Marie-Pierre (Pierre) BRUANT – 1928-1948

D’une parole du Fondateur à la vie du Fr. M.-Pierre Bruant.

« Les religieux devront savoir qu’en entrant dans la Congrégation de
l’Assomption ils font à Dieu le sacrifice de leur vie. Cette vie ne leur
appartient donc plus, il doit peu leur importer qu’elle soit longue ou
courte, pourvu qu’elle soit employée dans le but voulu de Dieu ».

Tous ceux qui ont connu Marie-Pierre l’ont aimé, ce grand garçon aux yeux
clairs, toujours souriant, toujours une boutade aux lèvres, attire: on sent
vibrer derrière cette physionomie joyeuse une âme profonde et riche. D’une
intelligence claire et solide, d’une volonté forte, perfectionnant jusqu’au
détail ce à quoi il s’est donné, le Frère possède en outre une sensibilité
très vive qui, si elle ne s’ouvre que difficilement, recèle les trésors
d’une âme aimante, profondément sacerdotale, très attachée à l’Assomption.
Le 12 août
1948, à Lormoy, le Frère Marie- Pierre, après une longue année de maladie
et trois semaines de souffrances atroces héroïquement acceptées, s’en va à
l’aube de ses 20 ans. Il se dresse comme un exemple, simple et
sublime, qui à être regardé redonne confiance.

Religieux de la Province de Paris.

Un gavroche parisien.

Pierre naît à Paris le 6 mai 1928, l’aîné d’une de ces familles nombreuses, profondément chrétiennes où Dieu aime à choisir ses prêtres. Il arrive à Soisy-sur-Seine (Essonne) en octobre l941 et y fait ses classes de grammaire. Sa vive intelligence qui le maintient dans les premiers de sa classe, le fait vite remarquer, ainsi d’ailleurs que son amour du rire et du mouvement, qui s’embarrasse fort peu du règlement, car Pierre Bruant n’est pas ce que l’on a coutume d’appeler un ‘alumniste modèle’. Néanmoins, au début de l’année 1945, les Essarts (Seine-Maritime) le voient arriver parmi l’équipe qui y remplace pour deux ans Clairmarais déserté (Pas-de-Calais): 1945-juin 1946. Là son dévouement et sa bonne humeur peuvent se donner libre cours, au milieu des circonstances difficiles, parfois tragi-comiques qui accompagnent la fondation d’un alumnat provisoire. En 1946, après avoir mûrement examiné sa vocation, il se décide pour l’Assomption et au mois d’août 1946 le noviciat lui ouvre ses portes. Il y prend l’habit le 29 septembre suivant. Il note dans un carnet: « Enfin je suis au noviciat! J’avais un peu peur de franchir cette barrière entre le monde et moi, tout en éprouvant un immense soulagement. Je suis décidé à ne pas vivre en bourgeois, surtout pas cela, pas une vie religieuse en pantoufles. Plutôt partir tout de suite que de m’embourgeoiser, m’installer dans l’existence ». Au cours de ces longs mois de préparation, il est ce qu’il a toujours été: dévoué et boute-en-train. Avec ses 19 ans, il semble plein de vigueur et de sève quand, soudain, à la fin du mois de juillet 1947, il tombe gravement malade. Un refroidissement contracté à la suite d’une opération sans gravité dégénère en pleurésie. Il n’en prononce pas moins ses premiers vœux le 4 octobre 1947.

« Novice moqueur, volontiers taquin, même un peu frondeur, mais confrère fort agréable, qui sous une apparence quelquefois gavroche et potache n’en a pas moins un esprit religieux. Toujours content, ne demandant rien, il supporte son mal avec courage et générosité. Le médecin a déclaré qu’il a le cœur gros et qu’il doit éviter toute pratique physique fatigante » note P. Boulet, son maître des novices.

Mal de Pott mortel.

Après sa profession, le Frère Marie-Pierre rejoint la maison de Lormoy (Essonne) pour ses études de philosophie. Mais dès le mois de novembre, il doit regagner sa famille pour prendre du repos. Le mal de Pott est décelé. En avril 1948, le bacille gagne l’intestin, prodrome d’une péritonite tuberculeuse que la médecine ne peut enrayer. Le 27 juillet suivant, une terrible crise abdominale nécessite son transfert à l’hôpital Saint-Joseph où le corps médical refuse toute intervention chirurgicale, jugeant son cas désespéré. Le mal suit rapidement sa marche. Une radiographie révèle l’infection des deux champs pulmonaires. Le 2 août le Frère Marie-Pierre, bien conscient de la gravité de son état, accepte de recevoir le sacrement des malades. Les médecins conseillent, pour les derniers jours, une atmosphère familiale. Le désir du Frère est de venir mourir à Lormoy. Le 3 aoùt, une ambulance le ramène dans sa maison d’études, en communauté. Ses parents et les frères infirmiers se relaient à son chevet. La souffrance ne l’empêche pas de penser aux siens: il sourit, adresse un mot approprié à chacun avec beaucoup de délicatesse. Mardi 10 août, une crise d’asphyxie alarmante peut être apaisée par une piqûre d’obéline. Le jeudi 12 août est le dernier, le Frère ne peut plus que respirer difficilement avec l’aide de l’oxygène, prolongeant sa vie de quelques heures. Il meurt le soir, vers 20 h 40 et rejoint au cimetière de Longpont, au chevet de la basilique, le Frère Augustin Guillot décédé six mois auparavant, le 20 mars 1948, aux côtés de deux autres religieux, les PP. Vincent Pémoulié et Léonide Guyo.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettre à la Famille 1948, n° 58, p. 79. L’Assomption et ses œuvres, 1948, n° 474, p. 11-13.