Marc (Marie-Joseph) TERRAZ – 1870-1951

Lyon, 1917.
« J’ai appris ces jours derniers qu’on réclamait à notre dépôt du Fort de
La Duchère des infirmiers pour aller rejoindre l’armée anglaise en Syrie.
J’ai un grand désir d’y aller moi- aussi en tant que volontaire infirmier,
voire même comme interprète pour le turc. J’espère y mieux servir la
France. Mais voulant avant tout rester dans l’obéissance, je désire avant
de prendre cette grave détermination vos sages conseils et votre
approbation.
Il y a quinze mois que je suis à Lyon dans le même hôpital, accomplissant
de très humbles et pénibles corvées, sans aucune consolation pour un
prêtre, n’ayant pour ainsi dire aucun ministère à remplir auprès des
malades et blessés de cet hôpital. C’est pour moi un immense chagrin que
j’ai supporté jusqu’ici en esprit de résignation à la volonté divine. Si le
bon Dieu me veut sur un autre champ de bataille, il me le manifestera par
vous. Si c’est oui, je partirai joyeusement après m’être fortifié par une
bonne retraite. J’ai déjà affronté les sous- marins en me rendant en 1915
aux Dardanelles. Si c’est non, j’accepterai en fils soumis votre volonté,
en gardant ici mon emploi d’homme de corvée ».

Religieux de la Province de Bordeaux. Parcours de formation. Marie-Joseph Terraz est né le 22 mai 1870 à Notre- Dame du Pré en Savoie, de Cyprien et Marianne née Deschamps. Frère aîné du P. Symphorien Terraz, il est cousin du futur P. Casimir Romanet. Marie- Joseph ne fait que passer 8 jours à l’alumnat Notre- Dame des Châteaux (Savoie), d’où il est envoyé à celui de Nice (Alpes-Maritimes) de 1884 à 1886, puis à celui de Mauville (Pas-de-Calais) de 1886 à 1887, enfin à celui de Clairmarais (Pas-de-Calais) pour les humanités (1887-1889). Le 6 août 1889, sous le nom de Frère Marc, il prend l’habit assomptionniste au noviciat de Livry (Seine-Saint- Denis) où il ne reste que trois mois, mais c’est à Phanaraki (Turquie) qu’il prononce, ses premiers vœux, en septembre 1891. Le P. Ernest Baudouy, son maître des novices, propose de l’admettre à la profession perpétuelle pour le 8 septembre 1892, avec un délai prolongé de vœux annuels en raison de quelques difficultés de comportement. Avant les études ecclésiastiques, le Frère Marc est envoyé dans quelques maisons d’œuvres, d’abord sur place à Phanaraki où il enseigne dans la petite école de la mission (1890-1893), puis à l’alumnat d’Andrinople- Karagatch (18931895), tout en ne refusant pas de manier la scie et le rabot. Etudiant en théologie à Kadi-Keuï de 1895 à 1899, il y est ordonné prêtre le 14 août 1898. Champs d’apostolat. Le P. Marc est envoyé comme jeune prêtre à la mission de Konia (Asie Mineure), de 1898 à 1901. Il ne fait que passer à Brousse (1901), avant d’être choisi comme aumônier chez les Oblates à Haïdar- Pacha, une des banlieues d’Istanbul, sur la rive asiatique, proche de Kadi-Keuï. Page : 39/39 En 1907, le voici aumônier de l’hôpital tenu par les Sœurs Oblates à Andrinople. En 1909, il est nommé professeur à l’école de Gallipoli. Il termine sa course en Orient au collège d’Ismidt où il enseigne de 1911 à 1914. Mobilisé à la guerre, le P. Marc est affecté à un service d’infirmerie à Lyon où lui est confié le soin de veiller les morts, après leur toilette funèbre. Ce ministère sacerdotal un peu particulier, mais très macabre, est un peu simplifié par le P. Marc qui prend la liberté, selon ses dires postérieurs, de se contenter de fermer à clef la porte de la morgue. Libéré en 1917, il passe 18 mois à Saint-Sigismond (Savoie), nouvelle fondation pour un alumnat à organiser. Comme le P. Jovite Morère, il fait partie d’un lot d’anciens missionnaires ‘vieux turcs’ affectés à la mission d’Amérique du Sud. Le 5 août 1919, le P. Marc débarque à Buenos-Aires. De 1919 à 1927, il est au service du sanctuaire de Santos Lugares, de 1927 à 1945 il réside à Belgrano. Il se dévoue au ministère de la confession, du baptême, du catéchisme et de la visite aux malades. On connaît son caractère généreux, mais pas toujours patient. Un jour où il estime que les pénitents sont trop nombreux et pressés contre le confessionnal, il sort en colère et leur enjoint de sortir: ‘Todos dehors! Injonction qui reste sans effet. Le P. Marc n’a jamais maîtrisé la langue espagnole, aussi n’a-t-il jamais pu rendre le service de la prédication. Il s’emploie également à l’orphelinat de la colonie française de Vitoria, distribuant force médailles et images pour encourager les jeunes à la pratique de la vie chrétienne. Le P. Marc a toujours eu besoin de diversions d’ordre physique pour calmer les ardeurs de son tempérament. A la cave ou au grenier des résidences en Argentine, il installe volontiers un atelier où il s’équipe d’un tablier et d’outils appropriés qui provoquent bien quelques désagréments sonores pour les oreilles de ses confrères. En 1945, il revient à Santos Lugares. En 1947, il souhaite retrouver le poste de Belgrano où il passe les quatre dernières années de sa vie. Avec l’âge, infirmités et maladies le rendent inquiet. Atteint d’artériosclérose, il ne dort plus beaucoup et passe ses nuits à se frotter les jambes. Il meurt à Belgrano le 6 avril 1951, à 81 ans presque accomplis. Il est inhumé au cimetière de Flores, le samedi 7 avril. Page : 40/40

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettre à la Famille, mai 1951, n° 116, p. 44 (lettre du P. Gabriel Kearney, Bue- nos- Aires, 13 avril 1951). Circulaire du P. Régis Escoubas, 14 avril 1951, n° 5. Lettre du P. Marc Terraz au P. Emmanuel Bailly, Lyon, 16 avril 1917. Du P. Marc Terraz, dans les ACR, correspondances (1908-1917).