Maurice (Joseph-M.-M.) LE CLAINCHE – 1913-1955

En permission.
« Il y a quinze jours environ, j’ai passé mon dimanche à la maison de Scy
où je suis toujours bien accueilli par le
bon P. Athanase [Sage] et tous les Frères, toujours en quête
de nouvelles. Le samedi il m’est arrivé une aventure peu banale.
Figurez-vous que le P. Athanase ne m’attendait pas pour le soir. Je
débarque quand même à la gare de Moulins. Il faisait bien noir, et tous mes
souvenirs s’étaient évaporés lorsque je descendis du train. Aussi, au lieu
de passer le passage à niveau qui conduit sur la route de Scy, je descendis
dans la vallée à la suite de plusieurs autres voyageurs. Quelle ne fut pas
ma surprise lorsque je m’aperçus que je m’étais égaré! Sur des indications
de personnes complaisantes, je fus remis sur le bon chemin et sans peine je
vins frapper à la porte du scolasticat. Je sonnai une fois, deux fois,
jusqu’à quinze fois. Et personne ne vint m’ouvrir. Le chien avait beau
aboyer, personne ne se réveillait. Après avoir attendu plusieurs heures, je
me décidai à faire le tourde la propriété pourvoir si je trouverais une
ouverture. A la fin je trouvai
un portail qui n’était pas bien fermé. D’un coup d’épaule, la porte céda.
Par un carreau cassé, je pus rentrer … ».

Religieux de la Province de Bordeaux.

Curriculum vitae.

Joseph-Marie-Mathurin Le Clainche est né le 12 mars 1913 à Noyai-Pontivy (Morbihan), dans une famille modeste et chrétienne. Le P. Fidèle Le Jéloux, son compatriote, alors professeur et économe à Saint-Maur (Maine-et-Loire), lui fait connaître l’Assomption et l’amène à l’alumnat en 1926. Après un laborieux essai, le jeune homme reconnaît ses difficultés pour les études. Après quatre années à Saint-Maur (1926-1930), une à Melle (Deux-Sèvres) de 1930 à 1931 et enfin un autre essai au séminaire Saint-Lucien à Beauvais dans l’Oise (1931-1932), Joseph se résout à renoncer à la perspective du sacerdoce pour embrasser la vie religieuse de frère. Il prend l’habit religieux le 7 mars 1933 à Nozeroy (Jura), sous le nom de Frère Maurice. Le 21 janvier 1934, il fait partie de l’équipe des novices de l’Ouest qui, sous la conduite du P. Barnabé Glédel, essaime à Pont- l’Abbé-d’Arnoult (Charente-Maritime). C’est dans le nouveau noviciat de la Province de Bordeaux que le Frère Maurice prononce ses premiers v?ux, le 10 mars 1934. Peu de temps après, il part accomplir son temps de service militaire à Mézières (Ardennes). Libéré en septembre 1935, le Frère Maurice est envoyé à la paroisse de Fumel (Lot-et- Garonne) comme sacristain et factotum. Il est bien apprécié par ses confrères. Le P. Casimir Romanet, son supérieur, écrit de lui en 1937: « Le Frère Maurice Le Clainche est un enfant très sérieux, très dévoué et toujours prêt à rendre service dans n’importe quel emploi: très utile à cause de cela, dans une petite maison où il s’agit de faire le sacristain, le portier, le cuisinier parfois et le propagandiste des bons journaux ». Fumel il devient profès perpétuel le 1er octobre 1938, à Pont l’Abbe d’Arnoult où il fait se retraite annuelle est le poste de son dévouement jusqu’en 1933.

Après une année à Cahuzac (Gers) comme jardinier, le Frère Maurice est affecté à la maison de Bordeaux-Caudéran (Gironde), en septembre 1954. Bricoleur par goût, propagandiste des revues de la Bonne Presse par désir d’apostolat, il n’a pas d’attrait pour le jardinage. A Caudéran il trouve donc ses occupations favorites de sacristain, d’électricien, de relieur et de distributeur des publications de la Bonne Presse. C’est dans ces humbles travaux que le Maître de la vie vient le prendre à l’improviste, le matin du 1er février 1955. Il n’est pas encore entré dans ses 43 ans. Les obsèques sont célébrées le jeudi 3 février. Son corps est inhumé au caveau de l’Assomption, au cimetière de Caudéran, près du P. Evariste Boucher.

Evocation par le P. Francis Le Goff.

« Le Frère Maurice Le Clainche n’aura guère passé plus de quatre mois à la maison Notre- Dame de Salut à Caudéran. Il s’était bien vite adapté. En quelques jours, sa chambre se garnissait de multiples articles. Le profane qualifiait sa cellule de bric-à-brac. C’était, pour lui, le poste de commandement, l’arsenal, le dépôt et, de temps à autre, le lieu de lecture où voisinaient le dernier livre de Pierre l’Ermite et le livre des Méditations pour personnes pieuses, la discipline entremêlée aux fils électriques et le rasoir électrique sur l’établi de reliure. Lors de la dernière visite canonique, il lui fallut 24 heures pour frayer un passage au P. Visiteur qui fi£ remarquer qu’il y avait dans cette chambre des échantillons de toutes les corporations. Le brave Frère était ingénieux, adroit. Il manquait peut-être de persévérance, mais non de bonne volonté. La chambre du Frère Maurice était un peu la ‘station service’ de la maison, Sa joie était de dépanner les autres religieux. Comme tous les bougons, il dissimulait mal une profonde sensibilité. Autant un ordre ou un reproche donné avec sécheresse lui faisait mal, autant une délicate demande déclenchait chez lui un dévouement sans réserve. Le travail à la chapelle était son lot. Il s’y mit de tout c?ur et bouscula des traditions d’un quart de siècle… ».

Bibliographies

Bibliographie et documentation: B.O.A. juin 1956, p. 156. Lettre à la Famille, 1955, n° 182, p. 34-36. A Travers la Province (Bordeaux), 1955, n° 28, p. 1-3. En permission d’après Lettre à la Dispersion, 1935, n° 562, p. 32.