Marie-Auguste (Ernest) LECLERC – 1866-1929

Orchamps, 1915.
« Vous vous demandez peut- être ce que je deviens et vous désirez sans
doute avoir de mes nouvelles. Vous en avez déjà par Dom Gréa que je suis
allé voir à Sept-Fonds et que j’ai chargé de faire auprès de vous une
dernière démarche
en ma faveur. Si cela n’aboutit pas au résultat que j’en espère et que je
désire, je vais y reconnaître la volonté de Dieu et je réglerai en
conséquence ma vie. Je n’ai pu aller me soigner en Suisse comme je vous
l’avais demandé, n’ayant rien reçu du P. Ambroise
[Jacquot] depuis le mois de juillet où il m’a remis 200 francs. D’autre
part je suis obligé de vivre et je comprends bien que je suis une charge
pour ma famille. Je suis déjà redevable de
300francs à ma mère et à ma s?ur et les revenus de maman ont diminué de
moitié depuis la guerre! Quand je suis allé à Paris pour vous faire
comprendre cette situation, j’ai été reçu à peu près comme un chien dans un
jeu de quilles.
Je ne suis pas relevé de mes v?ux, je suis encore un de vos enfants, ma
Congrégation ne me refusera pas la vie qu’elle procure aux autres. Je suis
à Orchamps (Jura) chez mon frère d’où je rayonne pour prêcher ».
P. Leclerc.

Religieux de la Province de Paris.

Un parcours diocésain.

Ernest Leclerc est né le 29 janvier 1866 à Quingey (Doubs). Il accomplit toutes ses études secondaires chez les Marianistes à Besançon, de 1878 à 1885. Il fait ensuite ses études de philosophie au séminaire parisien d’Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine) et les études de théologie à Paris, séminaire Saint- Sulpice (18861889). Il est ordonné prêtre à Saint- Claude (Jura), le 21 septembre 1889, dans la chapelle des religieux de Dom Gréa. Ses premiers postes l’affectent au service pastoral dans son diocèse de Saint-Claude, d’abord comme vicaire à Dôle (Jura), de 1889 à 1894, puis comme curé de Gevingey, près de Lons-le-Saunier, de 1894 à 1896. Désireux de vie religieuse, enclin à se dévouer à un apostolat social, il demande à entrer à l’Assomption, après avoir participé à un pèlerinage à Jérusalem et avoir souscrit, dans son diocèse, au lancement d’une Croix régionale. Le P. Ernest Baudouy l’admet au noviciat de Livry-Gargan (Seine-Saint-Denis) où il prend l’habit, le 8 décembre 1896, sous le nom de Père Marie-Auguste. Après deux années de noviciat, la première année à Livry, la seconde à l’orphelinat d’Arras (Pas-de-Calais), il est accepté annuellement à la profession, selon sa demande. C’est à Gemert aux Pays-Bas qu’il prononce ses v?ux perpétuels, le 15 août 1900. Il est affecté jusqu’en 1901 :à l’orphelinat du P. Halluin à Arras, puis à l’alumnat de Bure (1901-1904) et au Bizet (1907-1913), dans ce dernier poste comme quêteur et recruteur. Depuis 1901, la Congrégation étant interdite sur le sol français, le P. Marie-Auguste qui a obtenu un indult de sécularisation, se livre à de nombreuses activités de prédication, mais surtout il recrute des vocations religieuses, principalement en Bretagne, pour fournir l’alumnat du Bizet qui se trouve en Belgique,

à proximité de la frontière française. Etant tombé malade un peu avant la déclaration de la première guerre mondiale, il passe de nombreuses années en isolé, de 1913 à 1919, principalement dans sa famille, mais aussi dans différentes communautés religieuses du Midi (Nice), au monastère de Sept-Fonds, au Réray (Allier) où S’est transplanté l’orphelinat du P. Halluin) et Arras, de mai 1919 jusqu’en 1925, date à laquelle il est de nouveau affecté à la maison du Bizet. C’est là qu’il meurt le 13 juillet 1929, à 64 ans et qu’il est inhumé.

Une personnalité haute en couleurs.

Il y a dans la personnalité du P. Marie-Auguste un mélange assez étonnant de qualités et de traits de caractère insolites. Grand, svelte, d’un zèle apostolique que d’autres qualifieraient facilement d’intempestif, il se fait, par la parole, la prédication, les visites, le propagandiste des ‘bons livres’, de préférence de belle édition. Lecteur assidu de commentaires scripturaires, peu porté au genre critique, il mémorise facilement de longs passages par c?ur qu’il utilise dans la prédication. La simplicité naïve de sa foi ne le rend guère tolérant. Ce qu’il apprécie dans ses lectures, c’est moins l’argumentation que la proposition de foi qui nourrit l’âme et montre la puissance de l’action divine. De même en liturgie, admirateur des oeuvres de Dom Guéranger, de Dom Gréa et du chanoine Raux, s’il se laisse imprégner par la sève vivante du calendrier, des manifestations de foi qu’il recèle et dispense tout au long de son cycle annuel, il reste étranger à la science et à la technique de la liturgie. Le P. Marie-Auguste est l’homme du pratique, des synthèses, des actualisations. Il aime la controverse, la polémique, le moyen moderne d’apostolat que représente la presse de diffusion. Conférencier par goût, il arpente par monts et par vaux toutes les contrées, emportant avec lui une collection de verres coloriés pour des séances de projections. Ses moyens de prédilection sont le tract, l’affiche, le prospectus, tout ce qui, d’une lecture facile et illustrée, accroche l’intérêt. Grand voyageur, il n’oublie jamais de distribuer des tracts à ses compagnons occasionnels de route. L’un de ses grands soucis, c’est le recrutement religieux et sacerdotal. Il se fait le pourvoyeur des séminaires et des alumnats, concluant ses prédications par un appel direct à son auditoire: ‘Qui veut devenir prêtre?’. Il est partisan des écoles presbytérales, de ce mode démultiplié de recrutement direct dans les paroisses, autour d’un prêtre enseignant les rudiments du latin, hébergeant ses élèves et les préparant directement à l’entrée au séminaire (1). D’une manière simple et calquée, le P. Marie-Auguste vit de l’esprit du fondateur de l’Assomption, le P. d’Alzon, qui recommandait à ses religieux les audaces de l’apôtre: « Développez dans l’Assomption cet amour de l’Eglise et du Pape qui ne doute jamais de son Père et de sa Mère, qui ne leur demande pas raison de leurs décisions et de leur conduite ». (1) Le P. d’Alzon préconisait lui-aussi les écoles presbytérales: Cf Lettres t. XII, p. 237, 250, et surtout pages 530-537.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettre à la Dispersion, 1929, n° 315, p. 193-195. L’Assomption et ses Oeuvres, 1930, n° 347, p. 281-283; n° 348, p. 291-293. Lettre du P. Marie-Auguste Leclerc au P. Emmanuel Bailly, Orchamps, 28 octobre 1915. Echo de Notre-Dame de Grâces (Le Bizet), 1929, n° 14, p. 16-21; n° 15, p. 8-13; Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudefroy. Dans les ACR, du P. Marie-Auguste Leclerc, correspondances (1898-1925).