Marie-Léopold BRAUN – 1903-1964

Persona non grata.

« Un procès, provoqué par un prétexte ridicule, est intenté au P. Braun qui
remplace depuis
7 ans Mgr. Neveu absent. Je l’apprends par un journal
d’Amérique qui met assez bien la question au point, sans découvrir le
Saint-Siège. Traduction ci-jointe.

Je suppose que l’affaire est suivie de près par Mgr. le délégué à
Washington, mais je crois utile d’en informer aussi votre Excellence ».

Gervais Quenard, Paris, 9 juin
1945.

Note manuscrite.

Pour assurer une aide au P. Braun pour son double et prenant service
d’administrateur apostolique et de chapelain à l’église
française Saint-Louis de Moscou, nous avons vainement fait demander un visa
soviétique…

– à New York, pour un religieux américain, le P. Laberge.
– à Paris, pour un religieux français, le P.Thomas. On n’a encore rien pu
obtenir.

Religieux américain de la Province d’Amérique du Nord.

Un religieux musicien.

Né le 13 août 1903 à New Bedford (Massachusetts, U.S.A.), Léopold est scolarisé à l’école Paroissiale du Sacré-Cœur, puis à Holy Family High School (1918-1922), avant d’entrer au collège de Worcester (1922-1926). Musicien, il se familiarise avec les lois de l’harmonie en pratiquant divers instruments: l’orgue, le piano, le saxophone et la batterie. Il apprend également à diriger le chant choral. Le 24 mars 1927 il frappe à la porte du noviciat de Bergerville-Sillery (Québec), y reçoit l’habit des mains du P. Tranquille Pesse et suit la direction de son maître des novices, le P. Marie-Alexis Gaudefroy. Il prononce ses premiers vœux le 26 mars 1928. « Le Fr. Marie-Léopold désire faire sa profession, il est entré au noviciat dans le seul but d’être un jour ,professeur au collège. Depuis ses idées se sont modifiées et élargies: il a compris l’idéal de la vie religieuse missionnaire. Intelligent, actif, dévoué, énergique, il a lutté avec générosité contre l’irritabilité de son caractère, soucieux de réprimer ses emportements ». Le Frère Léopold qui a ajouté le prénom Marie à son nom religieux s’en va poursuivre ses études de théologie à Louvain (Belgique) de 1928 à 1932. C’est là qu’il prononce ses vœux perpétuels le 25 mars 1931 et qu’il est ordonné prêtre le 5 juin 1932.

Vie d’un religieux missionnaire pas tout à fait ordinaire.

Après un an de professorat à Worcester (1932- 1933), le P. Marie-Léopold est désigné comme chapelain des catholiques américains à Moscou (1933-1935). Il quitte New York en février pour la capitale soviétique en compagnie de l’Ambassadeur des Etats-Unis, M. Bullitt.

La nouvelle fait sensation dans toute la presse américaine et occidentale. L’impression qu’elle fait à Worcester, sur le personnel et les élèves, est profonde et enthousiaste. Toutes ces personnes qu’il connaît sont fières de voir un des leurs devenir célèbre du jour au lendemain, appelé à un tel poste de confiance. En leur faisant ses adieux, le P. Braun leur dit qu’il part de son plein gré, sans pression de l’obéissance. L’acceptation de cette difficile mission est de sa part un acte de générosité magnifique et de modeste soumission. On sait qu’à Moscou il va retrouver un autre assomptionniste, Mgr. Pie Neveu, lequel fait fonction de curé de Saint-Louis des Français, mais on ignore encore que deux ans plus tard, en 1936, le vétéran administrateur apostolique, venu en France pour raison de santé, ne pourra obtenir l’autorisation de retourner en U.R.S.S. et qu’ainsi le P. Braun va y être confronté à une situation de solitude totale. Le climat intérieur est particulièrement pénible en ces années de ‘purge stalinienne’. Le P. Braun écrit peu après son arrivée à Moscou, le 9 avril 1934: « Je remercie tous les jours la divine Providence de m’avoir mis à pareille école. Quelle humilité et quel bel exemple! Les pénitents de notre bon évêque sont aussi nombreux que réguliers: il siège longuement au confessionnal tous les matins avant la messe. Mgr. fait preuve aussi d’une patience admirable en me dévoilant petit à petit les mystères de l’idiome en usage ici ». Pendant 10 ans, le P. Braun va rester le seul prêtre catholique en exercice dans la capitale soviétique, y passant les dures années de la seconde guerre mondiale. En 1945, il est déclaré persona non grata dans le pays, après un procès monté par un concierge de l’ambassade de France à Moscou. Il revient en Amérique, résidant à New York 14ème rue (1945-1964), attaché à la paroisse de Notre-Dame de Guadalupe. Mais il ne peut oublier le passé. Il conserve la hantise des méfaits du communisme athée. Il combat ses erreurs, multipliant conférences, interviews, brochures en lutteur passionné de plume et de parole. En 1961, après de nombreuses tentatives et de nombreux refus, il obtient l’imprimi potest pour son manuscrit de souvenirs qu’il a dû revoir, tailler et écrêter de ses jugements à l’emporte-pièce et autres opinions acidulées. Le P. Braun meurt à Worcester le 18 juillet 1964: la mort seule peut apporter à ce religieux la paix bienheureuse comme récompense de son inlassable combat pour les droits de Dieu où il ne ménage ni sa peine si souvent sollicitée ni les ardeurs discutables d’un tempérament enflammé.

Bibliographies

Bibliographie et documentation : B.O.A. juin 1964, p. 82-83. Lettre à la Famille, 1964, n° 380, p. 638. Assumptionists Deceased in North America, p. 5. Gervais Quenard, L’Assomption en Russie, dans col. Pages d’Archives, 1955, n° 3. Antoine Wenger, Rome et Moscou 1900-1950, DDB, 1987, passim. Les archives romaines contiennent nombre de documents (correspondances, interviews, opuscules, conférences) du P. Braun ayant trait particulièrement à son long séjour mouvementé à Moscou (1934-1945). On doit au P. Braun un écrit mémoires-souvenirs’: ‘Twelve Russian years to remember’, 1961. Les archives personnelles des religieux se trouvent principalement dans le fonds assomptionniste de la maison provinciale d’Amérique du Nord.