Maurice BRIVELET – 1877-1958

Un écho de la vie du Fr. Maurice à Louvain, le
6.07.1925. au P. Merklen:

« J’aurais été bien content de vous exprimer de vive voix ces vœux de bonne
fête comme les années précédentes, mais votre absence m’empêche. Ici nous
avons eu une forte chaleur pendant les 15 premiers jours de mai. La cuisine
me faisait beaucoup de mal, j’ai sué comme la douche. Il ne faisait pas bon
de travailler au jardin en plein midi, puis les orages et la pluie sont
arrivés, il pleut continuellement. Je suis
toujours seul comme cuisinier, aidé par un frère, mais avec beaucoup de
travail pour préparer les repas d’une communauté si nombreuse,
100 à peu près et je n’ai plus la force d’un jeune homme pour soulever les
marmites. Le
jardin travaillé par le Fr. Victorin promet de nous donner bientôt des
légumes et des salades. Nous sommes 6 frères convers: Victor, Gérard,
Marie-Paul, Joseph, Victorin
et moi. Ma sœur qui est ma petite maman, aimerait bien avoir votre
photographie. J’ai beaucoup pleuré, car elle est déjà partie à Paris.
Passez de bonnes vacances à Gérardmer. Cette année, il y aura une belle
ordination sacerdotale, 26 nouveaux diacres prêtres le 26 juillet. On va
peindre la chapelle ».

Fr. Maurice.

Religieux de la Province de Paris.

Un parisien du XIIème arrondissement.

Maurice est né le 5 septembre 1877 à Paris 12ème. Un accident le rend sourd-muet à l’âge de 7 ans. Il ré-apprend :à parler dans une institution tenue par les Filles de la Charité à Arras où il reste douze ans (1886-1898). Il est accueilli comme postulant le 8 septembre 1899 à Livry par le P. Ernest Baudouy, peu de temps avant les expulsions. Le Frère Maurice prend l’habit religieux le 30 novembre 1901 à Louvain. Ce n’est qu’en 1907 que ses supérieurs l’autorisent à prononcer ses premiers vœux. Il est certain que le handicap physique dont il souffre a provoqué quelques hésitations pour son admission. Nous lisons dans le rapport du P. Benjamin Laurès du 20 mars 1907: « Il est incontestable que le Frère Maurice a de réelles qualités qui le rendent précieux dans une maison. Il est intelligent et adroit, il travaille avec acharnement. Il est pieux et surnaturel dans ses pensées. Il a un caractère habituellement gai, il s’attache vite s’il voit qu’on lui porte un peu d’intérêt. Son infirmité l’expose parfois à des mélancolies et à des découragements.Cependant je dois dire que depuis deux ans, ces accidents de parcours sont très rares et insignifiants. Ce qui a motivé son ajournement à la profession, c’est sa conduite qui a été légère, une escapade qui faillit le faire remercier ». Le P. Marie-Clément Staub auquel le Frère Maurice est confié à Gempe, se déclare tout aussi favorable à l’admission du Frère: « Le Frère Maurice attend depuis longtemps 1.heure où il va être admis à prononcer non plus des vœux privés, mais des vœux publics. Il est pour ses frères un modèle de travail, de générosité et d’énergie. L’infirmité de sa surdité l’a privé de beaucoup d’avantages pour son instruction et sa formation,

cependant j’estime qu’il a une connaissance suffisante de la nature et de la portée des obligations qu’il assumera par la profession. Il la désire et ne cesse de demander cette faveur. J’ai confiance qu’il saura s’en montrer digne ». On peut au moins reconnaître au Frère Maurice la grâce de la persévérance entre 1901, date de la prise d’habit, et 1907, date de la première profession, c’est-à-dire entre l’année de sa prise d’habit et celle de sa première profession!

Au service quotidien de ses frères.

Le Frère Maurice demeure à Louvain jusqu’en 1909. Il est ensuite affecté à la communauté de Bure de 1909 à 1916 (1), puis à celle de Louvain (1916-1934) et à Lormoy (Essonne) de 1934 à 1955. Dans ces différentes maisons, il remplit les tâches très prenantes de la cuisine et du jardin. Le Fr. Victor Becquet qui l’a connu de longues années en service à Louvain porte sur son confrère un témoignage élogieux: « Ce Frère est un grand travailleur, un jardinier compétent. A Louvain il fait la cuisine pour toute la communauté et à l’époque ce n’est pas une sinécure. Il se montre appliqué à son travail, ne se laissant pas distraire, aidé sans doute en cela par son infirmité. Notre-Seigneur et la Sainte Vierge sont ses très chères affections. Il voue aussi un véritable culte familial à sa sœur Blanche ». On sait d’autre part que le Frère Maurice est nourri par une vie intérieure très forte et continue. N’a-t-il pas écrit dans ce style naïf ce qu’il a vécu en profondeur: « Pour devenir un saint, il faut le vouloir. Les années passent si vite: on se rapproche de jour en jour de son éternité. Nous sommes heureux d’avoir quitté le monde et de servir jésus et sa très sainte Mère ».C’est par une vie silencieuse et cachée, supportant avec courage ses souffrances et une récitation continue de son chapelet que sa vie s’achève à 81 ans. Il s’éteint à Lorgues (Var), le 12 octobre 1858 à 7 heures du matin, là où il S’est rendu depuis 1955 en compagnie du P. Olivier Dabescat. Le P. Jean de Matha, alors supérieur témoigne: « Le Fr. Maurice y a mené sa petite vie de ‘retraité’. Il aimait jouer aux dominos pendant les récréations. Pendant quarante jours, il resta presque sans rien prendre, soutenu par des piqûres B. 12. Aussi il ne lui restait que la peau et les os ». (1) S’y est-il rendu effectivement? Les ‘anciens de Bure’ ne se souviennent pas de sa présence à Bure à cette époque et le Registre -Répertoire du P. Elie Bicquemard, correspondant aux années 1850-1923, ne le mentionne pas non plus à la communauté de Bure durant cette période…

Bibliographies

Bibliographie et documentation: B.O.A. juin 1959, p. 55. Lettre à la Famille, 1948, n° 55, p. 66-68 (noces d’or de profession religieuse). Lettre à la Famille 1959, n° 266, p. 179. Les archives gardent une dizaine de correspondances du Fr. Maurice Brivelet, écrites entre 1907 et 1944.