Lucien (Xavier) KOCHER – 1920-1998

Coexistence pacifique en communauté.
« Le Frère Laurent [Veltchev] a cru bon de faire part au P. Général [P.
Hervé Stéphan] d’un incident de la vie commune, survenu entre lui et le
Frère Lucien que nous savons tous d’un caractère irascible, mais aussi
malade. J’avais auparavant conseillé au Frère Lucien de changer de chambre.
Mais il est entré dans une colère noire et ne veut pas en entendre parler.
Depuis trois ans, je le supporte et mes nerfs ont craqué. Il est certain
que le Frère Laurent,
se levant à 4 heures du matin, fait du bruit sans s’en rendre compte, du
fait de sa surdité et du fait que son lavabo est jumelé à celui du Frère
Lucien. Le bruit se répercute inévitab1ement. Le Frère Lucien le lui a dit
plusieurs
fois, sans résultat. Au début, le Frère Laurent voulait changer de chambre,
mais il est revenu sur sa décision. Hier je lui ai parlé et lui ai dit
qu’il faut
savoir se pardonner. Depuis sa sortie intempestive, le Frère Lucien m’a dit
que le Frère Laurent fait beaucoup moins
de bruit. Le Frère Lucien est précieux, il rend de nombreux services, mais
il ne veut pas changer de chambre car il a fait 1es meub1es sur mesure et
il donne autant de torts à son confrère qu’à lui ».

Religieux de la Province de France.

Une mémoire maternelle.

Xavier Kocher, frère d’Albert, est né, le 9 mai 1920, à Drusenheim (Bas-Rhin) qui est également le lieu d’origine du P. Jean-Pierre Robin (1913-1970). Après le temps de l’école primaire, il travaille les terres de la propriété familiale. En septembre 1939, il s’engage dans l’armée pour trois ans. Libéré en 1942, il vient à l’alumnat de Cavalerie, près de Prigonrieux (Dordogne) qui sert à l’époque de noviciat pour la Zone libre. Au terme de son postulat, le 21 janvier 1943, il prend l’habit et le nom de son frère Lucien, religieux assomptionniste décédé jeune étudiant le 29 juin 1935 à Lorgues (Var). Profès le 23 janvier 1944, il reste encore 18 mois à Cavalerie et travaille à la ferme. Il est alors nommé dans le cadre de sa Province d’appartenance (Lyon) à Lorgues en 1945. En présence du Père général, le P. Gervais Quenard qui avait donné l’habit religieux à son frère, la communauté de Lorgues célèbre ses 25 ans le 3 novembre 1947. C’est bien sûr l’occasion de rappeler le souvenir des cinquante et quelques religieux déjà portés en terre, sous le ciel du Midi lorguais, dont beaucoup ont été des modèles de vertu, de zèle et de sainteté (1). A cette époque, le Frère Lucien bâtit dans la propriété de la communauté, sous la direction du P. Privat Bélard, la chapelle de la Dormition qui est inaugurée en octobre 1948 pour recevoir les restes du Frère Eugène Berge, vénérable vétéran des Oeuvres de Mer. La lettre à la Famille s’en fait l’écho: « L’enterrement du Frère Eugène a été une procession claustrale et on va prier volontiers devant le premier des 72 loculi qu’il occupe dans la gracieuse chapelle » (2). Le Frère Lucien est envoyé à Valpré en 1951: Valpré n’est encore à cette date qu’une grosse maison bourgeoise, sur les hauteurs de Lyon-Vaise (Rhône),

qui héberge une modeste communauté religieuse étudiante (3). Le Frère Lucien y exerce ses talents d’électricien, de menuisier-ébéniste et de factotum jusqu’au jour de 1956 où, tombant d’une échelle sur le marbre du hall, il se blesse la colonne vertébrale. Accident stupide dû à l’inattention d’un confrère qui oublie de tenir l’échelle sur laquelle le Frère Lucien est perché pour réparer une ligne électrique! Ce dernier ne récupère jamais toutes ses forces et doit se ménager. Dans la mesure des ses possibilités restantes, il est employé alors à l’orphelinat de Douvaine (Haute-Savoie) au bord du lac Léman (1957-1961), à Lorgues (Var), de 1961 à 1970, à Scherwiller (Bas-Rhin) où il se révèle musicien (1970-1971), à Scy-Chazelles (Moselle), de 1971 à 1973, à Douvaine de nouveau (1973-1974) et à Valpré (1974-1975). C’est alors qu’il rejoint définitivement les Aînés de Lorgues en septembre 1975. Il souffre depuis longtemps de la colonne vertébrale (bec de perroquet). Une dizaine d’années durant, il dirige les chants à la chapelle. Ami de la nature, il se spécialise dans la bouture des végétaux et la greffe des arbres fruitiers. Homme de prière, il vit dans la présence de Dieu, a une grande dévotion envers la Vierge Marie et sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus qu’il a la joie de voir proclamer Docteur de l’Eglise en octobre 1997. Le Frère Lucien meurt le 11 mai 1998 au matin, à 78 ans accomplis, deux jours après son anniversaire. Le lendemain, 12 mai, après des obsèques empreintes de sérénité, il est conduit à la chapelle de la Dormition, par lui bâtie dans la pinède, 50 ans plus tôt.

(1) Selon les termes de La Lettre à la Famille 1947, p. 169.

(2) O.C., 1948, p. 92.

(3) Historique des lieux, des personnes et des faits: A.T.L.P., 1997, n° 136, p. 8-24.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Documents Assomption, Nécrologe (VIII) 1998-1999, P. Assomption-France, Nécrologie année 1998, p. 435-436. Lettre du P. Allègre au P. Noël Bugnard, Lorgues, 27 janvier 1979.