Maubert (Léon-Robert) BERHIN – 1892-1965

Rhumatismes en Ecosse.

« Comme j’ai eu des rhumatismes, j’ai dû quitter le champ de bataille et
suivre les soldats à l’hôpital d’Anvers que nous avons abandonné la
veille du bombardement. C’est ainsi que je me trouve en Ecosse depuis
presqu’un mois. Six jours à Glasgow, douze jours à Perth et le reste à Keir
Dunblane.

Je regrette de ne pouvoir aller voir nos frères d’Angleterre, mais
l’autorité militaire ne permet pas de quitter l’hôpital des soldats.
Beaucoup de soldats comme moi souffrent de rhumatismes; cela vient de ce
qu’on ‘loge’dans des tranchées où quelquefois le matin on a la douce
sensation de l’eau qui vous monte jusqu’au-dessus du soulier! Mais tout va
bien encore quand on voit l’eau, les balles et les boulets, car on voit
surtout comme brancardiers des blessures aussi étranges que terribles.

Mon frère, brancardier aussi, m’a dit qu’à 300 ils avaient passé une
journée à enterrer des piles d’Allemands, blessés ou tués! Nous sommes
partis à la débandade à travers des routes encombrées de chevaux morts et
de bâtiments écroulés
… »

Lettre du Fr. Maubert, le 17
novembre 1914.

Religieux de la Province de Belgique-Sud.

A l’école de la vie.

Léon-Robert a vu le jour à Roumont en Belgique, dans le diocèse de Namur, le 26 juin 1892. Il fait ses études secondaires à Bure (1905-1909) et à Taintegnies (1909-1911). Il prend l’habit assomptionniste sous le nom de Fr. Maubert le 14 août 1911 à Gempe et prononce ses premiers vœux le 15 août 1912 au noviciat de Limpertsberg au Luxembourg. Selon la coutume, il va en maison d’œuvres enseigner à Sart-les-Moines de 1912 à 1914. Mobilisé au 15ème Régiment de ligne à Anvers, il va passer toute la guerre comme brancardier (août 1914- août 1919). les balles épargnent son corps, mais un éclat d’obus déchiquète son précieux exemplaire des œuvres de Shakespeare! Il reçoit nombre de décorations pour son courage dont il ne fera jamais état. Rendu à la vie civile, il peut enfin étudier la philosophie à Taintegnies (1919- 1921) où il prononce ses vœux perpétuels le 15 août 1921 et gagner Louvain pour les études de théologie (1921-1925). Il y est ordonné prêtre le 26 juillet 1925

Au service de l’enseignement.

Le P. Maubert exerce d’abord le professorat à Bure en classe de 3ème pendant 10 ans (1925- 1935) puis à Sart-les-Moines pendant 4 ans (1935-1939) en classe de seconde, avec une compétence remarquée. Pendant la seconde guerre mondiale et jusqu’en 1951, le P. Maubert, par obéissance, doit renoncer au professorat qu’il aime pour devenir selon son expression ‘l’homme mangé’, vicaire supplétif à la paroisse Saint-Jean Baptiste de Gosselies. Il retourne ensuite dans les alumnats, mais comme supérieur, à Bure de 1951 à 1953 et à Gosselies de 1953 à 1955 à l’Institut Saint-Michel dont il est membre fondateur.

Notices Biographiques A.A Page : 247/247 Ce religieux foncièrement droit et bon bénéficie à la fois des dons de la nature et de la grâce: on lui reconnaît les vertus de l’Ardennais solide, le goût d’une discipline quasi militaire, l’amour de l’étude et le zèle ardent de l’apôtre. Sa vie d’enseignant-éducateur se partage ainsi entre ‘Famenne et pays noir’.

En service pastoral.

Les dix dernières années du P. Maubert (1955-1965) ont pour cadre la paroisse de Mirwart, un pays qu’il aime et qu’il défend, près de Bure. Il y déploie l’abondance des dons du cœur et de l’esprit qu’il a reçu avec largesse. On y gardera longtemps le souvenir vivant de ce pasteur attentif, aimant le contact direct mais sachant aussi travailler dans son bureau, souligner des phrases clés de ses lectures pour les partager, prendre des notes sur tout papier à sa portée, aussi bien cahiers que feuilles volantes ou reliquats d’enveloppes. Chez lui le goût du travail ne le cède qu’au plaisir de faire du bien en faisant plaisir. Mais souffrant les quatre dernières années de sa vie d’une maladie de cœur, ce qui rend sa respiration pénible, il est pratiquement condamné à garder la chambre. Il est heureux de pouvoir célébrer la messe en privé et de s’en remettre pour le travail pastoral effectif à son confrère et collaborateur, le P. Léon Evrard. Ses attentions le rendent très présent jusqu’au dernier moment auprès de la petite population du village de 150 habitants: coups de téléphone pour souhaits de fête, bonne bouteille déposée sur son conseil par le P. Léon dans la chambre des malades.

Le 12 novembre 1965, le lendemain du jour anniversaire de l’armistice de la grande guerre, il quitte cette terre et dit adieu à ses chers paroissiens. Chaque famille tient à l’accompagner le jour de ses funérailles, le 16 novembre, en la fête de la Saint Albert patron de la paroisse. Le P. Istace, provincial, préside la cérémonie. Le corps est inhumé à Bure auprès de ses confrères religieux qui l’ont précédé. « La bise mordait les doigts qui traçaient une dernière bénédiction sur son cercueil. On y évoque le grain de blé qui semble mourir dans la glèbe gelée mais qui recèle une sève mystérieuse, germe de vie pour l’éternel printemps ».

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Bibliographies

Bibliographie et documentation : B.O.A. janvier 1966, p. 129-130. L’Assomption ‘Jeunesses’ (Bure), 1967, n° 9, p. 4. Belgique-Sud Assomption, 1965, n° 7, p. 129-130. Le P. Maubert a laissé aux archives de Rome quelques correspondances entre les deux guerres ainsi que des rapports sur Bure (1951-1953) et Gosselies (1953- 1955).