Lucien (L.-J.-M.) LAURENT – 1906-1993

Partir, c’est mourir.
«Votre lettre du 10 juillet
[1961] est partie de Rome seulement le 12 et je l’ai reçue le 15 au soir.
Je vous prie de m’excuser pour le retard de ma réponse que j’ai laissée
dans une valise qui ne part que demain! J’ai lu votre lettre
avec sérénité. Mais il m’en coûte de quitter Jérusalem, car je m’incruste
habituellement là où l’on me met. Et plus je vais, plus je me rends compte
de ce que le proverbe français ne manque pas de vérité: partir, c’est
mourir! Je crois aussi que certaines personnes me regretteront ici,
beaucoup même probablement. Par ailleurs, je ne pouvais plus rester avec le
P. Brunet. La situation qui a été faite à mon arrivée ici ne pouvait plus
durer et ne pouvait guère être refaite. Dans ce sens, c’est même un peu une
libération pour moi. Je pense que j’aurai pas mal de soucis et de travail à
Melle et je ne me suis jamais mêlé de conduite de paroisse. Je n’ai pas
trop d’appréhensions cependant, j’aurai autour de moi des confrères
expérimentés parmi lesquels des amis de toujours. La question des relations
extérieures, les autorités notamment, est un point difficile. Je crois
pouvoir dire que j’ai toujours bien réussi partout en cela. J’attends les
instructions du P. Jointer».

Religieux de la Province de France Jeunesse et formation (1906-1934).

Né à Moustoir-Ac (Morbihan) le 29 avril 1906, baptisé ce même jour, Lucien-Joseph-Marie Laurent fait ses études secondaires au petit séminaire de Sainte-Anne d’Auray, de 1920 à 1925. Il prend l’habit religieux à Taintegnies (Belgique) le 10 janvier 1926 et fait profession le 11 janvier 1927. Il étudie la philosophie à Saint-Gérard, suivie de seize mois de service militaire à Paris. D’octobre 1930 à juin 1934, il étudie la théologie à Louvain. Profès perpétuel le 8 décembre 1931 à Louvain, il est ordonné prêtre à Vannes le 8 juillet 1933, en même temps que son frère, décédé en janvier 1993.

Toulouse (1934-1940). En 1934, le P. Lucien est nommé économe de l’école Sainte- Barbe à Toulouse (Haute-Garonne), alors externant de lycéens qui occupe une partie de l’antique et immense couvent des S?urs de la Compassion, rue Deville. Le P. Noël Richard, son supérieur, évoque cette période: « Nous sommes arrivés ensemble à l’école Sainte-Barbe, lui du scolasticat de Louvain et moi du collège Saint-Caprais d’Agen. Jeunes et inexpérimentés, nous sommes alors de petits séminaristes selon le mot du cardinal Saliège. Le nouvel économe trouve la caisse vide et pourtant il faut à tout prix quitter le local vétuste de la rue Deville. Le P. Gervais Quenard nous en fait obligation. Un entrepreneur agenais, M. Trevisan, découvre un terrain au boulevard Duportal. Les plans de l’immeuble reviennent au P. Boucher, le suivi de la construction est redevable au P. Lucien. Cette tache s’ajoute à ses occupations scolaires, aux soucis de l’économat, à l’aumônerie scoute etc… Homme de bon conseil, il rend d’immenses services… ».

Agen (1940-1950). Le P. Lucien est nommé préfet de discipline au collège Saint- Caprais d’Agen (Lot-et-Garonne) en 1940. Il en devient supérieur en 1947. Au lendemain de la guerre, les élèves sont 250; ils sont 360 en 1948 et le collège est une ruche pleine où sévit un corps professoral nombreux et ardent dont la moyenne d’âge doit friser la quarantaine. En septembre 1946, les étudiants de la Province de Bordeaux sont déplacés de Lormoy à Layrac. L’opération ne se déroute pas dans la joie. Quelques étudiants rendent visite au P. Lucien au cours de leurs promenades. Il sait procurer patience et encouragement aux esprits qui souffrent de l’exil. Deux événements peuvent être soulignés pour cette période, au début 1948 la première messe du P. Marcel Recours, premier assomptionniste issu du collège et le 11 juin 1950, la célébration du centenaire de la Congrégation

en présence de Mgr Jean-Marcel Rodié. Mgr Vuccino trace un magnifique panorama de la vie du P. d’Alzon et de son oeuvre immense, en quarante minutes qui ne paraissent longues à personne.

Blou (1950-1951). Tarbes (1951-1954) et Saint-Maur (1954-1955). La maison de Blou, ouverte en 1935 reçoit le P. Lucien comme supérieur en septembre 1950. Elle compte à cette date 35 jeunes gens. Faute de place, une dizaine ont été refusés. Le Père n’a qu’une année pour apprécier la douceur angevine. En 1951 le collège Jeanne-d’Arc de Tarbes (Hautes-Pyrénées), confié par l’évêque à l’Assomption en 1944, a besoin d’une tète neuve et solide après le P. Régis Escoubas qui en a assuré le redressement. Le P. Lucien est l’homme de la situation pour y exercer un ministère de pacification pendant trois ans. En 1954, il retourne en Anjou, mais cette fois à l’alumnat de Saint-Maur comme surveillant général, une courte année que l’on peut considérer comme un temps de relatif repos ou de mise en réserve.

Jérusalem (1955-1961 et (1971-1972). A l’été de 1955, le P. Lucien est nommé supérieur de Notre-Dame de France à Jérusalem. La grande hôtellerie de 400 chambres, bâtie au XIXème siècle, se trouve sur la ligne de feu pendant la première guerre israélo-arabe de 1948. Elle a beaucoup souffert des obus et du pillage, l’aile sud est en ruines, le reste occupé par des réfugiés devenus locataires, 220 personnes en 1957. La communauté compte cinq religieux dont le Frère François Haas. Un essai de restauration se poursuit. Mais, située à la frontière Jordano-Isréalienne (1948-1967), la maison reste en partie un fortin. L’Assomption se trouve dans l’impossibilité financière d’achever la réparation de l’ensemble et d’en assurer l’avenir. On connaît le dénouement de cette affaire, la cession de Notre-Dame au Saint-Siège, en février 1972, après beaucoup de soucis, une première vente cassée, un procès et des contrariétés en tout genre.

Melle (1961-1969), Layrac (1969-1978), Fumel et Agen (1978-1990). En 1961, le P. Lucien est nommé archiprêtre à Melle (Deux-Sèvres), secteur paroissial que l’Assomption dessert de 1925 à 1991. En 1969, il prend en charge les débuts de la maison de Layrac, scolasticat jusqu’en 1969, transformée à cette date en maison de retraite. De 1978 à 1981, le P. Lucien est à Fumel. Il revient ensuite en Agen, à la communauté de la rue Michelet qui émigre à la rue Goumy en 1986. Il s’adonne à divers ministères et jardine volontiers à l’évêché. A partir de 1988, il est aussi aumônier du Carmel de la ville jusqu’en septembre 1990, date à laquelle il vient se retirer à Layrac. Il meurt à l’hôpital d’Agen, le 4 octobre 1993, dans sa 88ème année. Ses obsèques sont célébrées à Layrac, le 6 octobre suivant, présidées par Mgr Sabin Saint-Gaudens, évêque d’Agen, ancien élève de Sainte-Barbe de Toulouse. Belle figure d’un religieux serviteur, toujours disponible.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Documents Assomption, Nécrologe (V) 1991-1993, p. 120-125. Assomption France, Nécrologie années 1992-1993, p. 285-288. Lettre du P. Lucien Laurent au P. Wilfrid Dufault, Jérusalem, 22 juillet 1961. Dans les ACR, du P. Lucien Laurent, importante correspondance (1948-1971), rapports sur Agen (1948-1950), sur Tarbes (1951-1954), sur Jérusalem (1961), sur Melle (1961-1963). M. Chalendard, Notre-Dame de France, aujourd’hui Notre-Dame dez Jérusalem, Institut pontifical, Téqui, 1984. L’Express, 30 décembre 1993. La Croix, 24 septembre 1967, 3 novembre 1970, Le Monde, 31 octobre 1970. Notes et souvenirs des PP. M. Guillemin et N. Richard sur le P. Lucien Laurent.