Marie-Etienne (Célestin) BOUREAU – 1881-1924

L’amour de sa famille religieuse.
« Hier 24 sept. [1915], en la fête de N.-D. de la Merci, j’ai eu le bonheur
de renouveler ma profession religieuse pour
3 ans. Laissez-moi vous dire ma joie d’avoir contracté ce nouvel engagement
et vous témoigner mes sentiments de reconnaissance filiale. J’aime beaucoup
ma famille religieuse. Je suis encore loin de payer ma dette immense à son
égard. Ma grande souffrance est de me voir en si triste santé et en mon
incapacité à faire les travaux de frère convers. Je suis en ce moment comme
un soldat au
dépôt alors que je voudrais me fatiguer comme un soldat au front. Vous
m’avez dit de ne pas me tracasser et le P. Eloi
[Genoux] me le dit aussi, mais voyez-vous, j’ai une tête de vendéen! C’est
vrai que ce sont souvent les enfants malades qui sont le plus aimés dans
une famille. Je n’ai pas de nouvelles de mon frère Théophane de Louvain
depuis de longs mois déjà, sauf une carte du P. Louis-Antoine de Hollande
qui me dit que mon frère va bien et qu’on n’a pas manqué du nécessaire,
mais il
y a de cela au moins trois mois. Plaise à Dieu qu’il ne leur arrive pas
malheur. Votre enfant reconnaissant ».
Fr. Etienne, Carnolès
25.09.1915.

Religieux français.

D’une famille vendéenne, généreuse en vocations.

Marie-Etienne est né aux Sables d’Olonne (Vendée) le 30 octobre 1881, dans le diocèse de Luçon. Il appartient à une famille de 4 enfants: Marie-Etienne est l’aîné, il devient Frère à l’Assomption; le cadet qui est aussi le filleul de Marie-Etienne, le futur Père Théophane, devient religieux prêtre à l’Assomption et leur sœur se fait carmélite à Saint-Germain-en-Laye, près de Paris. Marie-Etienne prend l’habit au noviciat à Louvain (Belgique) le 2 avril 1909 où il reste trois ans (1909-1912) et où déjà se révèle une tuberculose pulmonaire. Il prononce ses premiers vœux le 24 juin 1912 à Menton, selon le registre des professions, et ses vœux perpétuels le 21 novembre 1918. La communauté de Menton-Carnolès (Alpes- Maritimes) est d’ailleurs son unique cadre de vie religieuse, entre 1912 et 1924. Le Frère Marie- Etienne se dévoue avec toute la force d’une nature généreuse aux œuvres paroissiales de la chapelle Saint-Joseph et au soin de la sacristie, veillant à la propreté et à l’ornementation des lieux. Il fait preuve d’un goût attentif et original pour les crèches et les reposoirs qui attirent à la chapelle Saint-Joseph des fidèles et des visiteurs admiratifs. Lorsqu’on lui témoigne des sentiments de gratitude pour son travail, il se contente de sourire en disant que ce sont là ses derniers ouvrages. Excellent menuisier, il est d’un grand secours pour les différents aménagements, aussi bien des lieux communautaires que de la chapelle.

Un pèlerinage préparé mais non réalisé.

Les deux dernières années sont très dures sur la plan physique pour le Fr. Marie-Etienne: d’une maigreur effrayante, couvert d’eczéma, il obtient la faveur de participer en août 1924 au pèlerinage national de Lourdes avec les grands malades. Bien qu’il se prépare avec une joie touchante,

L’amour de sa famille religieuse. « Hier 24 sept. [1915], en la fête de N.-D. de la Merci, j’ai eu le bonheur de renouveler ma profession religieuse pour 3 ans. Laissez-moi vous dire ma joie d’avoir contracté ce nouvel engagement et vous témoigner mes sentiments de reconnaissance filiale. J’aime beaucoup ma famille religieuse. Je suis encore loin de payer ma dette immense à son égard. Ma grande souffrance est de me voir en si triste santé et en mon incapacité à faire les travaux de frère convers. Je suis en ce moment comme un soldat au dépôt alors que je voudrais me fatiguer comme un soldat au front. Vous m’avez dit de ne pas me tracasser et le P. Eloi [Genoux] me le dit aussi, mais voyez-vous, j’ai une tête de vendéen! C’est vrai que ce sont souvent les enfants malades qui sont le plus aimés dans une famille. Je n’ai pas de nouvelles de mon frère Théophane de Louvain depuis de longs mois déjà, sauf une carte du P. Louis-Antoine de Hollande qui me dit que mon frère va bien et qu’on n’a pas manqué du nécessaire, mais il y a de cela au moins trois mois. Plaise à Dieu qu’il ne leur arrive pas malheur. Votre enfant reconnaissant ». Fr. Etienne, Carnolès 25.09.1915.

Notices Biographiques A.A mêlée de reconnaissance, à accomplir encore ce déplacement, le temps ne lui en est pas laissé. Le dimanche 10 août, vers les 21 heures, après les soins donnés par l’infirmier, il se met à cracher du sang. Le P. Achille Vandepitte lui rend le service fraternel du sacrement des malades. Le frère est veillé toute la nuit et vers les 4 heures du matin, le 11 août 1924, il meurt paisiblement entouré de ses frères, sans bruit, avec ce souci constant de n’être à charge à personne et de passer presque inaperçu. Il est inhumé au cimetière de Roquebrune qui se trouve perché en dégradé sur les collines surplombant la commune. Il rejoint ainsi le P. Frédéric Raynaud (+1912) et le P. Gunfrid Darbois (+1924).

Menton-Carnolès, un lieu assomptionniste centenaire.

Nous extrayons des souvenirs de Mlle Raibant sur le P. Eloi Genoux quelques renseignements complémentaires sur le site de Carnolès où fut édifiée la chapelle Saint-Joseph desservie par les Assomptionnistes pendant plus d’un siècle: « Carnolès est un quartier non pas de la ville de Menton, mais du village de Roque-brune-Cap Martin (Alpes-Maritimes). En fait, d’après la configuration des lieux, Carnolès est un vrai faubourg de Menton desservi par la gare toute proche, le ruisseau de Gorbio faisant limite. C’est au cours d’une réunion, tenue en 1894 chez le Commandant Morillot qu’est signé l’acte officiel rendant les Augustins de l’Assomption propriétaires, sous condition, d’une chapelle élevée au quartier Carnotès sur la commune alors dénommée Cabbé-Roquebrune. M. de Mauléon met gracieusement à la disposition d’un Comité formé en 1893, un terrain de forme triangulaire où, selon les plans de l’architecte Glénia, va pouvoir être élevée une chapelle dédiée à Saint Joseph. Le curé de la paroisse desservante, Roquebrune, l’abbé Alpin, fait appel à plusieurs congrégations pour desservir cette future chapelle: Capucins, Oblats se récusent. Il s’adresse alors à un cousin le P. Marie-Augustin, assomptionniste, lequel en réfère au P. Picard qui accepte avec la condition que les Assomptionnistes seront maîtres chez eux et propriétaires. Une maison bâtie en 1826, propriété de M. de Mauléon, est donnée comme lieu de résidence aux religieux et dans le jardin attenant, un essai d’alumnat est vite abandonné. La chapelle attire la population pauvre du quartier et les têtes couronnées ou découronnées en villégiature sur les bords de la Côte d’Azur. Le 11 novembre 1899, les lieux n’échappent pas à la perquisition, mais en septembre 1911, grâce à la générosité de Mme de Quisonnas, la vente aux enchères publiques se fait au bénéfice des Assomptionnistes malgré la manœuvre déloyale d’une surenchère faite au dernier moment par un juif fortuné … ».

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettre à la Dispersion 1924, n° 101, p. 203; n° 103, p. 213-214; n° 105, p. 233- 234. L’Assomption 1924, n° 280, p. 174. Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudefroy. Manuscrit de Mlle J. Raibant, Carnolès et le P. Eloi Genoux (1935).