Marie-Bernard LAURA – 1919-1947

Une prestigieuse histoire, Scy- Chazelles,
« Sous ce titre rutilant, le journal Le Lorrain du 21 juillet 1953 relate
l’histoire de cette maison qui, de 1927 à
1953, fut successivement noviciat et maison de philosophie pour les trois
Provinces et 1es 67 maisons de France, puis finalement pour la seule
Province de Lyon. Le journal rappelle que la maison compta parmi ses
étudiants Chinois, Argentins, Canadiens, Américains, Libanais, Egyptiens,
Turcs, Bulgares, Roumains, Grecs, Anglais, Italiens etc… et en plus de
nombreux Français. Parmi eux, il s’en trouve 5 internés dans les prisons de
Roumanie et 19 dans celles de Bulgarie. En tout, plus de 600 étudiants. Le
journal signale divers religieux éminents qui ont illustré ce scolasticat:
Bornand Lefèbvre, Athanase Sage, Saint-Martin, Jérôme
Beckaert, Louis Brassard, Paul
Sève, Laurien Richard, Ignacio Garcia, en rappelant spécialement le premier
supérieur, Savinien Dewaele, et le jeune dernier, Michael Djudjar,
cinquième et dernier supérieur, issu de la maison même où il fut ordonné
prêtre
en 1949 et exilé depuis 13 ans de sa patrie, la Yougoslavie. A la prière
monastique des religieux assomptionnistes, succèdera la prière des moniales
de la Visitation».

Religieux de la Province de Lyon.

Un enfant des îles.

Bernard Laura est né le 30 mars 1919 à Fort-de- France (Martinique). Fils de Léon-Joseph et de Cécile née Delzin, il fait une année d’études à l’alumnat de Miribel-les-Echelles (Isère), de 1944 à 1945. Il prend l’habit, le 29 septembre 1945, sous le nom de Frère Marie-Bernard au noviciat de Pont- l’Abbé d’Arnoult (Charente-Maritime), à cette époque où le noviciat de la Province de Lyon, à Nozeroy dans le Jura, est, en raison de la guerre, provisoirement occupé par un alumnat. Il prononce ses premiers v?ux à Pont-l’Abbé-d’Arnoult, le 30 septembre 1946. Le P. Protais jaïn, son maître de novices, le présente ainsi: « Le Frère Marie-Bernard est de race noire. Il en garde les défauts comme les qualités. D’une piété expansive, un rien nonchalant, il est animé d’un vif désir d’apostolat qui le soutient dans un effort intellectuel pénible. Orphelin, il possède bonnes aptitudes encore à mettre en oeuvre. Je le trouve soigné, dévoué et serviable à l’égard de tous ». De Pont-l’Abbé d’Arnoult, il passe au scolasticat de Scy-Chazelles (Moselle) où il trouve la mort, le 30 juin 1947, en se noyant accidentellement dans la Moselle. On ne sait rien positivement de plus sur cette fin tragique et prématurée (1).

Un silence étonnant.

La Lettre à la Dispersion du 1er octobre 1947 reproduit sous le titre Nouvelles de Scy les impressions de passage d’un visiteur qui signe anonymement son billet ‘Viator’. Elles ne font aucune allusion à la mort accidentelle, trois mois plus tôt, du Frère Marie-Bernard Laura.

« J’ai passé huit jours en Lorraine, dans la compagnie revigorante des théologiens et des philosophes de la province de l’Est. La maison, d’une construction très régulière et d’une distribution très commode,

garde sa silhouette élégante: du dehors, on ne discerne points les méfaits de la guerre. De ses terrasses ensoleillées, on a, sur Metz et la vallée de la Moselle, une vue splendide et les horizons immédiats rappellent les souvenirs glorieux et sanglants de 1870. L’intérieur, malgré une restauration élémentaire, accuse le passage des divers occupants. Comme d’habitude, ils ont laissé derrière eux le désordre et le vide. Aussi, la communauté vit toujours dans la pauvreté de Bethléem. Les cellules ont le strict minimum pour travailler et pour dormir. Les rideaux sont un mythe et une glace un luxe inconnu. Le réfectoire voit défiler sur les tables primitives des ustensiles de tout calibre, dont on n’aperçoit qu’à l’usage la destination arbitraire. Le régime suffisant évite sans effort tout danger de gourmandise et les costumes des religieux sont d’une variété pittoresque. La bibliothèque rassemble péniblement les épaves de ses richesses dispersées aux quatre vents. Malgré cela, ou peut-être à cause de cela, beaucoup d’entrain de vie, de cordialité. Une Faculté jeune et docte encadre avec une autorité souriante toute cette jeunesse pleine de ressources. Une fois de plus, la vie est victorieuse de la mort et sa poussée irrésistible aura tôt fait de recouvrir les ruines du passé. Tout à côté, J’alumnat abrite, après deux ans à peine de renaissance, 55 enfants dont la troupe turbulente témoigne de leur santé et de leur insouciance d’un confort oublié dans les années tragiques. La propriété commune fournit en abondance les fruits de toutes sortes, sans compter les fruits de science et de sainteté. Aucune borne ne marque avec précision les limites de chaque domaine et l’on m’affirme que l’on n’enregistre aucun incident de frontière. Les habitants de Scy se plaignent d’avoir peu de visites. C’est dire que vous y serez bien reçus. Dans le magnifique soleil d’octobre, j’ai fait là une cure de simplicité franciscaine, d’optimisme et de rajeunissement ».

Nous ne voulons rien ôter à la force idyllique de cette description, mais nous aurions aimé y trouver une ligne sur le Frère Laura, figure d’une jeunesse à jamais disparue.

(1) Le scolasticat de Scy-Chazelles, dirigé à cette époque par le P. Athanase Sage, n’a fourni aux ACR ni Ephémérides, ni corrrespondances, ni nouvelles qui seraient reproduites dans La Lettre à la Famille en 1947.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettre à la Famille, 1948, n° 40, p. 4. Lettre à la Famille, 1er octobre 1947 (article ‘Nouvelles de Scyl). Scy-Chazelles par le P. Gabriel Appel dans Lettre à la Famille, octobre 1953, n° 156, p. 61. Les ACR ne possèdent du Frère Marie-Bernard Laura que sa lettre de demande d’admission dans la Congrégation, datée du 4 septembre 1946, de Pont-l’Abbé-d’Arnoult.