Marcellin (Charles-Emile) GUYOT – 1840-1924

Les résistances d’un évêque.
« J’ai vu Mgr hier. Notre entrevue a été gracieuse d’abord, puis froide,
puis aiguë. Je n’ai pas été surpris. Je m’attendais à ses aménités.
Cependant il ne m’a pas emporté. Après toutes sortes de belles choses sur
les prétendants à la vie commune, j’en ai entendu sur certains de vos
religieux qu’il n’a pas nommés mais que j’ai
reconnus parfaitement par allusions transparentes, sur votre société qu’il
a traitée de république où il n’y avait pas de chef et où chacun fait sa
volonté. C’est le rendez-vous, a-t-il, des hommes qui ont été
chassés de partout. Cependant je ne vous avais nommés qu’Augustins, mais
cela a suffi pour qu’il comprenne parfaitement. Il leva la main pour me
dire de ne pas
insister. Ensuite il ajouta qu’il ne me permettrait en aucune manière
d’aller faire un essai chez vous et que le jour où je partirai du diocèse,
ce serait fini. Je cesserai de lui appartenir et je n’y serai plus reçu. Il
pensait sans doute m’épouvanter, mais je lui dis très poliment que trouvant
l’occasion d’entrer d’une manière définitive dans la vie religieuse, je le
priai de me rendre ma liberté en me donnant l’exeat ». P. Marcellin au P.
Picard

Marcellin (Charles-Emile) GUYOT

1840-1924

Religieux français.

Un missionnaire apostolique itinérant.

Né le 18 juin 1840 à Neuville (Meuse), Charles-Emile Guyot, après ses classes primaires à Commercy, fait ses études secondaires au petit séminaire de Verdun. De même, c’est dans le cadre du diocèse de Verdun qu’il étudie la philosophie et la théologie au grand séminaire de cette ville. Il y est ordonné prêtre le 21 mai 1864. Il est d’abord nommé vicaire d’une paroisse de Verdun, puis curé à Auzéville-en-Argonne et Bonzée (1864-1876). Le P. Picard le reçoit au noviciat à Paris, le 11 décembre 1876. Le P. Charles- Emile prend le nom de Père Marcellin, prononce ses premiers vœux en décembre 1877 et ses vœux perpétuels le 21 décembre 1878. Il fait une année à l’orphelinat du P. Halluin à Arras (Pas-de-Calais), en 1878-1879, deux autres à Paris (1879-1881), avant de consacrer son dynamisme apostolique dans le champ de la mission d’Orient, souvent en tournées de conférences et de quêtes sur bien des fronts. Il arrive à Andrinople en novembre 1881, en compagnie de Mme Germer-Durand, devenue Sœur Marie-Cécile. Ses postes sont très variés et itinérants: Andrinople (1881-1883), Constantinople (1883-1884), Paris (1884-1890), Constantinople (1890-1892). Le P. Marcellin est ensuite de la fondation d’un poste de mission en Louisiane aux U.S.A. (1892-1899), essai d’évangélisation dans le milieu noir, avec un nouvel intermède à Paris (1897-1898). Les perquisitions de 1899 le trouvent à l’alumnat de Notre-Dame de Consolation à Laubat (Charente-Maritime) où son originalité, jamais en reste, donne libre cours à des scènes comiques: il exhibe sa déclaration de citoyenneté américaine pour impressionner, en vain, les agents de police. Le P. Marcellin passe ensuite à Clairmarais (Pas-de-Calais) de 1900 à 1901,

avant d’être affecté à la mission naissante en Angleterre: Londres-Bethnal Green (1901-1903), Charlton (1903-1914). Au début de la première guerre mondiale, il repasse sur le continent européen et se trouve bloqué à Louvain (1914-1919). Après le conflit, le voici de nouveau par les chemins: San Remo en Italie (1919-1920), Gemenos, près de Marseille (Bouches-du- Rhône) où il fait fonction d’aumônier d’un orphelinat agricole (1920-1921), San Remo (1921), le noviciat de Notre-Dame de Lumières (Vaucluse) de 1921 à 1922 et enfin Notre-Dame de France à Jérusalem où il trouve un peu de stabilité: il y accueille les pèlerins, se fait guide sur les champs de fouilles de la future église Saint-Pierre en Gallicante. C’est là qu’il meurt, à 84 ans, le 22 février 1924. Il y est inhumé dans le caveau du site, à Saint-Pierre en Gallicante.

Un original de première classe.

A côté de vertus bien réelles, tout est marqué chez le P. Marcellin d’un cachet d’originalité qui va jusqu’à l’étrange et quand on le le lui signale, il est le premier à en rire. je le vois encore, au début de la guerre, arrivant de Louvain, porteur, pour les Pères de Taintegnies, d’instructions verbales du P. Emmanuel Bailly, vêtu d’une façon bizarre, style clergyman: grande barbe blanche, justaucorps trop petit pour sa taille, chapeau haut de forme immense. Il est alors pris par les voyageurs pour un espion prussien et, à leur requête, les chefs de station font stopper trois fois le train entre Bruxelles et Tournai pour lui demander ses papiers. Lui, souriant et bon Français, montre son diplôme d’American citizen acquis à titre honorifique pour son dévouement de missionnaire en Amérique. Et quand il se heurte près de l’alumnat au cordon des gardes civiques qui lui barrent encore le chemin, mais qui, sur ma recommandation le laissent passer, je lui dis: « Vraiment, Père Marcellin, aussi vous êtes habillé d’une façon par trop étrange! » Il me répond sans sourciller: « C’est çà, vous n’êtes qu’un jaloux! ». Selon le P. Edouard Bachelier.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettre à la Dispersion 1924, n° 81, p. 37; n° 82, p. 46-47; n° 84, p. 61-64; n° 86, p. 77- 78; n° 90, p. 111-113. L’Assomption et ses oeuvres 1924, n° 273, p. 57-60. Lettres d’Alzon, 1996, t. XIII, p. 451. Lettre de l’abbé C.-E. Guyot au P. Picard, Bonzée, 1er septembre 1876. Dans les ACR, du P. Marcellin Guyot, correspondances (1878-1922), rapport sur la Lousiane (1898), articles sur la Lousiane et Jérusalem dans Souvenirs. Notices Biographiques