Marie-Jean (X) ROUX-VOLLON – 1895-1916

Limpertsberg, 1912.
« Vous souvient-il encore de ce Savoyard qui le 4 août passa à la rue
Camou? Il n’avait pas de marmotte mais il fut fort bien reçu. Il garde
toujours fraîche souvenance de sa visite et du bon vieux ‘Moine’, blanc et
courbé, qui accueillit avec tant
de bonté ce jeune blanc-bec. Il y a dans l’église de mon village un bon
Dieu à grande barbe avec
un triangle sur. la tête qui vous ressemble fort. A l’époque il me faisait
peur, mais je n’ai pas eu peur de vous, car vous n’êtes pas aussi terrible
et vous n’avez pas de triangle sur la tête! D’ailleurs un homme fort sensé
a dit que l’enfant et le vieillard se
touchent par les deux bouts de la vie. Me voilà depuis un mois
érémitiquement encapuchonné sous la cagoule assomptionniste, comme un moine
ou plutôt un petit moineau à houppe noire, vrai calotin calotté. Au diable
le
bonnet de Marianne, sa tête, son ventre et sa queue! Luxembourg est une
ville bourgeoise Coquette, Limpertsberg en est un des plus beaux quartiers
et le noviciat la plus belle maison. C’est un couvent de gala, un couvent
américain, une grande cage du bon Dieu avec de grandes fenêtres, de grandes
portes et du grand air. Pourquoi êtes-vous si loin? On vous
désire tous tant ici… ».

Notices Biographiques A.A

Religieux français. Une vie très brève. Marie-Jean Roux-Volion est né le 15 avril 1895 à Saint-Jean de Belleville en Savoie. Il fait ses études de grammaire à l’alumnat de Vinovo au Piémont (1907-1910) et ses humanités dans le Tessin suisse, à l’alumnat d’Ascona (1910-1912). Partout il laisse le souvenir d’un jeune très doux, gai, dévoué, pieux, profondément surnaturel, animé d’un grand souci de bien faire toutes choses. Le 14 août 1912, il entre au noviciat de Limpertsberg au Grand-Duché de Luxembourg. Le jeune novice se met avec ardeur à l’étude et à l’exercice de la perfection religieuse. Sa profonde humilité, son obéissance pleine de simplicité, jointe à une incorrigible lenteur, fruit d’une nature portée à la rêverie et d’un désir exagéré de tout accomplir à la perfection, lui valent de son maître des novices, le P. Antoine de Padoue Vidai, plus d’une remarque publique. La guerre de 1914 l’oblige, comme ses condisciples, à faire une année supplémentaire sur place de noviciat. Au cours de l’année 1915, il a la joie de prononcer ses vœux perpétuels (11 avril 1915). En septembre 1915, le noviciat de Limpertsberg est contraint à se transformer en maison d’études et le Frère Marie- Jean commence ses études de philosophie. Au cours de l’hiver, il est pris d’une petite toux persistante qu’on ne parvient pas à enrayer. Le malade souffre beaucoup mais ne se plaint jamais. Sa douceur, sa patience sont inaltérables, comme sa joie de vivre. Le 20 mai 1916, il reçoit le sacrement des malades avec d’admirables sentiments de foi. Il verse quelques larmes en se reconnaissant pécheur. Il renouvelle également sa profession religieuse avec une grande énergie, énumérant toutes les intentions pour lesquelles il offre le sacrifice de sa vie. Le soir du 5 juin, le Frère Marie-Jean entre en agonie. jusqu’au bout il ne cesse de prier, A.A s’unissant avec une joyeuse confiance aux invocations qu’on lui suggère. Soudain ses yeux se fixent comme illuminés par une vision céleste, un sourire s’épanouit sur ses lèvres, puis une légère contraction. Le Frère Marie-Jean vient de passer de ce monde à celui de l’éternité. Il n’a que 21 ans. Son corps repose au cimetière des Dominicains de Limpertsberg. Echos du noviciat de Limpertsberg (1912). « Limpertsberg est un grand jardin qui produit beaucoup de choux et de pommes de terre, avec un joli parc garni d’arbres fruitiers. C’est un vrai bocage du paradis, égayé par une soixantaine de jeunes oiseaux qui gazouillent au bon Dieu et aux anges, ne se donnant jamais de coups de bec! Le P. Antoine de Padoue a l’air sec et froid, mais je le trouve en définitive très vif d’esprit et de cœur, bien paternel. Pendant les vacances, il nous raconte l’histoire des perquisitions, le procès et les condamnations de 1900. Il y avait bien des aventures plaisantes dans son récit. Le P. Marie-Alexis [Gaudefroy] nous conduit dans les bois: on joue, on court, on se bat à la petite guerre et on prend peur devant un chevreuil roux qui a encore plus peur que nous. Le P. Possidius [Dauby) nous fait des conférences sur l’histoire antique et moderne de la barbe orientale et occidentale, mais il nous cite encore les noms des grands raseurs du monde. Les Pères Placide [Machon] et Hyacinthe [Binarmont] sont venus faire leur retraite et nous ont fort intéressés en nous parlant du collège de Philippopoli, son histoire et sa prospérité actuelle. Leurs propos ont confirmé ceux du P. Antoine de Padoue: la persécution a vivifié la florissante vitalité de l’Assomption. Vous savez aussi qu’au noviciat on travaille manuellement. Actuellement j’ai été mis aux confitures, car les récoltes de fruits sont abondantes. Depuis un mois nous cueillons des prunes. je brasse trois chaudrons de cette marmelade sur le feu, mais je ne fais pas que de la confiture, car on a commencé les cours sur saint Thomas. Le soir on se donne la discipline et au dortoir on entend murmurer: ‘Le vendredi soir après le turbin, l’ouvrier Capucin dit à son fouet café-concert avec de la paille au dessert…’ Oui, c’est la première fois que je m’en suis servi et j’ai commencé avec une sainte ardeur: ta, ta, ta. Après le second coup, j’en avais déjà assez et je remettais prudemment chemise et martinet à leur place. Enfin je ne sais pas quand je ne serai plus une moule. Ah! sous cette robe austère, qu’il y a encore des défauts, de la croûte et des puces, et comme souvent le Père maître devra prendre la brosse, le savon et la verge! ». D’une lettre du frère Marie-Jean Roux-Vollon au P. Vincent de Paul Bailly, 1912.

Bibliographies

Bibliographie et documentation : Lettre à la Dispersion, 1916, n° 385, p. 649. Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudefroy. Lettre du Frère Marie-Jean Roux-Vollon au P. Vincent de Paul Bailly, Limpertsberg, 12 septembre 1912. Du Fr. Marie-Jean Roux-Volon, dans les ACR, trois correspondances (1912-1915). Notices Biographiques