Luigi DIMITROV – 1849-1921

Mise à disposition.
« Je suis un lourd fardeau, je le sais depuis fort longtemps. Que
voulez-vous, je fais tout mon possible pour me rendre utile à la
Congrégation et c’est avec un grand regret que je me vois à la charge. Je
suis à votre
disposition. Faites de moi comme vous voulez. Si vous voulez que je reste
comme je suis, je resterai. Que la volonté de Dieu se fasse. Seulement je
serai privé d’une grande consolation. Si on veut que les enfants ici
[Montmau] marchent il faut que quelqu’un y soit constamment avec eux. Je
demanderai encore une fois au Père Hippolyte [Saugrain] de me faire un
règlement pour que je sache quoi faire. Ne croyez pas, mon Père, que je
passe ici une douce vie, je préfère passer mon temps sur les déclinaisons
de la grammaire que sur les
sarments de la vigne. Rien de nouveau: nous sommes toujours en train de
tailler les vignes et de les labourer. Les journées des ouvriers et des
ouvrières sont très chères. Une femme pour lever les sarments demande 5
francs par jour. Nous venons d’expédier un sac d’avoine pour les poules.
Nous vous l’expédions avec la
grande vitesse ».
Luigi, Montmau, 6 janvier
1873.

Luigi DIMITROV

1849-1921

Religieux bulgare.

Une des premières recrues du P. Galabert.

Luigi Dimitrov [ou Dimitroff, selon la transcription] est né à Philippopoli le 8 septembre 1849, bulgare de Roumélie sous la dépendance du joug turc. Il est remarqué par le P. Victorin Galabert, à l’école Saint- André, ouverte en janvier 1864, à proximité de la cathédrale latine de la ville. Luigi est envoyé en France pour se former à la vie religieuse (1867). Il suit d’abord des cours au collège de l’Assomption à Nîmes, puis entre au noviciat au Vigan (Gard), en 1870, sous la direction du P. Ifippolyte Saugrain. Sa première profession, à Nîmes, est datée du 5 juin 1871. Au mois de mai 1871, le Père d’Alzon envoie le Frère Luigi à l’orphelinat agricole de Montmau, près de Lavagnac. L’essai n’est pas concluant, les temps sont difficiles et l’argent manque. Le Frère Luigi rentre à Nîmes se préparer à sa formation ecclésiastique. Elle se fait sur place au collège, avec l’aide de professeurs assomptionnistes. Le Frère Luigi est ordonné prêtre le 23 septembre 1876 à Montpellier, par l’évêque de la ville, ancien élève et collaborateur du P. d’Alzon, Mgr Anatole de Cabrières. Le P. Luigi est ensuite envoyé en renfort à la petite équipe assomptionniste, au service de la mission en Bulgare, sous l’égide du P. Victorin Galabert, à Andrinople.

Un des fondateurs d’Orient. de la carte géographique de la mission d’Orient

En 1880, le Père Luigi a 31 ans. En 1882, le P. Galabert l’envoie à Sofia, la capitale, pour tenter la mise en route d’un petit collège, mais l’essai échoue. En 1883, le P. Luigi épaule la fondation de Koum- Kapou, première communauté catholique dans un quartier turc de la ville depuis que Constantinople est devenue Istanbul! Malgré les difficultés, l’Assomption tient bon et l’on peut en attribuer le mérite au jeune supérieur d’alors, le P. Joseph Maubon,

avec un groupe de jeunes profès venus d’Osma. Leur inexpérience, leur enthousiasme et leur jeunesse suppléent à tout, y compris sans doute à l’absence de sentiment du danger ambiant! En 1886, le P. Luigi passe en Asie Mineure pour la fondation de Brousse-Bursa, ancienne capitale. En 1888, nous le trouvons à Phanaraki, sur la pointe de cette presqu’île de la côte asiatique d’Istanbul, où l’Assomption, tant les Assomptionnistes que les Oblates, vont implanter durablement noviciats, écoles et paroisses. En 1890, le Père Luigi est envoyé à Yamboli. En 1893 il revient à Andrinople, la terre de ses premières armes apostoliques, mais l’année suivante il est déjà parti à Gallipoli, fondation également en Turquie d’Europe. En février 1896, nouvelle transhumance qu’une courte expérience rend aléatoire: l’Assomption ne peut se maintenir à Bellini-Roustchouk, en Bulgarie du Nord. Il faut abandonner les lieux dans des conditions plutôt tragiques en avril. Ensuite le Père Luigi entre dans une phase de stabilité: Andrinople-Karagatch devient sa résidence habituelle pour 18 ans. En 1914, il est envoyé à Varna, ville portuaire bulgare sur la Mer Noire. En 1915, il doit rentrer à Philippopoli d’où sont chassés les religieux français du collège Saint-Augustin. En 1920, la situation redevenant normale pour l’Assomption en Bulgarie, le Père Luigi est assigné à Kadi-Keuï qui va être son dernier poste de ministère. Il y meurt le 18 janvier 1921, à l’âge de 72 ans. Il est inhumé le lendemain, mercredi 19 janvier, au cimetière de Kadi-Keuï, à Ouzoun-Tchaïr, aux cotés du P. Jérôme Frassier, décédé l’année précédente. Missionnaire dans l’âme, il s’est appliqué, avec ses deux compatriotes et condisciples, les PP. Ivan Pistichki et Francesco Schiskov [Chichkov], à payer de son dévouement et de sa disponibilité la dette de reconnaissance contractée à l’égard des PP. Emmanuel d’Alzon et Victorin Galabert dès 1863. Religieux d’une grande régularité et d’une exactitude proverbiale, il passe pour l’homme-horloge sur lequel se règlent les sentinelles qui gardent le pont sur la Maritza à Philippopoli. Habile et bricoleur de ses doigts, il est le cordonnier des alumnistes dont les chaussures flanchent et la Providence des malheureux envers lesquels sa bonté est inusable.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: L’Assomption 1921, n° 237 p. 53-58. Missions des Augustins de l’Assomption, 1921 n° 241 p. 219-223. Nouvelles de la Famille 1921 n° 394, p. 19-20; n° 396, p. 34-39; n° 398 p. 56; n° 403, p. 92. Notice biographique par le P. Marie-Alezis Gaudefray. Lettres d’Alzon, t. XIII (1996), p. 444-445. Lettre du Frère Luigi au P. d’Alzon, Montmau, 6 janvier 1873. N’ont été conservées dans les ACR que deux correspondances de Luigi Dimitrov, l’une adressée au P. d’Alzon, ici publiée, une autre au P. Picard, de 1894. Notices Biographiques