Lucien (Albert) KOCHER – 1913-1935

Mémoire.

« Jeune aspirant religieux, le Frère Lucien Kocher ne rêvait que d’études
et il s’imaginait qu’après deux mois de séjour dans un sanatorium du Midi,
il pourrait retourner en son scolasticat. Petit à petit, Dieu déchira le
voile des illusions. En présence de la volonté divine qui allait
manifestement à l’encontre de ses désirs les plus chers, son âme s’inclina
sans hésitation et sans regrets. ‘Moi, je n’ai aucune préférence. Je ne
veux que ce que le Bon Dieu veut’. Au lendemain de sa mort, l’un de ses
jeunes confrères pouvait écrire:’Il est donc parti le consciencieux et
travailleur frère Lucien. On ne l’a jamais surpris en graves défauts avec
la Règle, tout appliqué qu’il était à ses devoirs de religieux et
d’étudiant. Il faisait plus qu’on ne lui de mandait et
avec quelle discrétion! Il a vécu seul dans sa chambre durant quelques
semaines, tout abandonné entre les mains de Dieu. Si on lui demandait:
‘Frère Lucien, comment allez- vous?’. Il répondait d’un geste insouciant
qui semblait dire:
‘Comme il plaît à Dieu’».

Un jeune étudiant religieux
dans Le Petit Alumniste, 1935.

Religieux de la Province de Lyon.

Une brève existence.

Albert Kocher est né le 17 avril 1913 à Drusenheim (Bas-Rhin), à une vingtaine de km. au nord de Strasbourg. Il est scolarisé à l’école de son village (1919-1925) et, après son certificat d’études obtenu à Bischwiller en 1925, il obtient son admission à l’alumnat de Scherwiller, le 19 septembre 1925. Durant les vacances scolaires de 1928, il éprouve quelques fatigues et difficultés de santé. Peu après la rentrée scolaire de 1928, il doit être hospitalisé à Sélestat, puis placé dans un sanatorium à Murbach (Haut-Rhin), établissement dirigé par les Pères Camilliens. Après une longue interruption, il peut à nouveau reprendre ses études à l’alumnat de Scherwiller (1929-1930). En 1930, il passe à l’alumnat d’humanités de Miribel-les-Echelles (Isère). Il contracte en 1931 une seconde pleurésie qui le tient deux longs mois à l’infirmerie. Le 2 octobre 1932, il reçoit des mains du P. Gervais Quenard, l’habit religieux au noviciat de Nozeroy (Jura). Il prend le nom de Frère Lucien. Le 3 octobre 1933, il prononce ses premiers v?ux entre les mains du P. Rémi Kokel. Le soir même, avec ses confrères, il part pour le scolasticat Saint-Jean à Scy-Chazelles (Moselle). La première année lui est difficile: il a l’impression de perdre son temps en reprenant le cours de l’année précédente. En juillet 1934, il peut passer avec mention la première partie du baccalauréat. Il souffre aussi de l’esprit volontiers frondeur et moqueur des Frères étudiants qui le précédent en classe de philosophie. Il doit surmonter bien des mouvements d’humeur, dus sans doute à une forte sensibilité et à une susceptibilité encore à maîtriser. Religieux franc et timide à l’excès, il s’exprime assez gauchement, d’une voix sourde, relevée par un fort accent alsacien. Le Frère Lucien renouvelle ses v?ux le 29 septembre 1934

et se met avec ardeur à l’étude de la philosophie. Il assume en même temps la charge de professeur d’allemand à l’alumnat voisin, Sainte-Jeanne d’Arc. Sa santé semble s’être améliorée. Au conseil de révision en 1933, il a été ajourné; mais il est déclaré apte pour le service militaire en 1934.

Mort de tuberculose, prématurément.

Et cependant en décembre 1934, il doit à nouveau s’aliter. Le médecin constate un début de tuberculose au poumon droit et il conseille un éloignement du Frère Lucien, au moins pendant les mois d’hiver. Le 21 février 1935, le Frère Lucien est conduit à la maison de repos de Lorgues (Var) où il arrive le 26. Les efforts de la médecine sont impuissants à enrayer le mal. En raison d’une fièvre persistante, on ne peut tenter les opérations chirurgicales de thoracoplastie et de phrénisectomie. Il meurt, dans sa 23ème année, le jour de la fête des apôtres Pierre et Paul, le samedi 29 juin 1935. Les obsèques ont lieu à Lorgues, le lundi 1er juillet. Le Frère Lucien est inhumé au cimetière de Lorgues. Deux de ses anciens professeurs peuvent être présents: les PP. Toussaint Chazalon et Macaire Voutsinos. Un des condisciples du Frère Lucien, le Frère Marie-Edmond Barthez, écrit en guise d’adieu à la nouvelle du décès: « Parti, le Frère Lucien ne l’est pas tout à fait, son souvenir reste et restera parmi nous. Est-il vrai quïl est si loin de nous? N’avons-nous pas, au contraire, l’impression que nos défunts sont plus près de nous après leur mort que pendant leur vie? Sans doute, il est à nos côtés le Frère Lucien, son affection fraternelle J’aura ramené au milieu de nous. Oui, il est tout près. N’est-ce pas lui qui murmure à notre âme ‘Laissez s’évanouir le visage de ce monde, levez vos têtes, il est là-haut le bonheur que vous cherchez’? ».

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettre à la Dispersion 1935, n° 590, p. 289; n° 594, p. 321-323; n° 596, p. 339-340. L’Assomption et ses Oeuvres, 1935, n° 410, p. 131. Le Petit Alumniste, 1935, n° 564, p. 166.