Mathias (Christophe) NICOLAS – 1873-1964

Nonagénaire comblé.
« Il y a donc 90 ans que je suis en ce monde et prêtre depuis
65 ans. Ah! si j’avais eu le bonheur d’employer ces longues années, avec
toute ma volonté, à travailler pour la gloire de Dieu! J’ai fait
certainement quelque chose, j’ai fait quelques efforts, mais, hélas, pas
beaucoup! Ah, priez Dieu, qu’Il me pardonne! Actuellement ma santé n’est
pas mauvaise. Cependant mes forces diminuent, ma pauvre main tremble et
c’est avec difficulté que j’écris ces lignes que vous ne pourrez peutêtre
pas lire. Mes forces intellectuelles diminuent aussi. Ma mémoire cependant
ne vous a pas oublié. C’est aussi un devoir pour moi de vous remercier de
m’avoir laissé à Lorgues. C’est une maison idéale pour les vieux. Le régime
alimentaire y est excellent, et pour moi qui ai solide appétit, la remarque
a
du poids. Et que dire de la vie surnaturelle mise à la portée de tous
méditation, récitation du bréviaire, visite au Saint-
Sacrement. Quelle affection de la part du P. Supérieur [P. Pellegrin]!
Aussi quand plus tard, vos forces vous abandonneront, ne craignez
pas de venir ici. Yec’ hed mad, ha buez hir ha santel’ ».
P. Mathias, 21.07.1963.

Notices Biographiques A.A

Religieux de la Province de Bordeaux. Premières années. Christophe Nicolas est né le 21 juillet 1873 à Ploudaniel (Finistère). Il entre au collège de Lesnéven en 1888 et en 5 ans acquiert les rudiments de la culture classique (1888-1893). Il a pour professeur le futur universitaire Gustave Hervé. Adnùs au grand séminaire de Quimper en 1893, il est ordonné prêtre diocésain, le 25 juillet 1898, non sans avoir accompli ses obligations militaires en 1894. Jeune prêtre, il est successivement vicaire à LoMaria-Plouzané (1898-1904), puis à Plouguerneau, de 1904 à 1908. Abandonnant la traditionnelle voiture à cheval pour les déplacements, il fait scandale en utilisant une bicyclette. Il connaît l’Assomption par l’œuvre des alumnats. Le 8 septembre 1908, il prend l’habit au noviciat de Louvain, sous le nom de Père Mathias. Dès la fin du mois de septembre, le noviciat quitte Louvain pour s’installer à Gempe, à 12 km de là. Il y prononce ses premiers vœux le 8 septembre 1909 et y revient pour prononcer ses vœux perpétuels le 8 septembre 1910, après une année de professorat à l’alumnat de Taintegnies. Un solide voyageur-recruteur. De 1910 à 1914,le P. Mathias est professeur à la maison des vocations tardives de Sart-les-Moines. De là, laissant quelques semaines sa résidence, il va arpenter les chemins du Morbihan et du Finistère à la recherche de jeunes recrues. C’est un marcheur infatigable, soutenu par un optimisme de bon aloi, qui regroupe ainsi au terme du voyage un ensemble de 40 à 50 jeunes Bretons qui viennent renforcer les effectifs du Bizet, de Bure, de Zepperen ou de Sart- les-Moines. Mobilisé dès le mois d’août 1914, il est affecté à un train sanitaire qui fait la jonction entre les ambulances du front et les hôpitaux de l’arrière. Page : 51/51 Il termine la guerre à Elorrio, comme enseignant volontaire à l’étranger. En 1919, un alumnat s’étant ouvert à Scy-Chazelles (Moselle), il y est envoyé comme professeur jusqu’en 1924 où il passe à Saint-Maur (Maine-et-Loire). Avec le même enthousiasme, il reprend les chemins de Bretagne, cette fois à bicyclette et pour le compte de l’alumnat des bords de Loire. Entre deux tournées, il redevient professeur. Il domine la matière enseignée, mais peu la classe qui ne partage ni son goût des belles-lettres ni son amour de la discipline! En 1931, il est désigné pour occuper le poste de Monsempron (Lot-et-Garonne). En 1932, il est envoyé à la fondation de Blou (Maine-et-Loire), propriété cédée par une Mme Valette pour y organiser un pré-postulat pour Frères coadjuteurs. En 1936, la maison devient un séminaire pour vocations tardives sous la direction du P. Glédel. Le P. Mathias est envoyé comme économe à la fondation de Layrac (Lot-et-Garonne), de 1935 à 1937. Toujours nomade, il revient établir sa tente à Saint-Maur, de 1937 à 1944.il y retrouve des élèves et sa chère bicyclette et il reprend ses tournées de recrutement en Bretagne. Atteint de surdité, il est envoyé au noviciat de Pont-l’Abbé d’Arnoult, après la mort du P. Chardavoine. En 1949, il devient le compagnon du P. Glédel à Kerbernès (Finistère). Il conserve ses habitudes de courses matinales à travers les chemins creux, ses aventures ne lui évitent pas toujours la chute dans la rivière de l’Odet. Le 4 janvier 1954, à l’âge de 84 ans, il rejoint la maison de Lorgues (Var). Les auteurs grecs et le chapelet restent ses compagnons de solitude. Il ne se mêle guère à la vie de communauté, ne pouvant suivre une conversation. Il ne peut plus entreprendre de grandes promenades comme autrefois, il se contente alors d’arpenter les longs couloirs de la maison en traînant les pieds. Le 28 août 1958, toute la maison de Lorgues célèbre ses noces de diamant sacerdotales. La mort vient le chercher dans la nuit du 25 au 26 décembre 1964, le faisant passer du sommeil du juste au repos éternel. Il est inhumé, nonagénaire, le 27 décembre à Lorgues, en présence de nombreux confrères bretons qui entonnent l’un des plus populaires cantiques de son pays natal: ‘Da Feiz han Tadou koz’. Page : 52/52

Bibliographies

Bibliographie et documentation: B.O.A. juin 1965, p. 75-76. A Travers la Province (Bordeaux) , mars 1965, n° 128, p. 12-14 et avril 1965, n° 129, p. Il: In memoriam P. Mathias Nicolas (1873-1964). Saint-Antoine de la Chaume (Pont-l’Abbé d’Arnoult), 1965, n° 18, p. 11-14. Lettre du P. Mathias Nicolas au P. Tanguy Jointer, Lorgues, 21 juillet 1963. Du P. Mathias Nicolas, dans les ACR, rapports sur Monsempron (1931-1932), sur Blou (1932- 1934), correspondances (1911-1963). Notices Biographiques