Louis-Robert (Louis) ROBERT – 1897-1929

Louvain, 1928.
« Nous approchons de plus en plus de la fin de l’année scolaire et des
ordinations. Le moment semble donc venu de vous écrire au sujet du
pèlerinage à Rome et à Jérusalem que j’avais demandé à faire. Ce que j’ai à
dire se résume en deux mots: d’abord, je ne demande plus à faire ce
pèlerinage, et puis, la raison
qui me pousse à prendre cette décision, c’est le désir de ne pas imposer de
sacrifice supplémentaire à mes parents. Il faut dire que dans ma pensée, il
n’était pas question
de faire ce pèlerinage en 1928, mais j’ai eu le malheur de ne pas me faire
comprendre. Mes parents ont déjà tant fait pour moi que je ne peux leur
imposer une plus longue absence. Après avoir pesé le pour et le contre, je
crois qu’il est plus filial de ma part de prendre, après les ordinations,
le premier bateau en partance pour l’Amérique. Donc, mon Père, considérez
comme annulée la demande que
j’avais faite au sujet du pèlerinage en question. Je demanderai au P.
Léonide Guyo de prendre connaissance du contenu de cette lettre
avant de l’expédier. Je suis votre enfant ».

Louis-Robert..

Notices Biographiques A.A

Religieux américain de la Province de Paris. Une vie courte et marquante. Louis Robert est né le 15 septembre 1897 à Montagne, dans le diocèse de Springfield et l’Etat de Massachusetts aux U.S.A., d’une famille canadienne émigrée aux Etats-Unis. Après avoir fait ses études primaires à Turner’s Falls (1903-1907) et suivi un cours commercial à Westfield (1907-1915), il entre au collège de l’Assomption à Worcester (1915- 1921). D’une intelligence vive et profonde, travailleur acharné, ce jeune homme se place rapidement dans les premiers rangs, si bien qu’en l’absence de plusieurs professeurs partis pour la guerre, on n’hésite pas à le charger de l’enseignement des sciences, alors qu’il est lui-même encore étudiant. De caractère agréable, ferme et doux à la fois, il est remarqué pour son humilité et sa modestie, une piété ardente et un esprit de foi qui le font choisir par ses condisciples comme président du Cercle Saint-Jean, regroupant les aspirants au sacerdoce. À la fin de ses études classiques en 1921, il demande à entrer comme religieux à l’Assomption et il part à Saint-Gérard en Belgique pour le noviciat où il prend l’habit le 4 novembre, sous le nom de Frère Louis-Robert. Il se met avec ardeur à l’apprentissage de la vie religieuse, sous la direction du P. Rémi Kokel, maître des novices: « je dois tout faire avec entrain et avec enthousiasme: c’est la volonté de Dieu que je fais». Le 5 novembre 1922, il prononce ses premiers vœux. En septembre 1923, il est dirigé sur le scolasticat Saint-Augustin de Louvain où il achève ses études de philosophie, déjà commencées à Worcester (1920-1921). Le 5 novembre 1925, à Louvain, il prononce ses vœux perpétuels et s’initie à la théologie (1924-1928). Il est ordonné prêtre le 29 juillet 1928. En août 1928, il retourne aux Etats-Unis. Envoyé à Worcester comme professeur d’histoire et surveillant, A.A il se donne à son travail intellectuel avec le zèle et l’entrain qu’on lui connaît comme étudiant. Homme de prière, au cœur d’apôtre, il trouve dans l’intensité de sa vie intérieure le secret d’une profonde influence spirituelle sur ses élèves. Au cours des vacances qu’il prend avec ses confrères à la maison de campagne du collège, à Baker Lake, il se noie accidentellement, le 3 juillet 1929, en prenant un bain dans le lac. Il n’a que 32 ans. Son corps repose au cimetière du collège de Worcester. Le P. Louis-Robert Robert est le premier-né de l’Assomption franco- américaine. Hommage-souvenir du P. Rémi Kokel. « je comptais beaucoup sur le P. Louis Robert pour acclimater dans son pays notre esprit religieux. Il l’avait reçu avidement, se l’était longuement assimilé, à sa façon, selon son tempérament, et je crois pouvoir dire qu’il était capable de le présenter à ses compatriotes dans toute sa vérité et sous une forme adaptée à leur mentalité. Quand le P. Louis Robert vint d’Amérique au noviciat de Saint-Gérard, il fut certainement un peu décontenancé par la différence de nos habitants du Vieux Monde. Il dut s’habituer à un genre nouveau, non pas seulement dans les conditions matérielles d’existence qui occupent une si grande place dans nos appréciations, mais même dans la conception générale de la vie, dans les disciplines du silence, de la mortification, de la vie intérieure et cachée. Il la comprit immédiatement et s’appliqua sans retard à conquérir ce qu’il jugeait le complément nécessaire de sa formation religieuse et morale…. Dès l’abord je fus frappé de la maturité du jugement de ce jeune Américain et de son aptitude à comprendre les raisons fondamentales de la vie religieuse. Il n’y voyait pas seulement un cadre de pratiques extérieures, mais une intelligence absolument nouvelle de la vie et une conception surnaturelle qui place toutes choses dans un ordre supérieur à notre vie terrestre. Il voyait cela à sa façon, c’est-à-dire d’une façon positive, concrète, ‘à l’américaine’. « Les Américains, me disait-il, vivent trop fébrilement, ils sont trop agités, trop occupés des affaires. J’ai besoin de m’assimiler moi-même toutes les méthodes de sainteté du Vieux Monde et d’acquérir les notions du renoncement, de la pauvreté, de l’humilité. Ce sont des choses que nous ne connaissons pas assez ». De temps en temps, il livrait à ses Frères les fruits de ses réflexions dans une petite allocution lue ou débitée au réfectoire, à l’occasion d’une fête. Le tour en était toujours original, l’expression piquante, les comparaisons empruntées à la nature ou à l’industrie, mais toujours la pensée était très surnaturelle et dénotait de profondes convictions. Il était foncièrement pieu. Aussi était-il au noviciat comme un poisson dans l’eau… ».

Bibliographies

Bibliographie et documentation : Lettre à la Dispersion, 1929, n° 315, p. 191-193; n° 316, p. 205-207; n° 317, p. 213. Assumptionists Deceased in North America, Worcester, 1995, p. 1-2. Polyeucte Guissard, Portraits Assomptionistes, p. 313-325. L’Assomption et ses Oeuvres, 1930, n° 344, p. 227-230; 1934, n° 395, p. 502-503. Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudefroy. P. A. Cleux, L’aube d’une âme, B.P., 1933. Assumption North America, august-september 1999, n° 5, p. 18-20. Lettre du Frère Louis-Robert Robert au P. Gervais Quenard, Louvain, 9 avril 1928. Du P. Louis-Robert Robert, dans les ACR, une correspondance (1928). Notices Biographiques