Marie-Rogatien (Paul) BAHUAUT – 1879-1949

Portrait.

« Grand, bel homme, le regard plutôt sévère sous ses lunettes épaisses de
demi-aveugle, la barbe courte d’un capitaine d’artillerie d’autrefois.
Esprit hardi, embrassant tout,
retenant tout. Et quel verbe! Le mot précis, faisant image ou contraste,
d’une clarté aveuglante, l’expression choisie et délicate: originalité,
concision et harmonie.

C’est qu’en effet la carrière du P. Bahuaut s’est passée en chaire: en
Orient, en Belgique, en Suisse, en Amérique du Nord, chaire des cathédrales
ou des plus modestes sanctuaires. Ses trois hommes, c’étaient Bossuet,
Newman et Louis Veuillot, il revenait toujours à ces trois auteurs
préférés, y trouvant tout son contentement d’amateur de belle forme
revêtant un fond logique et solide.

Energique, il n’avait pas peur de la mort. Les Allemands s’en aperçurent
qui, en 1944, lors d’une perquisition, le tinrent
en respect pendant deux heures sous le canon de leurs
mitraillettes:’N’avez-vous pas eu peur?’ lui demanda par la suite un
professeur? ‘Comment vouliez-vous que cela m’inquiétât? Vous savez bien que
je suis aveugle. Les Allemands, je ne les ai pas vus! … ».

Voulez-Vous? 1949.

Religieux de la Province de Bordeaux.

Un pèlerinage marquant.

Né à Nantes le 11 mai 1879, Paul commence ses études secondaires au petit séminaire diocésain des Couets (1891-1897). En 1896, il participe à un pèlerinage de pénitence à Jérusalem et garde une image impressionnée du P. Picard, religieux de foi et de certitude: il y trouve sa vocation d’assomptionniste. Le 28 octobre 1897, il prend l’habit au noviciat de Livry-Gargan (Seine- Saint-Denis) sous le nom de Marie-Rogatien. La deuxième année, il la passe à Phanaraki (Turquie) et prononce ses premiers vœux ‘qui sont aussi perpétuels le 8 décembre 1899. A Jérusalem, il parcourt tout le cycle des études philosophiques (1899-1901). Il devient professeur de français à Eski-Chéïr (1901-1904), gagne Kadi-Keui et Phanaraki fin 1904 et s’adonne à la théologie à Louvain (Belgique) de 1905 à 1906. Il y est ordonné prêtre le 19 juillet 1908.

Un professeur émérite qui cultive le paradoxe

Sa vocation, c’est l’enseignement: au Bizet (Belgique) de 1908 à 1910, à Ascona (Suisse) de 1910 à 1913 où il se révèle un maître incomparable par la qualité de son savoir et l’enthousiasme intellectuel qu’il provoque dans l’ardente jeunesse, à Worcester (U.S.A.) de 1913 à 1919. Sa myopie l’exempte du service militaire. En 1919, il gagne Chariton en Angleterre, chapelain mais toujours éducateur. De 1924 à 1929, il enseigne dans les scolasticats de Belgique: Taintegnies et Saint-Gérard où sa science devient formation de l’âme. En 1929, on le requiert pour le supériorat et l’enseignement à l’alumnat de Melle (Deux-Sèvres) et en 1932 c’est le collège Saint-Caprais d’Agen qui bénéficie des mêmes services de sa part, il y passe six années, donnant toute la mesure de son esprit d’organisation et de formation de l’être tout entier.

Mais sa santé ne s’améliore pas, sa vue baisse dangereusement. En 1938, il doit prendre du repos à Bordeaux. La guerre de 1939 mobilisant tous les jeunes religieux, il doit reprendre du service à l’alumnat d’humanités de Cavalerie (Dordogne) auquel est joint le petit séminaire diocésain de Bergerac. Il supplée aux déficiences de sa vue par la profondeur de sa ‘divination’ psychologique qui lui permet de comprendre et de guider en profondeur la jeunesse qui lui est confiée. Au péril de sa vie, il sauve en juillet 1944 la maison de Cavalerie et ses habitants grâce à son sang-froid et à son courage. En 1946, la situation générale redevant normale, le Père est déchargé de sa fonction de supérieur et devient prédicateur itinérant: « Il y a deux hommes en moi: l’un cache l’autre, le spirituel et l’homme d’esprit. Je ne prétends pas qu’ils soient l’un et l’autre transcendants. J’ai une tournure d’esprit originale ».

Un chemin de croix.

La fin de la vie du P. Marie-Rogatien est marquée par de longues souffrances tant physiques que morales. Il est arrêté dans son travail et séparé de sa famille religieuse. Une furonculose aigüe transforme tout son corps en une plaie continue et lui cause des nuits et des nuits d’insomnie: « J’ai compris ce que fut le gril de Saint Laurent ». Le 18 avril 1948, prêchant la retraite mensuelle au Sacré-Cœur d’Angoulême, il doit être transporté d’urgence à la clinique Sainte-Marthe pour une opération. Il ne devait plus la quitter. « C’est par la souffrance que je pense être arrivé à l’union habituelle avec Notre-Seigneur ». Le 8 mars 1949 au matin, il perd conscience et le cœur faiblit. Le P. René Gaury lui administre le sacrement des malades et le soir tout espoir d’amélioration est perdu. Il rend le dernier soupir sans une contraction, sans un mouvement des yeux vers 22 h. 35. Les obsèques sont célébrées dans l’église du Sacré-Cœur d’Angoulême et le corps inhumé au cimetière de Soyaux, le Père Marie-Rogatien ayant passé les onze derniers mois de sa vie à l’hôpital.

Bibliographies

Bibliographie et documentation : Lettre à la Famille 1949, n° 78, p. 59-60. Voulez-Vous? (bulletin de Layrac), 1949, n° 12, p. 5-7. Lilium (revue de l’Institution St-Joseph de Cavalerie), 1949, n° 3, p. 11-12. Foyer Assomptionniste (revue des scolasticats belges), 1949, n° 17, p. 17-20; Le P. Bahuaut a laissé quelques correspondances entre 1904 et 1946, ainsi que quelques rapports sur Melle de 1929 à 1932.