Martin (Etienne) JUGIE – 1878-1954

Le dogme de l’Assomption.
« La Constitution Munificentissimus Deus énumère, parmi les démarches
préliminaires à la définition du dogme de l’Assomption, les travaux
scientifiques que la théologie, les Congrès et les Commissions pontificales
avaient entrepris sur la croyance et le fait de l’Assomption. Parmi les
travaux de théologie, nous aimons à ranger en tout premier lieu l’ouvrage
monumental de notre confrère le P. Martin Jugie: La mort et l’Assomption de
la Sainte Vierge. Etude historico- doctrinale, Vatican, 1944. Les journaux
ont parlé de l’illustre professeur de théologle orientale à l’Athénée
pontifcal du Latran et aux Facultés cath. de Lyon, aujourd’hui
qualificateur au Saint-Office. Nous savons que dans sa fervente modestie,
le P. Jugie n’ambitionne d’autre récompense que l’approbation de N.-Dame
faisant écho à celle de Jésus qui dit un jour à St-Thomas d’Aquin: ‘Tu as
bien écrit de moi’. Cependant le Père se réjouit d’une distinction dont il
a été l’objet de la part de Pie XII : ‘Le 8 décembre, j’ai été invité avec
les théologiens ayant collaboré à la préparation de la
définition du dogme de l’Assomption à réciter le chapelet avec le Pape dans
sa chapelle privée ».

Religieux de la Province de Lyon.

Etapes d’une grande carrière enseignante.

Etienne Jugie est natif du Limousin où il voit le jour le 3 mai 1878, à Pauliac, près d’Aubazine (Corrèze). Il fait ses études secondaires dans les alumnats de l’Assomption: Le Breuil (Deux-Sèvres), de 1891 à 1893, puis Clairmarais (Pas-de-Calais), de 1893 à 1895. Le 10 août 1895, il prend l’habit sous le nom de Frère Martin, à Livry-Gargan, et il y prononce ses premiers v?ux, le 10 août 1896. C’est à Jérusalem où il est admis à la profession perpétuelle le 15 août 1897, qu’il étudie la philosophie (1896- 1898) et la théologie (1898-1902). Il est ordonné prêtre, le 21 décembre 1901 par Mgr Piavi. Très vite, sur place, il commence à enseigner aux étudiants le grec (1899-1902). Il débarque à Phanaraki (Turquie) en juin 1902 et est appelé à la maison d’études de Kadi-Keuï en septembre 1902 pour y enseigner le grec (1902-1903), la théologie dogmatique qui est sa science de prédilection avec le droit canon (1903-1904). Après un court passage à la direction de l’alumnat grec établi dans la même maison (1904-1905), il reprend ses fonctions d’enseignement (1905-1914). Très tôt collaborateur aux Echos d’Orient, il s’attache à une oeuvre d’érudition et de publication centrées sur la théologie dogmatique. Mobilisé à Limoges de 1915 à 1917, il reprend à Rome ses activités scientifiques et enseignantes: le futur cardinal Schuster nommé par Benoît XV président de l’Institut pontifical oriental, récemment fondé, le désigne pour la chaire de théologie. De cet enseignement naissent de 1926 à 1935 les oeuvres maîtresses d’une carrière littéraire et religieuse prestigieuse, notamment les cinq gros volumes d’une Theologia dogmatica christianorum orientalium, vraie Somme théologique de la pensée religieuse de l’Orient chrétien séparé de Rome et mine d’érudition dominée par un esprit

de synthèse admirable, mais fort peu convertie aux premiers pas d’un oecuménisme irénique. Pendant quelques années, le P Jugie concilie son enseignement à l’Institut oriental avec des cours à l’Athénée du Latran et à l’Institut catholique de Lyon qui, tous deux, tiennent à bénéficier de son expérience unique des questions grecques et russes. Il vient à peine de remettre sa chaire de Lyon à l’un de ses meilleurs élèves, le P. Antoine Wenger, lorsqu’il se voit investi d’un enseignement au séminaire de la Propagande. Homme tenace et austère, le P. Martin, consulteur de Congrégations romaines, continue cependant avec une fidélité indéfectible ses diverses recherches historiques et théologiques auxquelles il voue toute son existence. Les grandes collections religieuses et dictionnaires théologiques du temps font appel à ses lumières parce que, dans son domaine, le P. Jugie fait autorité. Ses travaux sur le culte marial en Orient, l’homilétique et la piété, sont, de l’aveu même de Pie XII, des matériaux sûrs qui préparent et hâtent la définition dogmatique de l’Assomption de Marie (novembre 1950). Il publie en 8 volumes les oeuvres de Georges Scolarios dans une édition critique et plutôt technique, ce qui la voue de fait aux spécialistes de haut niveau, jetant ainsi un jour nouveau sur la vie spirituelle de Byzance au temps de son déclin et permettant de mesurer l’influence occidentale sur la pensée grecque. Cette oeuvre scientifique, le P. Jugie l’ordonne à ce qu’il pense être le vrai service en faveur de l’unité chrétienne. Le souci d’une recherche, objective dans toute sa rigueur, mais aussi inévitablement entachée des préjugés catholiques en faveur d’un christianisme intégral, ne le prédispose pas à cet autre courant d’un oecuménisme de dialogue ou de convergence. Homme humble, timide et même effacé, le P. Martin voit affluer compliments, honneurs, titres de reconnaissance; notamment lors de son jubilé d’or de sacerdoce (1951). Le gouvernement français ne peut faire moins que de lui conférer la croix de la Légion d’honneur. Atteint en 1953 d’une maladie incurable (maladie de Parkinson), le P. Martin doit mettre fin à son enseignement et se contraindre à un repos intellectuel absolu. Il meurt le lundi 29 novembre 1954, à 77 ans, à Lorgues (Var), avant la fin de cette Année mariale. Il y est inhumé le 30 novembre. Science et piété se trouvent réunies en lui à un point rare. L’attestent ceux qui l’ont connu, qui ont apprécié ses remarquables travaux non moins que son affabilité et sa piété candide.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: B.O.A. juin 1955, p.109. Lettre à la Famille, 1955, n° 180, p. 18-24; n 181, p. 28-29; n° 185, p. 59-60. L’Assomption et ses (Oeuvres, 1955, n° 507, p. 3-11. Missions de l’Assomption, 1951, n° 11, p. 52-54. Revue des Etudes Byzantines, 1954, t. XII, p. 5. Pages d’Archives, mars 1965, n° 6, p. 461-463. Dans les ACR, du P. Martin Jugie, nombreuses correspondances (1896-1953), carnets de notes de retraite, de lectures, d’instructions sur la vie religieuse, de méditations, notes de sermons, articles dans Echos d’Orient, L’Union des Eglises, L’Assomption, dictionnaires et encyclopédies (Catholicisme, D.T.C., Byzantion …). La bibliographie du P. Martin Jugie a été dressée dans Ontmoeting, 1961, n° 3-4, 9 pages et 1962, n° 1-2, 8 pages. Le P. Daniel Stiernon, disciple et successeur dans ses jeunes années du P. Martin Jugie à Rome, a rassemblé de nombreuses notes, souvent inédites, en vue d’écrire un jour la biographie du P. Martin.