Marie-Abel (Abel-Adrien) ALBOUY – 1894-1963

Portrait.
Cet homme, discret sur lui- même et sur les autres, n’a guère été choyé par
la vie et les circonstances. De naturel plutôt timide, un peu mélancolique,
de petite santé, mais également souriant et serviable, il ne fut guère
heureux dans l’exercice de l’enseignement. Son autorité sur les élèves ne
s’est jamais affermie, malgré tous ses efforts, seule la cloche venait
abréger le charivari des classes d’espagnol.
Dans le ministère paroissiale, il ne fut pas plus apprécié quant au zèle
qui le poussait à l’ambon. On sentait chez lui la
passion d’évangéliser, à défaut d’apprécier le discours évangélisateur. Par
contre, il n’avait pas de rival au confessionnal et au chevet des malades:
il déployait à ces services les dons du tact, de la bonté et de fidélité
qui sont les marques d’une âme tournée vers l’intérieur.
Lui qui exprima au P. Claude venu lui porter le sacrement des malades à
l’hôpital son désir d’entrer dans le silence:’je n’ai qu’un souhait, c’est
qu’on ne parle pas de moi’, sut mourir comme il avait vécu: sans bruit, en
renouvelant chaque jour le don de sa vie.

Religieux de la Province de Bordeaux.

Avoir vingt ans en 1914.

Abel Albouy est natif de Saimiech dans l’Aveyron (21 août 1894). Alumniste de grammaire à Elorrio (1907-1911) où son supérieur est le P. Eugène Monsterlet, il vient achever ses humanités à Taintegnies en Belgique (1911-1913) sous la direction du P. Edouard Bachelier. Il reçoit l’habit le 14 août 1913 au noviciat de Limperstberg au Luxembourg, des mains du P. Emmanuel Bailly. Mais la guerre déclarée en août 1914, si elle n’interrompt pas le noviciat, oblige les novices finissants à entreprendre sur place le cycle des études philosophiques avec pour seul guide le manuel de Zigliara, recopié avec soin par un enseignant occasionnel.

Au début de 1917, les privations sont telles qu’elles obligent le P. Vidal, supérieur, à disperser les jeunes religieux dans les fermes environnantes, louées ou achetées. Cet emploi du temps, insolite mais nécessaire, est supportable pour le fr. Marie-Abel, d’origine paysanne, habitué aux travaux de la terre. Grâce aux démarches du P. Possidius, en janvier 1918, la plupart des étudiants peuvent gagner Louvain, achever le cursus philosophique et commencer le cycle des études de théologie.

Le Fr. Marie-Abel est à nouveau interrompu, cette fois par les obligations du service militaire (février-septembre 1919). Il est fortement éprouvé sur le plan familial: au début de cette année 1919, il perd la même semaine de la grippe espagnole son père, un frère et une sœur. Lui-même est atteint en 1922 d’une anémie cérébrale assez grave qui fait craindre pour sa santé physique et morale. Il s’en remet après un temps de repos forcé à Zepperen (1922-1923). Le 6 novembre 1921 il est reçu à la profession perpétuelle,

le 18 janvier 1925 il est ordonné prëtre dans la chapelle de l’alumnat de Saïnt-Maur (Maïne-et- Loïre) où il est affecté depuis 1923.

Un apostolat partagé entre le ministère et enseignement.

Jeune prêtre, le P. Albouy ne reste qu’un an à Saint-Maur. En janvier 1926, il est chargé des paroisses de Pouffonds et de Chails dans le diocèse de Poitiers avec résidence à Melle. Quand est fondé l’alumnat de Melle, le P. Albouy ajoute à ses obligations de ministère l’enseignement de l’espagnol. Puis en 1935, il est nommé à Cavalerie (Dordogne) où il réside longuement, jusqu’en 1952, sauf une interruption d’une année en 1945-1946 comme aumônier des Sœurs Oblates à Jalesnes. Il continue à professer l’espagnol, même si cela lui coûte et si l’enseignement ne lui réussit guère. Il est plus à l’aise comme desservant de la chapelle de Peymilou et comme infirmier à l’alumnat. En 1952, le P. Albouy est envoyé comme aumônier au pensionnat des Sœurs Oblates à Pannard (Mayenne), mais en 1956 la communauté se retire pour la nouvelle maison de retraite du Mesnil-Saint-Denis (Seine-et-Oise), déjà pourvue d’un aumônier, le P. Artémon.

C’est ainsi qu’il est accueilli à Bordeaux, à la paroisse assomptionniste de Caudéran où il va demeurer sept ans (1956-1963), rendant tous les services que requiert le ministère paroissial: permanence, confessionnal, sacramentalisation, desserte de la chapelle de secours du parc de Lussy, économat et entretien d’un potager. On ne peut pas dire que le P. Marie-Abel soit un orateur-né, mais il prépare soigneusement ses interventions. C’est surtout pour son ministère auprès des malades et des personnes âgées qu’il est le plus apprécié: il les visite régulièrement, leur porte la communion à domicile. Sa mort est brutale: après une journée de travail ordinaire le 2 mars [19631, il se dit fatigué le lendemain dimanche. Le lundi 4 mars, il est hospitalisé à cause d’une embolie pulmonaire et il meurt le mardi à 12 h 30. Il est inhumé le jeudi 7 mars à Caudéran.

Bibliographies

Bibliographie : B.O.A., mars 1964, p. 230. Lettre à la Famille 1963, p. 455-456. Lettre du P. Claude Guenneau au P. Picot du 12 mars 1963. A travers la Province (Bordeaux), n° 108 (avril 1963), P. 17-21; n° 109 (mai 1963), p. 3 (extrait du ‘Lien paroissial, de Bordeaux-Caudéran).