Marie-Albert (Guillaume) HAUMESSER – 1915-1999

Bruits de bottes, 1940.
« Notre régiment, formé dans les environs de Mulhouse, a été dirigé vers la
Sarre avec toute la division en décembre
1939 et, après un voyage très pénible à cause du froid, arriva sur la ligne
en Sarre le jour de Noël. Jusqu’en avril 40, nous sommes restés en
cantonnement à Saint-Jean- Rohrbach. Au printemps, le commandement se
préoccupa de faire bêcher et ensemencer les jardins afin que l’armée
trouvât des légumes sur place. Puis nous avons été expédiés dans la région
de Nancy. Le
10 mai la ville a été bombardée. Nous avons occupé des positions dans la
boucle de l’Aisne contre Rethel. Nous creusons des trous, excités par le
bruit du canon et des éclatements d’obus dans le lointain. Le 9 juin le
canon gronde plus près. On se replie le 10 et ainsi pendant dix jours, au
début avec ordre, ensuite dans la débâcle. Chevaux, canons, tanks,
automobiles, voitures
de réfugiés, colonnes de toute nature encombrent les routes. C’est la
misère, tout le monde manque de pain. On mange animaux et volaille dans les
villages, le vol devient un devoir. J’ai été fait prisonnier cinq semaines,
du 21 juin au
25 juillet. J’ai été libéré en qualité d’Alsacien, le
25.07.1940 ».

Religieux de la Province de France.

D’un pays de frontière.

Guillaume Haumesser voit le jour le 12 mars 1915 à Riedwihr, dans le Haut-Rhin actuel. Le 29 mars 1920, il est intégré de plein droit dans la qualité de Français, en exécution d’une Annexe du Traité de Versailles signé en juin 1919. Il est alumniste à Scherwiller (Bas-Rhin) de 1924 à 1930, puis à Miribel-les-Echelles (Isère) jusqu’en 1932. Le 2 octobre 1932, il prend l’habit au noviciat de Nozeroy (Jura), sous le nom de Frère Marie-Albert et sous la conduite du P. Gausbert Broha, maître des novices. Le 3 octobre 1933, il prononce ses premiers v?ux « je crois ce jeune homme sincère, un peu rêveur et souvent un peu nerveux. Il devra se corriger de sa susceptibilité » note le P. Gausbert. Suivent deux années d’étude de la philosophie à la maison Saint-Jean à Scy-Chazelles (Moselle), de 1933 à 1935, puis deux années de service militaire à Colmar, de 1935 à 1937, et enfin deux années d’étude de la théologie à Lormoy (1937-1939). Lors de la mobilisation générale en septembre 1939, le Frère Marie-Albert rejoint son régiment en Alsace. Après quelques semaines de captivité, il est libéré en juillet 1940. Revenu à Lormoy (Essonne), il peut prononcer ses v?ux perpétuels le 26 janvier 1941, après avoir été recalé plusieurs fois. Il enseigne les lettres aux alumnistes de Soisy-sur-Seine (1941- 1944) et des Essarts (1944-1945), cherchant à les éveiller à la poésie et écrivant lui-même des vers. Il passe un an à la maison provinciale de Lyon- Debrousse, puis est nommé au collège de Briey, (Meurthe-et-Moselle) en 1946. Les différents rapports qui suivent son parcours de formation, mentionnent les indéniables qualités intellectuelles du Frère Marie-Albert, sa simplicité et sa bonhomie, mais aussi sa négligence et son manque de régularité incorrigibles.

Le Frère professe des idées larges qui ne font que couvrir ses négligences pratiques. Il est dommage qu’il soit inadapté à toute forme d’organisation.ll est ordonné prêtre à Strasbourg, le 11 juillet 1948.

Dans l’enseignement. En 1951, il est envoyé au collège Saint-Louis à la Marsa en Tunisie (2). Le collège ferme ses portes en 1956. Rentré en France l’année suivante, il est d’abord affecté à l’alumnat Sainte- Jeanne d’Arc de Scy-Chazelles où, avec patience, il initie les plus grands aux mystères du grec et les plus petits aux beautés sévères du calcul D’après Lettre à la Famille, 1957, p. 128. Les derniers postes d’enseignement du P. Marie-Albert sont le collège de Bône en Algérie en 1959 (3), celui de Nîmes en 1963 (4) et l’alumnat de Miribel-les-Echelles en 1965 (5). En 1969 il quitte l’enseignement et se rend à Marseille (Bouches-du-Rhône) où il est nommé aumônier de l’hôpital Sainte-Marguerite. Affecté à Saint-Sigismond (Savoie) en 1981, il devient supérieur de la maison de repos en 1982. Venu dans la communauté de Nîmes en 1984, il assure divers ministères jusqu’en janvier 1990. Il rejoint alors les aînés de Lorgues (Var) où il vit sereinement, occupant ses loisirs à la lecture et aux mots croisés. Il décède à l’hôpital de Draguignan le mercredi 27 octobre 1999 à trois heures du matin. Les obsèques du P. Marie- Albert sont présidées par le P. Georges Ball, le 29 octobre. Huit neveux et nièces sont venus d’Alsace pour la cérémonie. Le corps du Père Marie-Albert repose au cimetière communal de Lorgues, dans la concession des Religieux de l’Assomption.

(1) Le collège de Briey est dirigé par l’Assomption de 1938 à 1951. Cf L’Assomption et ses oeuvres, 1938, n°449, p. 371; 1939, n°453, p. 442.

(2) C’est le P. Amance-Arandel qui eut la tâche d’implanter deux collèges en Afrique du Nord où des colons les réclamaient. C’est ainsi qu’il parvint à fonder après la seconde guerre mondiale le collège Saint-Louis à La Marsa près de Tunis et le collège d’Alzon à Bône. Mais en 1955, l’insécurité croissante dans le Maghreb, alors en recherche d’indépendance, contraint l’Assomption à vendre le collège Saint-Louis au ministère français de l’instruction publique. Le collège est devenu un lycée français et la maison des étudiants fondée à Tunis-Belvédère par l’Assomption sert de résidence à l’ambassadeur d’Algérie.

(3) Le collège d’Alzon est laissé par l’Assomption en 1963.

(4) Le collège de Nîmes est vendu à l’Ecole de Commerce de Nîmes en 1967 ou 1968.

(5) L’alumnat de Miribel-les -Echelles, fondé en 1887, ferme ses portes après l’année scolaire 1968-1970. La maison est vendue au département qui y installe d’abord une unité médicale pour enfants handicapés, puis, sous la direction de l’hôpital de Saint-Laurent du Pont, une annexe pour personnes âgées.

Bibliographies

?Bibliographie et documentation:

Documents Assomption, Nécrologe (VIII) 1998-1999, p. 140-141. Assomption-France, Nécrologie 1999, p. 16. Notes du P. Marie-Albert Haumesser sur la débacle de mai-juin 1940.