Marie-Bernard (Justin-D.) HORGUES – 1868-1935

Au cœur des tourmentes.
« Vous savez combien je désirais que le P. Ernest
[Baudouy] soit ici à son poste, au moment où tous les autres Procureurs
généraux rentrent parce que la vie romaine recommence aussi. Il aurait
mieux valu certainement qu’il fût là pour répondre à l’appel du cardinal
Gasparri, car il a plus d’éléments que moi pour le faire, et plus de talent
pour mettre en valeur ces éléments. J’ai répondu de mon mieux, dès mon
arrivée à Rome, le 8, ainsi que je vous l’annonçais
de Menton. Cette audience n’est que la suite de celles que j’eus quelques
jours avant mon départ pour Paris en août dernier. En peu de mots voici:
Mgr Cerretti a apporté au Pape les preuves des accusations contre le P.
Salvien [Miglietti]
et demandé on éloignement. Le Pape ou le cardinal Secrétaire d’Etat
chargèrent le Nonce de passer à l’Ara Coeli et de parler au Supérieur.
Cette visite n’a pas eu lieu et à la demande du cardinal Gasparri, j’ai
affirmé que personne chez nous n’avait vu son Excellence. Alors je me suis
entendu dire que le Pape lui-même désirait que le P. Salvien fût éloigné de
Paris. Ce serait un bien et pour eux et pour notre Institut. On peut
regretter qu’il ne se soit pas
tenu modestement à sa place».

Religieux de la Province de Paris, assistant général de 1918 à 1923.

Alumniste et professeur d’alumnat.

Justin Dominique Horgues naît le 23 décembre1868 au village de Loucrup, dans les environs de Lourdes (Hautes-Pyrénées). Par l’intermédiaire de Mlle de Royères, affiliée à Notre-Dame des Vocations, il connaît l’Assomption. En 1881, il entre à l’alumnat d’Alès (Gard), passe à celui d’Arras (1882-1884) et à Clairmarais (Pas-de-Calais), de 1884 à 1886. Il prend l’habit religieux à Livry (Seine-Saint-Denis) le 12 octobre 1886, sous le nom de Frère Marie-Bernard, en souvenir de la voyante de Lourdes, Bernadette Soubirous devenue Sœur Marie-Bernard et morte en avril 1879 à Nevers. Le Frère Marie-Bernard est envoyé à l’alumnat de Roussas (Drôme) en septembre 1888, il y prononce ses vœux perpétuels le 14 octobre 1888 et y enseigne une année (1888-1889). De Roussas l’alumnat est transporté à Brian où il anime comme chantre et organiste de talent. Le Frère Marie- Bernard revient alors à Livry pour y étudier la philosophie (1890-1891), y est ordonné prêtre le 15 août 1891 avant d’entreprendre ses études de théologie à Rome à deux reprises (1891-1893 et 1897-1899). Entre temps, il est professeur à Villecomtesse (Yonne) une année (1893-1894), vicaire à la communauté de l’Alhambra à Bordeaux (Gironde), de 1894 à 1895, et professeur à l’éphémère collège de Hyères (Var) de 1895 à 1896. Il obtient à Rome une licence en philosophie et un doctorat en théologie.

Entre Rome et Paris pendant 39 ans.

Le P. Emmanuel Bailly, alors Procureur général de la Congrégation, requiert le P. Marie-Bernard à son service pour l’aider dans ses multiples démarches: c’est ainsi que le P. Marie-Bernard devient romain jusqu’en mai 1923. Il ajoute à ses fonctions celle de l’aumônerie des Petites Sœurs de l’Assomption,

dans le quartier populaire du Testaccio et dans celui de Saint-Jean de Latran. Connaissant très bien l’italien, il sait très bien s’adapter aux habitudes et aux mœurs de la vie romaine, prêtant aussi un concours précieux pour le guidage des pèlerinages. Il est cependant plus habitué à gravir les escaliers qui conduisent aux bureaux des chancelleries romaines qu’à arpenter les salles de musée ou les voies antiques du Forum. Familier des multiples églises romaines, il noue de nombreuses et utiles relations avec tous les minutanti et autres aiuti di studio. Le P. Marie-Bernard, dans ses jours de loisir, aime visiter les églises au jour de la fête du titulaire, retentissantes du grondement des orgues et des chœurs des chantres exécutant à pleine voix un programme de musica scelta. Il aime cette atmosphère débordante de joie qu’entretiennent à Rome le culte des Saints dans les innombrables églises, chapelles et catacombes, les pratiques de la piété populaire et les célébrations des fêtes. Ainsi se traduit à Rome la palpitation intense du cœur de l’Eglise. A la mort du P. Emmanuel Bailly en 1917, le P. Joseph Maubon vicaire général choisit encore le P. Marie-Bernard comme conseiller et le fait nommer assistant général au chapitre de 1918. Sans jamais se départir de sa prudente discrétion, le P. Marie-Bernard participe à l’activité fébrile de la Congrégation qui a pour tâche en ces années 1918-1922 d’élaborer de nouvelles Constitutions, en accord avec les exigences du Droit canonique enfin paru en 1917. On sait que cette période de l’histoire assomptionniste est particulièrement éprouvante. Les nouveautés exigées par Rome semblent ensevelir l’ancien visage de l’Assomption dans les débris de l’histoire. Lorsque le P. Marie-Bernard doit quitter Rome en 1923, son cœur saigne. Il rejoint un autre vétéran, le P. Ernest Baudouy, à la rue Camou à Paris pour travailler aux oeuvres généralices de Notre-Dame de Salut. Il reste aumônier des Petites Sœurs de l’Assomption, à Paris-Grenelle, au noviciat de Joinville-le-Pont (Val de Marne). Le 3 avril 1935, le P. Marie-Bernard doit s’aliter. Transporté à la clinique de la rue de Turin, il est opéré d’urgence d’une appendicite aiguë. Une péritonite se déclare, suivie d’une embolie fatale. Il meurt le 24 avril et est inhumé le 26.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettre à la Dispersion, 1935, n° 579, p. 186-192; n° 568, p. 248-263; n° 591, p. 303-304. L’Assomption et ses (Euvres, 1936, n° 414, p. 201-203. Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudefroy. Lettre du P. Marie-Bernard Horgues au P. Joseph Maubon, Rome, 10 novembre 1922. Dans les ACR, correspondances importantes du P. Marie-Bernard Horgues (1896-1933).