Marie-Aubin (Aubin-Jean) NOGARO – 1894-1917

Gempe, 1911.
« Il m’est doux de vous envoyer quelques petites nouvelles du noviciat,
bien qu’il me manque pour cela le talent et la fraîcheur que tout autre
pourrait y mettre à ma place. Les novices ont repris depuis quelques
semaines leur vie active et régulière d’étude, si je puis nommer étude le
cours de mystique selon saint Thomas, ceux d’Ecriture, de liturgie, de
psaumes et d’hagiographie. Ce qui éveille l’intelligence des nouveaux, ce
sont les notions de cosmologie, de psychologie,
de logique et de métaphysique que nous donne le P. Antoine de Padoue Vidal
comme introduction à la mystique profonde de saint Thomas. Une corporation
de maçons nous prépare une salle magnifique d’après les plans
du P. Jean-Baptiste Riotte. On a donné un coup de main pour balayer la
place. Les ifs et les vieux murs sont tombés comme par enchantement,
aujourd’hui nous activons la truelle des ouvriers par nos Ave Maria. Le P.
Emmanuel Bailly par une visite trop
courte est venu ranimer notre ferveur. Nous lui avons donné le soir le
mystère du baptême de Jésus et quelques traits plaisants sur l’actualité.
Il nous a fait une conférence sur les oeuvres de l’Assomption et leur
esprit ».

Notices Biographiques A.A

Religieux français. D’une lettre du P. Passidius Dauby. « La main de Dieu s’appesantit sur nous; nous allons de malheur en malheur. Hier soir, mercredi 20 juin 1917] est mort, après trois jours de maladie, le meilleur de nos religieux, le Frère Marie-Aubin Nogaro. Ce nouveau deuil, par sa soudaineté, vous surprendra autant qu’il nous a surpris nous-mêmes. Il nous est venu comme un coup de massue, cinq jours seulement après la mort du Frère Rogatien Colineaux. Le Frère a succombé aux suites d’une hémorragie survenue dimanche soir 17. Ce jour-là, commee les autres, le Frère avait été joyeux, entrain, causeur. Au souper, il avait mangé d’excellent appétit et a pris une part active à la conversation. A la récréation qui suivit, il avait été également dispos et bien vivant. La récréation se prenait dehors. Quand il fallut rentrer pour l’obéissance, il le fit en traversant la cour intérieure en sautillant et galopant un peu. Après l’obéissance, n’éprouvant aucun malaise, il se rendit dans sa cellule, et, au moment où il se dépouillait d’un mouvement assez brusque de sa robe, un flot de sang lui jaillit de la bouche. Il appela, on arriva, on le coucha. La nuit fut mauvaise. Une autre hémorragie se produisit, mais moins abondante. Le temps était suffocant, des orages crevaient avec fracas. Les journées du lundi et du mardi n’amenèrent ni une aggravation ni une amélioration. Le mercredi le cœur faiblit. A 10 hll2 du soir, tout espoir était perdu. A minuit moins 10, c’étai t fini, après trois jours de li t. Au point de vue spirituel, le Frère Marie-Aubin est mort en prédestiné. De toutes les morts auxquelles j’ai assisté et qui toutes ont eu un cachet d’édification, la sienne est incomparablement la plus belle. Les trois jours de maladie ont été des jours de prière ardente, de conversations surnaturelles, de dispositions héroïques. Page : 67/67 Modèle partout où il est passé, il l’a été encore et surtout dans sa maladie et dans sa mort. Lui- même prenait l’initiative de toutes les prières, de toutes les invocations. Il a expiré en disant avec force le De profundis et en ré étant P jusqu’au dernier soupir ce verset., Quia speravit anima mea in Domino. L’émotion de tant de morts et de leur rapidité est grande. Mais l’on a du courage. La disparition du Frère Marie-Aubin est une grande perte. Nous avons perdu un saint. C’est ce que vont dire tous ceux qui l’ont connu. Alumniste à Elorrio de 1907 à 1911, novice de 1911 à 1913, il a fait ses vœux le 15 août entre vos mains. Il était originaire de Lahitte, près de Lourdes, où il est né le 1er mars 1894. M. Nogaro, le chapelain de Notre-Dame de Lourdes, est son oncle. Seul un changement de climat eût pu sauver Aubin dont la poitrine était faible. Bénissez vos fils en deuil ». P. Possidius Dauby au P. Emmanuel Bailly, Louvain, 21 juin 1917. Renseignements biographiques. Aubin Jean Nogaro est né à Lahitte (Hautes-Pyrénées), le ler mars 1894 qui est également le jour de son baptême. Il fait ses études primaires à Lahitte et Aspin. Ses études secondaires se déroulent à Calahorra et Elorrio en Espagne (1906-1911). Il prend l’habit le 14 août 1911 à Gempe en Belgique, sous le nom de Frère Marie-Aubin, et prononce ses premiers vœux le 15 août 1912 à Limpertsberg au Grand-Duché de Luxembourg où le noviciat s’est transféré. Après sa profession perpétuelle à Limperstberg le 15 août 1913, il rejoint la maison d’études de Louvain (1913-1917). C’est là qu’il meurt subitement, après deux crises d’hémorragie, le dimanche soir du 17 juin 1917. Le Frère Marie-Aubin est inhumé à Louvain. Un de ses compagnons de l’époque, resté anonyme, a laissé sur lui quelques pages de témoignage fraternel: « Ce qui m’a toujours frappé chez le Frère Marie-Aubin, c’est sa simplicité et son esprit de foi. Il semblait être naturellement tout d’une pièce et jouir d’une grande tranquillité intérieure. Je puis dire que nous avons eu des conversations très intéressantes sur la spiritualité alors que les soirs d’hiver ou d’été nous revenions ensemble de Gempe. Les auteurs spirituels les plus simples avaient ses préférences. C’est ainsi qu’il trouvait Henri Suso trop compliqué. Le P. Lombez par contre lui avait plu énormément, de même les méditations du P. d’Alzon: Page : 68/68

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettre à la Dispersion, l’Assomption aux armées, 1917, no 461 bis, p. 2. Notes anonymes sur le Frère Marie-Aubin Nogaro. Circulaire du P. Emmanuel Bailly, 4 aoiftt 1917, no 99. Lettre du Frère Marie-Aubin Nogaro au P. Vincent de Paul Bailly, Gempe, 28 septembre 1911. Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudefroy. Dans les ACR, du Frère Marie-Aubin Nogaro, correspondances (1909-1912). Notices Biographiques