Marie-Jean (Georges) HENNAUT – 1896-1978

Béni 1931.
« Ce qui m’a le plus frappé à Béni, après mes sept semaines de voyage,
c’est la misère profonde de la population, leur dénuement et l’insalubrité
de leurs demeures qui paraissent
à tout européen épouvantables. Ce qui fait surtout pitié, ce
sont leurs plaies, leurs maladies, les souffrances atroces d’un grand
nombre. Je voyais tout à l’heure des jeunes gens dont les jambes
étaient ravagées par des plaies affreuses qui s’étendent parfois du pied
jusqu’au genou. Elles s’enfoncent à une profondeur de un à deux cm,
laissant voir les chairs vives, rongées et purulentes. Quelques autres ont
le piant qui leur dévore le nez, ne laissant qu’un grand trou au milieu du
visage, ou
qui dessèche le bras. Celui-ci a les pieds enflés en hauteur de trois fois
au moins l’épaisseur de nos pieds ordinaires et il a été obligé de se
fabriquer des coussins de feuillage pour marcher dessus. Et voici des
lépreux dont les doigts et les orteils tombent les uns après
les autres et qui ont été obligés de ligoter leurs membres avec des écorces
de baguette afin de retarder leur désagrégation. Mais ce qui me remue le
plus, c’est le cas de cette malheureuse malade du sommeil qui gisait sans
mouvement et sans défense devant des rats … ».

Religieux de la Province de Belgique-Sud.

Eléments biographiques.

Georges Hennaut voit le jour le 16 août 1896, à Nivelles (Brabant). Après ses classes primaires et professionnelles à Nivelles (1903-1910), il fait ses humanités à Sart-les-Moines, comme vocation tardive, de 1916 à 1920. Il prend l’habit le 24 septembre 1920, sous le nom de Frère Marie-Jean, ;à Saint-Gérard où il prononce ses premiers v?ux, le 25 août 1921. Le P. Rémi Kokel l’apprécie ainsi: « Le Frère Marie-Jean est déjà un homme capable de responsabilité. Il est sérieux, se conduit avec conscience, vit une vie intérieure active. Son caractère, docile et confiant, le porte à une obéissance responsable. Grâce à son application et à sa délicatesse, il peut entreprendre des études en vue du sacerdoce, même s’il n’est pas un spéculatif ». Le Frère Marie-Jean accomplit son temps d’étude de la philosophie à Taintegnies (1922-1923) et à Louvain (1923-1924), ville où se poursuit son initiation à la théologie (1924-1928). Profès perpétuel le 25 septembre 1924, il est ordonné prêtre à Louvain le 29 juillet 1928. D’abord affecté à Sart-les-Moines, le P. Marie-Jean rejoint la mission au Congo, d’abord à Béni, puis à Manguredjipa (1937-1944) où il est nommé supérieur en 1939. Ebéniste, il se fait constructeur à Païda pour la maison et l’école des S?urs Oblates que les Assomptionnistes leur cèdent. Il commence également la construction de la cathédrale à Béni. Mais sa spécificité, c’est la construction des chapelles en brousse en bois durs. En 1937, le P. Marie-Jean se trouve dans le secteur minier de Manguredjipa. Ses opinions assez tranchantes le mettent parfois en divergence d?idées avec ses confrères: le P. Marie-Jean est d’un caractère assez bouillant. Lors des discussions avec ses paroissiens, il sait relever les manches, ce qui parfois met ses interlocuteurs sur le chemin de la conciliation!

Peu doué pour les langues, il manque de moyens de communication et il lui est pénible d’assumer sa solitude lorsque d’aventure son compagnon vient à s’absenter. En 1945, il rentre en Belgique où il est d’abord nommé au noviciat à Taintegnies (1945-1946). De 1946 à 1948, il est transféré à la Province de Paris et en 1948 il demande un temps d’exclaustration (Tournai), ayant à prendre en charge la situation parentale. De 1951 à 1956, il revient en service à Taintegnies. Le Supérieur général fait appel à lui pour fabriquer des meubles dans la maison généralice à Rome. Il passe le reste de sa vie comme chapelain à Gosselies où il meurt le 1er février 1978, dans sa 83ème année.

Evocation du P. Marie-Jean par le P. Félix Malet.

« Le P. Marie-Jean nous apparaissait comme l’un de ces vieux chênes de la grande forêt dont il savait jauger d’un coup d??il l’âge et la solidité. Il avait poussé loin ses racines vers la source d’eau fraîche qui nourrit et désaltère. Il était l’un de ces chênes que rien ne semblait pouvoir déraciner. Il a connu l’épreuve du vent et des saisons, la neige et le gel, la pluie et le brouillard, mais il restait debout, témoin imperturbable du soleil, chaleur, lumière et fécondité. Il avait un ‘culot sacré?, tel que peu d’entre nous, j?imagine, oseraient avoir: celui de parler au nom de Dieu le Père ou de son envoyé Saint Michel, pour calmer ou soulager, défendre et protéger. Non pas qu’il se soit cru détenteur d’une quelconque révélation particulière, mais parce que, à sa manière de menuisier et de charpentier, il semblait voir l’invisible. Ou plutôt il la pressentait, comme on sent l’odeur des copeaux ou du plein bois que le ruban de la scie a brûlé. Bien des personnes sont venues vers lui avec une brûlure secrète au c?ur et ont reconnu dans son accueil, sa gentillesse et sa fermeté, quelque chose de la bonté de Dieu. Le P. Marie-Jean disait qui est Dieu, moins sans doute par des paroles et des sermons qu’en accueillant, en écoutant, en donnant foi et espérance, à sa manière de vieil ouvrier, bourrue et pleine de chaleur. Nous pensons, à son propos, à Saint Luc et à Saint Paul, à la force de l?Esprit de Jésus-Christ qui s’est saisi de lui pour la guérison des hommes… ».

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Documents Assomption, Nécrologe (I) 1975-1980, p. 54. Adieu au P. M.-J. Hennaut par P. Félix Malet (homélie des obsèques le 4.02.1978). Belgique-Sud-Assomption, février 1978, n° 86, p.1457-1458. Marc Champion, Religieux défunts 1929-1994, Province du Zaïre, Butembo, 1994, p. 27. Lettre du P. Marie-Jean Hennaut au P. Norbert Claes, Béni, 24 janvier 1931. Dans les ACR, du P. Marie-Jean Hennaut, correspondances (1936-1946).