Marie-Gabriel Riban – 1910-2002

Une vie fraternelle construite au fil des jours.

Franc-Jean-Baptiste-Gabriel Riban est né le 23 janvier 1910 à Saint-Etienne (Loire), alors diocèse de Lyon, au foyer de Léger Riban et de Julie-Marie Lorrée son épouse. Par la suite, sa mère va habiter Chambéry en Savoie. C’est dans la capitale savoyarde d’ailleurs qu’il fait son apprentissage scolaire, d’abord à l’école laïque puis chez des Frères. De 1932 à 1935, puis de 1936 à 1937, il tente sans succès d’entreprendre des études secon­daires dans la maison des vocations tardives à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), et une année intermédiaire à l’alumnat de Chanac (1935-1936). Il demande à entrer dans la vie religieuse et il est admis comme religieux frère de choeur le 3 octobre 1937 à Nozeroy (Jura). Mais pour des raisons médicales et sur avis du docteur traitant, il lui est demandé de renoncer au régime des études et il accepte alors, sous le nom de Frère Marie-Gabriel, de recommencer un second temps de noviciat comme frère convers, à compter du 28 février 1938.

C’est un homme courageux qui ne craint pas sa peine à cette époque où les maisons de formation doivent une bonne partie de leur subsistance alimentaire aux travaux agricoles des Frères. Le Frère Marie-Gabriel pro­nonce ses premiers vœux à Nozeroy le 18 mars 1939. Selon les termes du rapport de présentation par le maître des novices, le Père Alix Gruffat, « Ce religieux fait preuve de nombreuses qualités &nbps;: courage au travail, dévouement, esprit d’initiative, sociabilité et amabilité en communauté. Certes il a aussi quelques défauts dont il cherche à se corriger &nbps;: un manque de constance parfois, une certaine négligence, mais cela est compensé par un grand esprit surnaturel, un sens profond de l’obéissance, un grand amour de l’Assomption et le désir de travailler dans les missions ». C’est à Tunis que le Frère Marie-Gabriel renouvelle ses voeux en mars 1940 et à Gabès qu’entre les mains de son supérieur, le Père Lefèbvre Bornand, il s’engage définitivement dans la Congrégation, en mars 1942&nbps : « Le Frère Marie-Gabriel fait preuve d’une franchise un peu rude parfois, mais il supporte aussi les observations qui lui sont faites. De l’avis du chirurgien qui l’a soigné, sa blessure peut entraîner quelques sautes d’humeur. Il est entendu directement avec son Provincial que l’argent de va pension militaire est réservée à va mère pour subvenir aux besoins de va vieillesse ».

En dehors de la Tunisie, on connaît d’après la Répartition des Religieux ses principales affectations&nbps; : Marseille ‘Foyer du marin’ (1950), Marseille Procure (1951), Lorgues (Var) en 1953, Chanac (Lozère) en 1964, Carnolès (Alpes Maritimes) en 1966 et enfin Saint-Sigismond (Savoie) en 1979. A chaque fois sa feuille de route comporte l’habituelle adresse de la lettre d’obédience &nbps;: « C’est à partir de la communauté locale que se réalise notre vie religieuse apostolique. Il reviendra donc à celle-ci de déterminer les tâches qui vous seront confiées en son sein. C’est toujours à la vie et à la mission de la communauté que nous participons. La vie fraternelle nous est donnée à construire tous les jours. Chacun y contribue par une conversion quotidienne qui affermit sa propre fidélité et celle de ses frères. Nul ne peut goûter à cette joie sans  engager toute sa personne ».

Nul doute que le Frère Marie-Gabriel a fait à chaque nomination de cet envoi officiel son programme de vie quotidien. Sous des airs parfois un peu bourrus, aggravés avec les ans par une surdité irrépressible mais éclairés aussi par un sourire lumineux, il a su rendre à ses frères le service d’une vie joyeuse, priante et entaînante. Sa participation aux offices et aux temps de retraite, ses esca­pades en vélo à la proche abbaye de Tamié disent son souci d’une vie spirituelle continue et animée d’une belle flamme intérieure. Le Frère Marie-Gabriel est décédé le 28 juin 2002, à l’âge de 93 ans, à Saint-Sigismond (Savoie). Ses obsèques y sont célébrées le lundi 1er juillet et son corps est inhumé au cimetière voisin de Chiriac.

Echos d’un jubilé (1974) &nbps:; prière et sports.

« Je n’ai pas oublié mes 35 ans de vie religieuse et mon rêve de dire merci à Dieu sur un haut sommet. C’est fait &nbps! J’ai fait mon 4000 et je suis très heureux de cette réussite [ascension des Ecrins, 4013 mètres]. Le samedi 27 juillet (1974) à 9h30 j’étais sur le dôme des Neiges. Je n’en voulais pas plus&nbps; ! Je pouvais redescendre dans la vallée, je le savais, le coeur garderait la joie que donnent ces minutes impressionnantes vécues là-haut &nbps;! Pureté et force, voilà ce que j’ai ressenti devant ce spectacle inoubliable. Sous un ciel violemment bleu, j’étais dans une forme étonnante. Un alpiniste polonais qui avait dû remarquer mon crâne dénudé, la veille au refuge, s’est avancé vers mon guide en me montrant du doigt&nbps: : ‘Lui, il est forte&nbps: !’ (sic). Cela m’a plu. C’est avec un pas de chasseur alpin que nous avons dégringolé le fameux Glacier Blanc. Et c’est avec un réel plaisir que je quittais et les crampons et la corde pour retrouver la terre battue. Du coup, il m’a semblé que j’aimais mieux les hommes. L’effort fourni pendant deux jours me rapprochait de tout avec plus de douceur et de modestie. J’y gagnais encore en humilité&nbps; ! Sur le plan religieux, la haute montagne est vraiment débonnaire et, sur les glaciers les mesquineries ne tiennent pas. Je suis heureux &nbps;! je vais maintenant reprendre le rythme normal à Chanac, mais toutefois avec un genre à part, je veux dire celui de ‘frère vagabond’, pas de télé, pas de journal, le moins possible d’auto, mais de la marche, du vélo. Là je vis ma vie&nbps; : la prière et le grand air ne font qu’un&nbps; ! Le mouvement dans la solitude, voilà comment j’avance&nbps; ! Mon vélo commence à être fatigué, moi pas&nbps; ! Des Frères plus jeunes ont opté pour le vélo-moteur, je les plains sincèrement! Quand ils rentrent le soir, ils ne sont pas assez enthousiastes à mon avis ».


| Lyon-Assomption, octobre 1974, n° 43, p. 8.

Bibliographies