Marie-Auguste JEANSON – 1879-1970

Merci, au soir d’une vie bien remplie.
«Je ne sais comment vous remercier de votre lettre si bonne et si
réconfortante ainsi que de la bénédiction qui l’accompagnait. J’en suis
touché. Puissé-je mériter dans une certaine mesure, devant Dieu, les éloges
que vous avez voulu m’adresser dans votre bonté. Ce qui est certain
cependant, c’est que je me suis toujours donné avec bonheur
et empressement à la belle mission qui m’a été confiée malgré mes pauvres
moyens. Le Bon Dieu a suppléé à ce qui me manquait quand il le fallait et
c’est ainsi que du bien en est résulté. A Lui donc, comme de juste, Honneur
et Gloire. Maintenant, c’est la vieillesse avec ses impuissances et
infirmités. Je suis heureux de me trouver encore au milieu de ma communauté
sans lui être trop à charge. Je ne peux plus guère que me reposer et prier.
Grâce à Dieu, je ne m’en prive pas et ainsi le temps passe bien vite. Je
m’attends à tout instant au ‘passage du Seigneur’. Tout le monde ici
est gentil pour moi, c’est donc ainsi, jusqu’ici du moins, que s’écoulent
dans une grande paix les jours que le Seigneur daigne encore m’accorder.
Mon âge est de 85 ans, 6 mois et 3 jours, détail enfantin, pourrait-on
dire! ».

Religieux de la Province de Bordeaux.

Une belle figure champenoise devenue angevine.

Né le 16 mai 1879 à Ceffonds par Montier-en-Der, près de Saint-Dizier (Haute-Marne), Marie-Auguste Jeanson est élevé à la dure, selon les mœ urs du temps, dans ce coin de la Champagne humide. A 15 ans, il devient, ouvrier agricole. Ses patrons, lecteurs du journal La Croix, lui font connaître l’Assomption par l’intermédiaire du P. Vincent de Paul Bailly. Ce dernier l’oriente au noviciat de Livry-Gargan (Seine-Saint-Denis) où il prend l’habit religieux, à 19 ans, le 13 juin 1898. Le P. Michaël Lebigot, responsable des Frères coadjuteurs, l’a initié pendant le temps de postulat, à la vie religieuse. Il y fait la connaissance du futur Père Marie-Auguste Leclerc, l’infatigable recruteur de vocations bretonnes. Au terme de deux années de noviciat, il prononce ses premiers vœux annuels, le 13 juin 1901, à Phanaraki en Turquie, sur les bords de la mer de Marmara, en face d’Istanbul. Il y est jardinier et factotum et pendant 16 ans (1898-1914), silencieux et souriant. Ordonné, méticuleux, il veille à la propreté de la basse-cour, de l’étable où il installe l’eau courante et où il soigne son petit cheptel avec cette douceur salésienne et avec cette affection d’âme franciscaine pour les créatures, dispositions qui lui sont naturelles. Formé à l’ombre des Echos d’orient, il n’oublie jamais de prier en faveur de l’unité de l’Eglise. Chassé de Turquie à la déclaration de guerre en 1914, il trouve refuge au collège de Philippopoli-Plovdiv (Bulgarie) puis au collège Saint-Michel de Varna, mais à l’automne 1915 les Bulgares se rangent aux côtés des Puissances centrales. Le Frère Marie-Auguste connaît l’exode: il passe à Bucarest en décembre 1915 et à travers la Russie, la Finlande, la Suède et la Norvège, il gagne l’Angleterre (janvier 1916). En février, il est à Paris d’où les supérieurs l’envoient

à Saint-Guilhem-le-Désert (Hérault), le 6 février. Il n’y reste qu’une quinzaine de jours puisqu’on le demande à l’abbaye de Saint-Maur-de-Glanfeuil (Maine-et-Loire), fondation assomptionniste du 26 juillet 1915 où tout est à faire. Le Frère Marie-Auguste ne sait pas encore qu’après son grand périple européen, Saint-Maur va devenir son asile permanent. Il y débarque le 28 février 1916. En quelques mois, il transforme, avec l’aide des alumnistes, apprentis jardiniers, le potager en ‘jardin d’Eden’, digne de la Genèse, tandis que la vigne est le domaine privilégié de son confrère bien nommé, le Frère Ernest Vignier auquel le lie une fraternelle complicité. Sa belle écriture et son orthographe parfaite lui valent d’être désigné à la rentrée scolaire 1926 par le nouveau supérieur, le P. Cécilien Le Berre, comme correspondant et secrétaire du bulletin, L’Echo de Saint-Maur. Sous les supériorats des PP. Maixent Bruchon (1929) et Fidèle Le Jéloux (1933), il assume directement la responsabilité du bulletin et du courrier des lecteurs et, pendant 35 ans, il développe ainsi un magnifique réseau de solidarité et d’amitié autour de l’œuvre de Notre-Dame des Vocations. Il tient les listes d’adresses, veille à collectionner articles, extraits de lettres, notes en tout genre qui peuvent rendre attrayant le bulletin, veillant attentivement à la mise en pages, à la variété des titres et des caractères comme à la richesse du contenu. Il consacre un encart à l’intercession du P. d’Alzon: les faveurs obtenues incitent un jour le Vice-postulateur à en faire imprimer un choix en vue de la Cause du fondateur. Le 16 juillet 1932, le Frère Marie- Auguste fête son jubilé d’argent de profession religieuse. Le 21 novembre 1957, le P. René Le Boullec organise le jubilé de ses noces d’or: Ouest-France dépêche un de ses journalistes pour l’événement du jour! Par deux fois, il est encore fêté dans le même lieu: le 28 février 1966 pour ses 50 ans de présence et le 19 novembre 1967 pour son jubilé de diamant de profession religieuse. Depuis l’hiver 1957, le Frère Marie-Auguste a cédé ses responsabilités au bulletin au P. Yves-Gilbert Loiseau. En 1967, l’abbaye change de vocation, elle devient maison d’accueil. Au printemps 1970, le médecin le fait mettre en observation dans une clinique d’Angers. Le Frère Marie-Auguste meurt paisiblement dans sa chambre le jeudi 19 novembre 1970, dans sa 92ème année. Il est inhumé auprès de son confrère et ami, le Frère Ernest Vignier, le 21 novembre 1970, jour de la fête du P. d’Alzon, dans le petit cimetière de l’Abbaye, près de la petite chapelle supérieure.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: B.O.A. mars 1972, p. 174-175. L’Assomption et ses (Euvres, 1971, n° 565, p. 23. A Travers la Province (Bordeaux) 1970, numéro spécial: ‘Le Frère Marie-Auguste Jeanson’, 18 pages. ART Informations, 1970, n° 16, p. 2 et 4. Ouest-France, 22 novembre 1957, p. 6 (édition Maine-et-Loire). Lettre du Frère Marie-Auguste Jeanson au P. Wilfrid Dufault, Saint-Maur, 19 novembre 1964. Dans les ACR, du Frère Marie-Auguste Jeanson, correspondances (1903-1964). L’Echo de Saint-Maur contient un certain nombre d’articles du P. E. Kérandel et du P. Perboyre Le Dortz qui font état des longs services du Frère Marie-Auguste Jeanson à Saint- Maur.