoutant la radio sur le poste que, j’imagine, les amis de La Croix lui avaient payé et qu’il gardait dans son lit, à son côté, comme une chose très chère. Je revois la photo des 25 que nous étions le 31 octobre 1922, jour de notre prise d’habit, autour du P. Rémi Kokel, notre maître des novices, 25 visages souriants à qui le P. Joseph Maubon venait de donner l’habit prestigieux. Lui est placé tout en haut, un peu en arrière, comme si cette place lui semblait sienne. Elle préfigure pour moi toute sa vie. Dès 1930, il entre à la Bonne Presse, d’abord au Pèlerin, aux côtés de deux laics, MM. Save et Mauclère, dans la mouvance du P. Bertrand qui rédigeait seul et dans une journée la Croix du dimanche. A ce poste, il reste deux ans (1930-1932). Le P. Merklen J’appelle alors à La Croix, aux lendemains de la condamnation de l’Action Française. C’est le temps où le journal, après avoir louvoyé, repense sa ligne dans le sens de la démocratie chrétienne, après avoir longtemps fleurté avec l’extrême droite. Le P. Merklen a un faible pour le P. Louis-Raphaël, la seule personne qu’il autorise à fumer. Même M. Revel, chroniqueur militaire, doit aller bourrer sa pipe dans les toilettes quand J’envie de la nicotine le prend. Le P. Louis-Raphaël porte la responsabilité des pages intercalaires du journal. En 1940, il se retrouve à Limoges secrétaire général de La Croix. Vif, astucieux, discret, le Père connaît les jours sombres de la censure, au temps du régime de Vichy et de la Résistance. Il sent les événements, tout en portant le poids d’un quotidien astreint aux prudences de l’heure. De temps en temps, il rédige l’article liminaire d’une prose chaleureuse, enthousiaste, où l’on sent plus la part du c?ur que du cerveau. Son style est celui de l’éventail, partant simplement d’une idée et d’un sentiment, sans suite logique ou discursive, sa place celle d’un brillant second. Ses meilleurs papiers sont ceux qu’il réserve à l’Eglise et à ses fêtes. Après la guerre, il est décoré de la Légion d’Honneur ».

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Documents Assomption, Nécrologe (I) 1975-1980, p. 24-25. L’Assomption et ses CEuvres, 1976, n° 587, p. 22-23. La Croix, 28 avril 1976, p. Il. A Travers la Province (Bordeaux), 1976, n° 241, p. 11-14. Nouvelles de la Province de France, 1976, n° 32, p. 7-8. Dans les ACR, correspondances (1932-1972), nombreux articles dans La Croix.