Marie-Michael (Joseph-F.-J.) LEBIGOT – 1855-1905

Les choses de la vie, Livry,
1900.
« Nous serions très heureux de répondre à vos désirs, si la chose était
possible. Vous en jugerez par vous-même en voyant l’organisation du
travail parmi les Frères Convers. Peut-être devrais-je commencer par dire
que nous avons accepté de faire conduire par Claudet les demi-
pensionnaires des Servites, matin et soir, et continué la culture en grand
du jardin et
de la ferme afin de pouvoir vivre, sinon de payer les impôts qui nous
écrasent. Nous nous sommes faits marchands de légumes, de
fruits et de pommes de terre en gros et au détail. En plus des huit Frères,
nous avons deux jeunes gens, le Frère Léon très asthmatique qui attend le
retour du P. Picard pour s’en retourner chez lui et le Frère Dominique,
16ans1/2, atteint gravement d’une rechute d’hernie, incapable de faire
peu de choses d’ici longtemps. Les Frères du jardin et de la ferme
suffisent si peu que j’ai dû prendre un homme à la journée pour le binage
des betteraves, pour faucher le foin, récolter les pommes de terre, il en
reste le cinquième d’un hectare à ramasser, nous avons commencé la récolte
des betteraves… ».
P. M. Michaël

Religieux français.

Un prêtre diocésain à l’Assomption.

Né le 3 juin 1855 à Mantilly, près de Passais (Orne), Joseph-François-Julien Lebigot a d’abord le parcours d’un prêtre diocésain. Après ses classes primaires à Mantilly, il entre au petit séminaire de Sées (1872-1875). Etudes de philosophie et de théologie se déroulent également dans le diocèse de Sées (1875-1879), au terme desquelles il est ordonné prêtre le 7 juin 1879 par Mgr Rousselet, évêque du lieu. De 1879 à 1895, il est vicaire en Normandie à Fiers (Orne). Fervent partisan de la presse catholique et des pèlerinages qu’animent les Assomptionnistes, il demande à entrer à l’Assomption. Sous le nom de Père Marie-Michaël, il prend l’habit religieux le 15 août 1895 à Livry- Gargan (Seine-Saint-Denis). Sa figure est tracée par le P. Ernest Baudouy, alors maître des novices: « Le P. M.-Michaël est un Fervent religieux, montrant beaucoup de piété et de zèle pour les âmes. A cela s’ajoute malheureusement un esprit un peu scrupuleux qui n’est pas un obstacle pour le bien, car le Père est très obéissant, mais qui est pour lui un sujet d’épreuves. Il s’inquiète, se tourmente, s’irrite facilement quand les choses ne vont pas comme il les a rêvées ou selon ses goûts. L’esprit surnaturel reprend bien le dessus, mais il y a parfois lutte vive et douloureuse. Malgré cela , c’est une vocation en qui j’ai pleine confiance. L’esprit religieux est profondément enraciné et domine tout. Aussi je le propose volontiers à la profession ». Profès annuel le 15 août 1895, il est admis à la profession perpétuelle le 10 octobre 1897 et reste sur place au service du noviciat, chargé de la formation et de l’encadrement des Frères convers. En 1900, la Congrégation dissoute, il obtient de son évêque un induit de sécularisation qui lui permet de garder le domaine de Livry,

en attendant la liquidation des biens et leur vente forcée. En 1904, il reprend du service ministériel dans son diocèse, à Fiers. Il y meurt le 8 avril 1905, à l’âge de 50 ans. Il y est inhumé.

Témoignage de l’abbé Madeline.

« Je reviens des funérailles de mon ancien confrère et ami. Elles ont été dignes de lui et dignes de la ville de Flers. Quel imposant cortège! Les orphelinats, les maisons d’éducation religieuse, les délégations des communautés, soixante prêtres, plus d’un millier de personnes ont tenu à rendre leurs derniers devoirs à celui que la mort vient de ravir à leur sympathie et à leur estime. M. l’abbé Baratte, curé doyen d’Exmes, célébrait la Messe. La maîtrise fit entendre ses chants funèbres. Avant l’absoute, M. l’abbé Bunoust, chanoine honoraire, curé doyen de Flers, monta en chaire pour rappeler les principaux traits de la vie de celui qui a été son collaborateur et son ami. Au premier abord, J’abbé Lebigot semblait timide. La piété intérieure qui l’animait donnait à son attitude comme un parfum de douceur et de mysticisme qui volontiers auront fait croire qu’il vivait en dehors du monde. Il n’en était rien: sa belle âme souffrait des mensonges, des compromissions, des lâchetés de l’heure présente. Il était plutôt favorable aux natures combatives, dans sa prudence et la maturité de son esprit, il savait que le triomphe n’appartiendrait jamais qu’aux caractères vaillants et généreux. Se rendant compte des ravages que causait autour de lui la mauvaise presse, il fit propager à Flers la Croix quotidienne. Grâce à cette foi profonde qu’il avait puisée au sein de la population chrétienne de Mantilly, il ne se laissa point rebuter par l’insuccès. Il voulut coûte que coûte continuer ce qu’il avait entrepris. Avec le concours de ses confrères, il vit bientôt pénétrer au sein de la classe ouvrière le journal qu’il affectionnait à cause de ses idées libérales et chrétiennes. Nous aimons à rappeler cette oeuvre, car dans un siècle comme le nôtre, elle est un moyen de salut. Les pèlerinages furent chers à son c?ur. Jérusalem, Lourdes, tels furent les lieux bénis où sa piété le conduisit ».

Bibliographies

Bibliographie et documentation: L’Assomption, 1905, n° 102, P. 92-93 (d’après la Semaine catholique de es). Souvenirs, 1905, n° 35, p. 197-198. Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudefroy. Lettre du P. Marie-Michaël Lebigot au P. Emmanuel Bailly, Livry, 29 octobre 1900. Dans les ACR, quelques correspondances du P. Marie-Michaël Lebigot (1897-1900).