Marie-Alfred (Alfred) PRUD’HOMME – 1884-1972

Nîmes, 1950.
« Je tiens à vous écrire un petit
mot à la suite d’une bonne
retraite que je viens d’aller faire
au Vigan chez nos chères Soeurs
Orantes. J’y avais déjà séjourné
plusieurs périodes d’une
semaine pour y travailler. Elles
sont si pauvres, ces bonnes
filles, qu’elles n’ont pas les
moyens de payer, ne serait-ce
qu’une journée d’ouvrier. Avec
mon pèlerinage à Lourdes l’an
dernier, je considère tout cela
comme des grâces du bon Dieu.
Depuis longtemps, je lui
demandais dans mes prières
d’avoir un peu plus de foi en
Lui. Je suis revenu de Lourdes
avec une foi plus vive. Je
demandais aussi au P. d’Alzon
un peu de son énergie
chrétienne et voilà que mes
divers séjours au Vigan m’ont
plongé dans une atmosphère de
vie chrétienne intense et aussi
de sacrifice. J’en suis sorti tout
penaud et tout étonné d’avoir
attendu 66 ans pour découvrir
un tel trésor. Auparavant, j’avais
une foi bien faible, j’oserais dire
languissante. Maintenant je fais
miennes avec grand amour
toutes les prières de l’Eglise
notre mère. Tous les soirs, on
fait la prière pour la
glorification de notre fondateur.
Que ces dispositions ne soient
pas un feu de paille! Pour le
centenaire, j’ai fabriqué une
mappemonde de 1 mètre de
diamètre ».

Notices Biographiques A.A

Religieux de la Province de Paris. De Jérusalem à Nîmes, un menuisier expert. Alfred Prud’homme est né à Leschelles (Aisne), le 16 février 1884, dans une modeste famille de journaliers agricoles. Après ses études primaires à Mennevret, il devient garçon de ferme. Après son service militaire, à la suite d’une maladie, il se détache d’influences contraires et entre au postulat à la maison de Louvain en octobre 1908. Il reçoit l’habit le 2 avril 1904 des mains du P. Merklen et accomplit son temps de noviciat jusqu’en août 1910, sous la direction du P. François-Xavier Legrand et le nom de Frère Marie-Alfred. Il est alors envoyé à Notre-Dame deFrance à Jérusalem où il est employé à la menuiserie. Il monte un atelier à Jérusalem et, avec l’aide d’ouvriers du pays, fabrique le mobilier de l’immense hôtellerie. Il prononce ses premiers voeux triennaux le 26 mai 1912. En août 1914, il répond à l’ordre de mobilisation générale et jusqu’en 1919 il donne l’exemple d’un courage et d’une endurance héroïques pour supporter les souffrances et les dangers de la vie militaire au front. On peut lire dans la Lettre à la Dispersion de ces années les quelque 2,00 lettres ou cartes qu’il transmet. Trois fois blessé, intoxiqué par les gaz, il est quatre fois cité à l’ordre du jour. Ses blessures et ses citations lui valent en 1927 la Médaille militaire et en 1962 la Légion d’Honneur. En mars 1919, le Frère Marie-Alfred retrouve sa vie régulière à l’intérieur de sa famille religieuse, grandi par l’épreuve et par le dévouement. À nouveau désigné pour Jérusalem, il rejoint son poste en juillet 1919 et se remet au travail. Affable, charitable, accueillant, il donne à ses ouvriers l’exemple d’un travail assidu, exécuté avec soin et amour. Le P. Etienne Boubet profite de sa compétence pour ses constructions. Le Frère Marie-Alfred prononce ses voeux perpétuels le 5 avril 1925. Cette même année, les autorités anglaises décident de remettre à neuf la ligne de chemin de fer qui relie Jérusalem à Haïffa. Les traverses sont vendues comme bois de chauffage. Le Frère Marie-Alfred saisit l’aubaine, se charge de nettoyer ces énormes poutres, d’en arracher boulons et clous et il en obtient à bon marché du bon matériau pour fabriquer les bancs de la chapelle et les meubles de la sacristie. Durant la construction du couvent et de l’église Saint-Pierre en Gallicante, il prépare les moules pour les rocasses des fenêtres et de la coupole ainsi que les différents dessins dans le granito du pavement des chambres de la maison. Il fabrique aussi les portes de l’église et le mobilier de la sacristie. Le soir, il s’active auprès des moteurs qui fournissent l’électricité. En 1937, à la demande du P. Delmas, le Frère Marie-Alfred est affecté à la communauté de Nîmes (Gard). Le collège a un besoin pressant de mobilier neuf. C’est le Frère qui meuble aussi les bâtiments diocésains dont le P. Delmas s’occupe et qui dote l’église Sainte- Thérèse à Montpellier (Hérault) des stalles du choeur et des meubles de la sacristie. On l’appelle déjà le ‘vieux Frère’. Il aime raconter ses aventures de la grande guerre et de ses longs séjours à Jérusalem. Son domaine est l’atelier de menuiserie au Petit-collège dont il n’est pas peu fier. Très adroit de ses mains, d’une grande sûreté d’appréciation, il dresse croquis et dessins pour ses travaux. Tôt levé, il se rend à la chapelle, toujours prêt à servir la messe. D’une grande curiosité intellectuelle, il tend l’oreille, prend part aux conversations de table et aime faire part aux autres de ses lectures spirituelles. Il est aussi passionné d’ouvrages d’histoire et grand consommateur de revues historiques, à ses temps libres. En janvier 1965, sa santé déclinant, il est soigné à l’hôpital Doumergue d’une crise prostatite, mais l’état de son coeur interdit toute intervention chirurgicale. En août 1965, il est transféré à Chanac (Lozère). Il y passe les dernières années de sa vie, dans le repos, le silence et la prière. Affligé de hernies, d’une baisse sensible de la vue, il peut maintenir son régime de vie jusqu’en janvier 1972 Toujours intrépide, il résiste à l’obligation qui lui est faite de garder la chambre et le lit. Le 26 février 1972, il se brise le col du fémur. Il est transféré à l’hôpital de Mende où il meurt le 11 mai, après avoir fredonné ses cantiques préférés. Ses obsèques sont célébrées dans l’église paroissiale de Chanac par le P. Péjac. Le Frère est inhumé dans le caveau de la communauté, au nouveau cimetière des Vals.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: B.O.A., mars 1974, p. 231. Paris-Assomption, juillet 1972, no 131, p. 2-5. Lettre du F. Marie-Alfred Prud’homme au P.Jude Verstaen, Nîmes, 5 février 1950. Dans les ACR, du P. Marie-Alfred Prud’homme, correspondances (1919-1951). Sur Notre-Dame de France à Jérusalem, se reporter à la communication de M. Trimbur donnée au Colloque de Valpré (novembre 2000), sur l’Aventure missionnaire de l’Assomption 1850- 2000.