Marie-Léonard (Henri-F.) VAN HOREN – 1892-1942

Boxtel, 1915.
« Forcé par les circonstances à régler ma situation militaire,
j’ai dû quitter le noviciat et rentrer en Hollande. Le gouvernement
rappelle sous les drapeaux tous les hommes de 20 à 30 ans qui pour une
raison quelconque avaient été dispensés du service. Les religieux ne sont
pas compris dans cette loi, sous les mêmes conditions qu’en temps de paix.
Je me trouve actuellement à Boxtel après avoir passé huit jours dans ma
famille afin d’effectuer les démarches nécessaires. Je tiens à vous donner
quelques nouvelles du berceau de la Congrégation dans mon pays. Le noviciat
comprend
actuellement 66 membres dont
3 prêtres, 15 profès, 41 novices et 7 Frères convers. Les novices désirent
ardemment pouvoir se consacrer à Dieu. Jusqu’ici le noviciat n’a pas trop
souffert de la guerre bien que l’on soit rationné. Pour faire durer la
provision de farine, on y ajoute 30% de pommes de
terre. Le pain est plus pâteaux, mais se laisse manger et il a l’avantage
de rassasier plus vite. La viande est chère, mais les lapins se
reproduisent si
vite qu’on peut en manger une fois par semaine. Le jardin potager donne les
légumes. Si la paix n’arrive pas, cet hiver ce sera la misère dans le
pays…».

Religieux hollandais de la Province de Belgique- Hollande. Une vie située entre deux guerres. Henri-François Van Horen est né le 17 mai 1892 à Haelen, dans la province du Limbourg hollandais, au diocèse de Ruremonde. Il connaît la vie des alumnats pour sa formation scolaire en Belgique, à Zepperen (1906-1910) et à Taintegnies (1910- 1912). Le 14 août 1912, le P. Emmanuel Bailly lui donne l’habit assomptionniste au noviciat de Limpertsberg, au Grand-Duché de Luxembourg. Il y prononce ses premiers vœux, sous le nom de Frère Marie-Léonard, le 15 août 1913. Le P. Antoine de Padoue Vidal reçoit sa profession perpétuelle, l’année suivante, le 11 avril 1915. Les annotations de son maître des novices sont plutôt laconiques: « Le Frère Marie-Léonard est un religieux surnaturel, d’une intelligence ordinaire, mais très dévoué et très attaché à la Congrégation ». Pour ses obligations militaires, le Frère Marie-Léonard doit revenir aux Pays-Bas (juillet 1915). La lettre qu’il peut faire parvenir en juillet 1915 au P. Bailly éclaire tristement la situation de ceux qui sont restés à Limpertsberg: « Les nouvelles de la famille ne pénètrent plus au Luxembourg, car la censure impériale devient d’une sévérité sans pareille. Moi- même je n’ai pu passer que deux parties du bréviaire et mon missel et il m’a fallu plus d’un quart d’heure pour obtenir de pouvoir franchir la frontière. Il paraît que le salut de l’empire est en jeu! Au début juillet, la police luxembourgeoise a arrêté un espion prussien. Dans ses papiers, on a trouvé la liste des personnes qu’il était chargé d’espionner. En tête se trouvait la maison de l’Assomption. Le noviciat a couru de graves dangers. Les Allemands ont voulu faire prisonniers tous les Français de la maison. C’est grâce à l’intervention de l’évêque et de la comtesse de Spée, Page :219/219 supérieure des Dominicaines que nous avons échappé. L’évêque est d’une grande bonté pour nous. Il a dit au P. maître [Vidal] de venir crier famine chez lui chaque fois que la nécessité se fera sentir, étant prêt à partager son dernier morceau de pain avec ses Assomptionnistes… (1) ». Le Frère Marie-Léonard est accueilli à Boxtel, aux Pays-Bas, où il rend service en faisant la surveillance des jeunes élèves. Il y poursuit tant bien que mal sa propre formation philosophique et théologique de 1916 à 1917, avant de gagner Louvain en Belgique (1918- 1923). Au terme de ses études de théologie, il est ordonné prêtre à Louvain, le 5 août 1923, dans sa 32ème année. Les étapes de sa vie sacerdotale sont réparties de la manière suivante: le P. Marie-Léonard commence comme économe et professeur à l’alumnat de Boxtel de 1923 à 1926, avant de passer à Sart-les-Moines (1926-1928). Il quitte l’enseignement pour des fonctions paroissiales, comme vicaire à Woluwé-Saint-Lambert dans l’agglomération bruxelloise (1928-1929). Il assure un triennat de vicariat à la paroisse de Haine-Saint-Pierre (1929-1932), avant de revenir à Woluwé-Saint-Lambert, de 1932 à 1940. Ses deux dernières années de ministère sacerdotal se déroulent à Froyennes, comme aumônier de la communauté des Oblates. C’est là qu’il meurt subitement le 26 décembre 1942, après avoir célébré la messe de saint Etienne. le P. Marie-Léonard repose à Froyennes. Aucune notice biographique ne peut lui être consacrée en ce temps de guerre. Son décès est seulement annoncé par le biais des Nouvelles de la Famille occupée. Froyennes. La première implantation des Oblates en Belgique remonte à l’année 1894, à Marchienne-au- Pont, au temps de Mère Marie Correnson. Les Oblates de Paris, contraintes aussi à l’exil à partir de 1901, s’installent à Froidmont, près de Tournai. En 1907, Froidmont est laissé pour Froyennes. Pendant la première guerre mondiale, la maison de Froyennes change de destination: elle n’accueille plus pour la formation des jeunes religieuses mais devient un pensionnat. En 1940, nouvel exode et nouveau changement. Froyennes devient un home pour enfants, malades ou orphelins. En juillet 1944, on y connaît encore les affres des bombardements alliés, les émotions du parachutage mouvementé, le 11 juillet, d’un aviateur canadien dont l’appareil a été abattu. Pour qu’il ne soit pas fait prisonnier par les Allemands, la communauté le cache quelques jours avec la complicité du secrétaire de mairie, M. Virgin, pour le faire passer en Angleterre grâce à la filière de la Résistance locale.… Page :220/220

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Nouvelles de la Famille occupée, février 1943, n° 14, p. 57. Dans les ACR, du P. Marie-Léonard Van Horen, deux correspondances (1915). Lettre du Frère Marie-Léonard Van Horen au P. Emmanuel Bailly, Boxtel, 28 juillet 1915. Echos de la vie de Froyennes dans Les Oblates de l’Assomption en Belgique, t. 1 (Froidmont-Froyennes), p. 38-117. (1) Les renseignements donnés par le Frère Marie-Léonard peuvent laisser le lecteur perplexe: comment en 1915 la police luxembourgeoise peut-elle arrêter un espion prussien alors que le pays est occupé par les Allemands depuis 1914? Comme ce sont les propres termes de la lettre, nous avons reproduit ces lignes littéralement, en nous permettant cette interrogation de nature historique…