Marie-Ernest (Ernest) VIGNIER – 1875-1959

Saint-Maur, 1921.

« C’est avec une grande reconnaissance que je viens vous remercier de la
grande faveur que vous avez bien voulu
m’accorder de prendre l’habit de l’Assomption. Au lendemain de ce beau
jour, le plus beau jour
de ma vie, je veux vous dire ma joie d’appartenir à Dieu. Je ne puis bien
exprimer ce que je ressens de bonheur, mais vous le comprendrez si je vous
dis que je n’ai jamais été aussi heureux de ma vie que maintenant. C’est un
bonheur de porter l’habit religieux, cela aide à penser qu’on n’est plus le
même et qu’on appartient au bon Dieu. Le P. Supérieur [P. Alexis Chauvin]
veut bien nous permettre de le porter chaque soir dans la maison, au retour
du travail, ce que nous faisons de grand cœur, en attendant mieux quand les
circonstances le permettront. Je me permets de me recommander à vos prières
pour que je devienne un bon enfant de l’Assomption et que Dieu me fasse la
grâce de persévérer dans ces dispositions jusqu’à ma mort. Soyez assuré,
mon Père, de mon entier dévouement. Votre fils, quoique bien indigne ».

Frère Marie-Ernest Vignier.

Un religieux de la troisième heure pour la vigne du Seigneur. Ernest Vignier est né le 26 juillet 1875 à Le Vigeant (Vienne), au diocèse de Poitiers. Après de rapides études primaires, il va travailler une petite propriété. On sait aussi qu’il acquitte trois ans d’obligation militaire, en dehors des années de guerre où il est mobilisé sur le front. Au lendemain de l’armistice en 1918, il retourne dans son pays natal, mais la propriété est vendue. Il a déjà 45 ans, se trouve sans lien de famille. Sur les conseils de sa sœur, religieuse chez les Petites Sœurs de l’Assomption, il se rend dans leur couvent de Thiais, près de Paris, où son dévouement et ses talents de jardinier trouvent à s’employer. Il n’y reste que quelques mois. Le P. Valentin Couderc, aumônier de la communauté, pressent dans cette âme simple et droite une vocation qui s’ignore encore. Ernest réfléchit et, avant la fin de l’année 1919, vient se présenter au P. Alexis Chauvin, supérieur de l’alumnat de Saint-Maur (Maine-et-Loire) comme postulant convers. A ce titre, il reçoit l’habit le 15 janvier 1921, mais sans engagement religieux. Le jardinier volontaire fait si bien prospérer la propriété et, en particulier, la vigne que l’on hésite à se séparer de lui et que l’on tarde à lui accorder le temps canonique d’un noviciat régulier. En octobre 1923, le nouveau supérieur des lieux, le P. MarieFélix Dufau, met fin à ce long postulat qui dure depuis quatre ans et envoie Ernest à Saint-Gérard en Belgique où l’accueille le P. Savinien Dewaele. C’est là que, sous le nom de Frère Marie -Ernest, le vigneron des bords de Loire, continence une année de noviciat qui s’achève à Taintegnies par la première profession, le 22 novembre 1924: « Le Frère Marie -Ernest est venu sur le tard dans la vie religieuse. Le port habituel d’un vêtement séculier, la direction d’une exploitation agricole assez importante, la rareté des exercices communs, la mésédification que donnent parfois des prêtres et des religieux, rien n’entame la ferveur et la régularité chez le Frère ». Dans les vignes de Saint-Maur, une belle figure de religieux vigneron. Il retourne à Saint-Maur où, pour lui, le travail de la terre est surtout celui de la vigne qui est véritablement son oeuvre. Il en multiplie d’année en année les lignées qui finissent par conquérir tout un coteau, faisant ainsi l’admiration des vignerons à la ronde. Médailles et diplômes viennent sanctionner les hauts mérites du maître d’œuvre. L’obéissance lui demande de servir la formation des alumnistes dont beaucoup deviendront de futurs prêtres et de futurs religieux. Il met à sa tâche de vigneron tout son cœur Notices Biographiques A.Ade consacré Page : 321/321 et tout son amour de la terre pour le but assigné à la maison, servir la communauté, entourer cette jeunesse de tous les soins d’une culture de vie, faite de foi, de travail, d’exemplarité. On peut dire que dans le Saumurois le nom du Frère Ernest va rester attaché à la vigne de Saint- Maur, mais pour les membres de la communauté il est surtout un charmant confrère d’une vie faite de simplicité, de labeur et d’une grande fidélité à ses engagements religieux, renouvelés de façon définitive le 25 novembre 1927. Pendant quarante ans, on ne lui connaît pas de faille. Il ne demande pas d’adoucissement à son régime de vie et, devenu âgé, il endure en silence les rnisères physiques, résolu à faire son devoir jusqu’au bout et à n’être à charge à personne. Il est en 1954 un religieux aussi régulier que le jeune profès de 1924. Il participe aux exercices religieux du matin, puis gravit le même chemin, refait les mêmes gestes, descend aux mêmes heures, plante encore de la vigne à 83 ans. D’autres en récolteront les fruits après lui. Son coeur reste jeune, l’esprit taquin, son franc-parler légendaire. Il n’y a dans ses paroles pas l’ombre d’une méchanceté, même si la vivacité de la répartie reste intacte. Les enfants aiment l’entourer, lui tirailler la barbiche, ce fameux bouc sans lequel le Frère Ernest n’aurait pas été tout à fait lui-même. Très dur à la peine, aussi acharné que patient, c’est dans sa vigne, à la besogne, que la maladie le terrasse. Conduit dans une clinique d’Angers, opéré à l’intestin d’une tumeur déclarée cancéreuse, le médecin prédit trois ans ou quatre ans de délai de vie. A peine remis sur pied, le Frère Marie-Ernest se remet à l’ouvrage avec un soin qui force l’admiration. Cependant en 1959, il doit s’aliter par deux fois. En mai il comprend que le temps lui est désormais compté. Il attend patiemment l’heure fixée par le Maître de la Vigne, se laissant soigner comme un enfant, plaisantant finement à son habitude. Les grosses chaleurs de l’été l’accablent. Le soir du jeudi 9 juillet 1959, la communauté se réunit autour de son lit, unissant sa prière à la sienne. Il ne peut qu’esquisser un signe de croix que son bras refuse d’achever. Le Frère Ernest meurt, à quelques jours près, à l’aube d’une 85ème année. Les funérailles sont célébrées à Saint-Maur, deux jours après, le 11 juillet. Son corps repose au cimetière de l’abbaye, à l’endroit que depuis longtemps il s’est fixé lui-même. « Le frère Marie-Ernest travaillait à Saint-Maur depuis 1919, entourant d’un même amour sa vigne et cette vigne du Seigneur que sont les futurs prêtres. Exact à son travail quotidien, d’une conscience extrême aussi sévère que persévérante, d’une bonté bourrue qui ne trompait personne, ni les enfants ni les ouvriers de la vigne. Ce sont ceux- ci et ses amis des villages voisins qui ont tenu à porter le cercueil. Quelques détails le peignent bien: c’est lui qui a choisi sa place au petit cimetière de Saint-Maur, au coin le Plus haut. ‘je veux encore voir ma vigne, j’aurai la tête et les pieds au sec. Le Frère Marie-Ernest avait déjà sa légende dans la Province de l’Ouest qui lui gardera longtemps un pieux et fidèle souvenir. Il était de ces Frères coadjuteurs dont le dévouement, la vertu, la prière demeurent comme les pierres fondamentales d’une oeuvre. Au fond de notre cœur, nous sommes certains que Dieu aura reçu avec amitié son bon et fidèle serviteur ». D’après l’homélie du P. Provincial de Bordeaux, le P. Jointer, le jour de la sépulture du Frère Marie-Ernest. Page :322/322

Bibliographies

Bibliographie et documentation: B.O.A. juin 1960, p. 96. Lettre à la Famille, novembre 1959, no 277, p. 266-267. A Travers la Province (Bordeaux), août 1959, no 67, P. 2-4. L’Assomption et ses (Euvres, 1960, no 522, p. 12-15. Echo de Saint-Maur, 1959, p. 8. Lettre du Frère Marie-Ernest Vignier au P. Joseph Maubon, Saint-Maur, 16 janvier 1921. Dans les ACR, du Frère Marie-Ernest Vignier, deux correspondances (1921 et 1927).